Lu pour vous du 1° trimestre 2003

Derniére mise à jour : 30 mars 2.003  

Un livre de Bruno Comby "Le nucléaire, avenir de l’écologie". Préface de James Lovelock

Présentation de l'auteur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Donnons quelques extraits de sa préface : « La peur du nucléaire est si répandue que les scientifiques eux-mêmes semblent avoir oublié l’histoire de la radioactivité de notre planète : il est pratiquement certain qu’une supernova est à l’origine de notre système solaire […] à l’intérieur même de notre propre corps, environs un demi million d’atomes rendus instables lors de l’explosion initiale continuent de se désintégrer à chaque minute […] la vie a commencé à se développer il y a 4 milliards d’années dans des conditions de radioactivité beaucoup plus intenses que celles qui troublent aujourd’hui les esprits de certains écologistes.Il n’y avait alors ni oxygène ni ozone dans l’air, si bien que les intenses rayons ultraviolets non filtrés émis par le soleil irradiaient la surface de la terre. +J’espère qu’il n’est pas trop tard pour que le monde suive la France et fasse de l’énergie nucléaire sa principale source d’énergie»

Bruno Comby est polytechnicien (X 80, ENSTA 85), et ingénieur en génie atomique, c’est un écologiste sincère et engagé, au service du progrès scientifique et de l’environnement. Son ouvrage passionnant, est d’abord un plaidoyer pour l’énergie nucléaire dont il explique les avantages :

*une centrale française classique de 4 tranches de 1300 MW occupe une place réduite (l’équivalent d’un complexe sportif avec pelouses et parking : 1 km 2), produit pour un prix faible l’électricité nécessaire à une mégapole comme Paris, avec une sécurité remarquable : elle est plus sûre, et plus propre qu’une centrale à hydrocarbures ou à charbon. Ce n’est pas une bombe et le problème des déchets est relativement facile à résoudre. Pour produire autant d'électricité avec des capteurs solaires, il faudrait une base de 100.000 Km². Pour le faire avec des éoliennes, il faudrait couvrir de capteurs une surface comparable à celle de la Belgique

* les surgénérateurs ou réacteurs à neutrons rapides (RNR) sont conçus pour produire 50 fois plus d’électricité qu’une centrale nucléaire classique pour la même consommation d’uranium : Superphénix aurait dû être un surgénérateur, mais un premier temps il était prévu de le faire fonctionner comme un sous-générateur pour résorber nos stocks de plutonium…. Mais il a été démantelé

* l’installation de centrales à fusion utilisant un combustible abondant et bon marché : l’hydrogène sera possible dans quelques décennies. Il reste beaucoup à investir dans la recherche (Tomakak).
Son propos est argumenté par des chiffres indiscutables,

* il rappelle les unités de mesures les plus courantes de la radioactivité, les doses supportables et les doses létales, l’irradiation des aliments, le traitement et le stockage des déchets, etc... *il donne des ordres de grandeurs concernant les doses reçues : du fait de la radioactivité naturelle (cosmique, tellurique, par ingestion de fruits et légumes), en France nous recevons en moyenne 100 à 150 m Rem par an, mais dans certains pays habités, on trouve des doses beaucoup plus fortes : 17500 au Brésil, 40000 en Iran. Le corps humain émet de la radioactivité. Il y a aussi une radioactivité artificielle : radiologie et radiothérapie, retombées des essais nucléaires militaires aériens qui ont cessé depuis 20 ans, part de l’industrie nucléaire civile (0,003%). La radioactivité provenant des centrales nucléaires est 10.000 fois plus faible que la moyenne de radioactivité tellurique,

Il porte un jugement sévère sur les événements de Tchernobyl : catastrophe inadmissible et scandaleuse qui aurait pu être évitée (dangereuse dans sa conception, elle était mal entretenue, et fonctionnait avec un personnel mal formé et un système de sécurité débranché) : le choc émotionnel a provoqué environ 100.000 avortements inutiles. La surmortalité par cancer de l’ensemble des populations russes sera faible : sur 75 millions de soviétiques concernés par les retombées de Tcher-nobyl, entre 0 et 15.000 mourront d’un cancer lié à la catastrophe, alors que 18 millions mourront d’un cancer naturel.

La dose de radioactivité supplémentaire reçue en l'Europe du fait de Tchernobyl serait (en milirems) : 100 en Hon-grie, 90 en Autriche, 40 en Allemagne, 10 en France, Suède, Danemark, 0,1 en Espagne, la dose re-çue en France n’a donc accru que de quelques % la dose annuelle due à la radioactivité naturelle.

Il se livre à une démystification réussie sur la question des déchets : faible importance des déchets radioactifs : 3 kilogrammes par an et par habitant, On distingue, les déchets à faible radioactivité et à durée de vie courte, et les déchets à haute radioactivité et à longue vie, seuls à poser problème.

Il faut retraiter les déchets à haute radioactivité pour en diminuer le volume et la durée de vie, puis les enfouir dans des sites soigneuse-ment choisis. Il préconise la résorption des stocks de plutonium dans des réacteurs à neutrons rapides type Superphénix. En l’an 2000, le volume cumulé des déchets de haute activité de toutes les centrales françaises a atteint 3000 m3 (le volume d’un petit immeuble ).

L’auteur milite pour une planète propre agréable à regarder et plaisante à habiter, il estime que le bien être de l’homme, le respect de l’environnement et des générations futures nécessitent l’ utilisa-tion de l’énergie nucléaire, il plaide pour l’information réelle et complète du public et pour le mariage intelligent de l’écologie et de la technologie. Un livre utile au moment où le gouvernement se prépare à lancer enfin grand débat sur l’énergie que nous attendons depuis des années

Ouvrage collectif rédigé à l’occasion du Sommet de Johannesburg par le Groupe "Caisse des Dépôts" et le "Cercle des économistes", avec une préface de Daniel Lebègue et de Jean-Hervé Lorenzi : Développement durable signification et enjeux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Daniel Lebègue, développement durable : une préoccupation qui n’est pas totalement nouvelle, qui s’enracine sur des problématiques parfois très anciennes. Ce qui est nouveau c’est le changement d’échelle, la complexité du problème, l’apparition de nouveaux « biens publics », les par-tenariats « public/privé » le souci de satisfaire les besoins des pays les moins avancés (pma), notam-ment dans les domaines de l’eau, l’énergie, la santé

On évoque : le principe de précaution, tout en reconnaissant qu’il est contesté par des per-sonnalités éminentes, le protocole de Kyoto tout en reconnaissant qu’il n’est pas à la hauteur du problème du climat (il faudrait réduire les émissions mondiales de CO² de 50%à70% au lieu de 5%!), la question des énergies renouvelables tout en reconnaissant que pour satisfaire leurs besoins considérables en énergie de l'humanité et notamment des pays en développement, il faudra certaine-ment recourir à d’autres sources d’énergie … mais on ne va pas jusqu’à envisager le nucléaire

On fait état d'exemples concrets, nous en citons quelques uns : le projet de traitement des eaux usées d’Amman (530.000 m3 par jour ), le projet d’adduction d’eau de La Paz El Alto pour 10.000 foyers, le projet d’une turbine de 65 kw pour 3.000 foyers à Nyakabanda (Rwanda),

Les entreprises qui souhaitent se mettre au service du développement durable et qui publient des rapports à ce propos sont désormais nombreuses. Des organismes d'évaluation se préoccupent du suivi de leurs performances Des partenariats public/privé s'organisent …

Jean-Michel Charpin : le développement durable est un concept flou et cotonneux, qui se prête mer-veilleusement à la rhétorique à l’exhortation voire à l’incantation … mais il a les qualités de ses dé-fauts et, l’important c’est que dans l’expression développement durable il y a le mot développement et que l’on pose enfin le problème de la solidarité intergénérationnelle
Michel Didier : s’emploie à nous débarrasser de deux idées fausses : la croissance du niveau de vie devrait obligatoirement se faire au détriment du mode de vie par ses nuisances (toute l’histoire éco-nomique prouve le contraire) … la croissance économique mondialisée devrait obligatoirement entraî-ner la pauvreté de certaines régions du monde or la mondialisation est un progrès et non une régres-sion et ce sont les pays qui s’isolent qui régressent
Marc Guillaume craint que cet enthousiasme en faveur du développement durable ne soit pour les entreprises l’occasion de s’acheter pour pas cher une bonne conscience
Christian de Perthuis voit trois leviers d’action pour plus de durabilité du développement : synergie, innovation, partenariat …pour lui, le partenariat public/privé offre l’occasion de donner aux pays les plus pauvres l’accès à l’eau, à l’énergie, à la santé …
Christian Stoffaës évoque les peurs millénaristes : le développement durable a désormais son mythe fondateur cautionné par la science, le changement climatique … le développement durable c’est aussi la voie d’une réconciliation dans la perspective d’un dépassement didactique du conflit entre l’économie et l’écologie

Septembre 2002 Jacques Bourdillon


Un ouvrage de Michel Albert, Jean Boissonnat, Michel Camdessus "Notre foi dans ce siècle"

 

NOTRE : signifie qu'il s'agit d'une œuvre réalisée ensemble ; FOI : nous qui sommes imprégnés de notre foi commune chrétienne ; EN CE SIECLE : foi qui nous fait dire que " l'histoire a un sens "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs affient clairement leur foi dans le 21 e siècle, leur espérance dans l'avenir de l'humanité, et leur solidarité avec les pays les moins avancés. Ils affirment aussi leur adhésion à la foi chrétienne qui éclaire leurs vies. Les valeurs évangéli-ques leur apportent le souci des victimes, le besoin de vérité, le refus des guerres et des aveugle-ments collectifs.

Le nouveau siècle nous apporte les progrès de la science, l’allongement de la vie, et la soif de liberté … de ce fait ils ne partagent pas le pessimisme ambiant sur l’évolution de la planète et refusent le catastrophisme mondial périodiquement mis en avant par les médias et ils adhèrent à un « principe d’espérance »
Ils se déclarent profondément européens et pensent que l’Europe peut largement contribuer à prendre en mains l’inévitable mondialisation dans le cadre d’une véritable économie sociale de marché

Ils constatent que les Lumières ont contribué à inscrire les Droits de l’Homme dans nos consti-tutions et, après avoir invité les autres églises chrétiennes à débarrasser l’église catholique de ce qui dans son organisation fait obstacle à l’œcuménisme, ils proposent de bâtir pour le 21 e siècle une nouvelle église réorganisée en profondeur, espérant que la vocation de l’homme à prendre soin de la création pourra être réaffirmée

Ils nous proposent 20 utopies qu'ils estiment réalisable :

1 - pour une écotaxe européenne
2 - pour un retour au nucléaire civil
3 - pour une politique de sécurité
4 - pour une fédération de l'Europe
5 - pour en finir avec les paradis fiscaux
6- pour promouvoir la région
7 - pour la suppression des cabinets ministériels
8- pour un statut du travailleur
9 - pour l'éthique dans le gouvernement d'entreprise
10 - pour le développement humain
11 - pour préparer l'Europe à l'immigration
12 - pour l'accès de tous au crédit
13- pour un statut des ONG
14- de l'eau potable pour tous
15 - pour le respect de nos engagements
16- pour une taxation des ventes d'armes
17 - pour réconcilier morale sexuelle et spiritualité
18- pour réhabiliter les patriarches
19 - pour former ensemble les maîtres en religion
20 - pour un diaconat des femmes

Le livre résulte de l'histoire commune des auteurs : leur enfance a baigné dans les maladies sociales des années 30, chômage, montée des totalitarismes ; ils ont connu la défaîte de 1940, drame physique et moral ; après 1945, ils ont peu à peu participé à la reconstruction matérielle, morale, culturelle du pays.

Nous avons cru pouvoir extraire de la dernière page du livre une très belle phrase qui pourrait servir de conclusion : les droits de l’homme sont les droits des Africains, ce sont les droits des Asiatiques, ce sont les droits des Européens, ce sont les droits des Américains. Ces droits n’appartiennent à aucun gouvernement, ils ne se limitent à aucun continent, car ils sont inhérents à l’humanité même

"L'impossible d'aujourd'hui est le réalisme de demain". Cela s'appelle l'utopie !

Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, Grasset, 1992,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce livre est souvent présenté à tort comme un livre hostile à la protection de l’environnement, c'est inexact : l'auteur s'efforce au contraire d'analyser pour le comprendre, et pour le faire comprendre le mouvement profond qui se développe depuis quelques décennies au sein du monde occidental

1 les mouvements écologistes contemporains
Luc Ferry distingue trois écologies : démocratique, utilitariste et profonde

*La 1°, l'écologie environnementaliste part de l'idée qu'à travers la nature, c'est encore et toujours l'homme qu'il s'agit de protéger (l’environnement n'étant pas doté d'une valeur intrinsèque).
*la 2° cherche à diminuer au maximum la somme de souffrances dans le monde ainsi qu'à augmenter la quantité de bien-être, elle s’intéresse à certains êtres non-humains. Elle fonde l'immense mouvement dit "de libération animale" très présent dans le monde anglo-saxon
*La 3°, "l'écologie profonde","écocentrique", ou "biocentrique", celle qui remet en cause l'humanisme, et l'anthropocentrisme au nom des "droits de la nature". Elle devient l'idéologie dominante des "mouvements alternatifs". Elle a ses intellectuels de référence : Aldo Léopold aux États-Unis, Hans Jonas en Allemagne, Michel Serres en France (Le Contrat Naturel),
pour l'écologiste profond, la modernité est un total désastre, alors que l'écologiste anthropocentriste pourrait répondre que la haine des artifices est aussi la haine de l'homme.

2) L'homme : un être d'antinature
L'homme est par excellence l'être d'antinature, c'est parce que l'humanité n'est pas rivée à l'instinct qu'elle possède une histoire, que les générations se suivent sans se ressembler, là où le règne animal observe une complète continuité.

3 ) La deep écology
La thèse des écologistes radicaux est décrite dans la 2° partie "les ombres de la terre".

Last, but not least, les écologistes profonds estiment enfin que pour maitriser la maitrise de la nature , il faut "recourir à la force" (Hans Jonas, Greenpeace) A la recherche des causes profondes de ce courant fondamentaliste, Luc Ferry croit pouvoir parler d'une immense peur planétaire où l'on retrouve pêle mêle toutes sortes de nuisances et qui pourrait se résumer ainsi : la peur du développement de la technique en général. En quelque sorte, un retour à la grande peur de l'an Mil

4) l'écologie nazie
Luc Ferry consacre un chapitre à l'écologie nazie et aux législations allemandes de novembre 1933, juillet 1934 et juin 1935 : ces lois furent les premières au monde à vouloir concilier un projet écologique d'envergure avec le souci d'une intervention politique réelle. Il s'empresse d'affirmer qu'il convient de se méfier de la démagogie qui consisterait à jouer de la sainte horreur qu'inspire à bon droit le nazisme pour disqualifier à priori toute préoccupation écologique

5 ) l'écoféminisme
Il existe un féminisme humaniste : Françoise d'Eaubonne voit un lien direct entre l'oppression des femmes et celle de la nature, pour les écoféministes "les femmes n'ont pas rompu avec la nature, elles représenteraient l'irrationalité qui s'oppose à une masculinité rationnelle et antiémotionnelle"
A l'opposé de l'écoféminisme, Elisabeth Badinter remarque "qu'à insister sur la naturalité de la femme , on risque de reproduire les clichés les plus éculés (intuition, irrationalisme, vocation à la maternité)", et pense "qu'affirmer que la femme est plus naturelle que l'homme reviendrait à nier sa liberté"

6) conclusions
Est il acceptable d'occulter tout ce qui dans la nature est haïssable pour n'en retenir que l'harmonie et la beauté? (Quid des virus, tremblements de terre, et catastrophes naturelles?)
Dire que les animaux possèdent des intérêts est déjà discutable (même si l'on peut leur reconnaître la capacité d'éprouver du plaisir et de la peine). Vouloir défendre les intérêts des rochers, des arbres, et de la biosphère tout entière n'est ce pas céder à un animisme moyenâgeux ?
En élargissant les horizons , ne va t on pas découvrir que le cosmopolitisme ne s'oppose plus au nationalisme?
Luc Ferry espère que les conclusions viendront des réponses que le lecteur apportera lui- même aux questions prodiguées par l'auteur tout au long du livre
Je crois devoir citer sa dernière phrase : entre la barbarie et l'humanisme, c'est à l'écologie démocratique qu'il appartient de trancher
Le lecteur imagine t il que le choix final soit fait en faveur de la barbarie?

Jacques Bourdillon octobre 1997

L'inégalité du monde (économie du monde contemporain) par Pierre Noël Giraud : chez Gallimard Folio 1996 340 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi y a t il des riches et des pauvres? Pour l'auteur, la question essentielle de l'économie est celle des inégalités, qui peuvent être spatiales, ou sociales (entre différents pays ou à l'intérieur d'un même territoire). A ses yeux, il n'y a pas de lois de l'histoire, il n'y pas non plus de lois de l'économie

Les interventions des États, les événements vont à certains moments mettre en place des conditions nouvelles qui modifieront la situation et la dynamique économique préexistante d'un territoire ou d'un ensemble de territoires. Après une rupture, apparaîtra une nouvelle dynamique, donc une nouvelle séquence

Mais la richesse est forcément quelque chose de relatif : on est riche si on se compare à un moins riche, la mesure de l'inégalité est plus facile à un moment donné grâce à l'utilisation d'un étalon la monnaie … Cet étalon variant avec le temps, il est beaucoup plus difficile de faire la même comparaison entre deux époques

Parler d'un capitalisme n'a pas grand sens : il y a autant de capitalismes que de pays : un capitalisme américain, un capitalisme français, allemand, anglais etc … il y a aussi un capitalisme nomade "mondial" … Selon le cas, ou le moment, un capitalisme peut être producteur ou, au contraire, réducteur d'inégalités. De même, il peut provoquer un processus d'accumulation ou de dispersion de la richesse Il est utile par ailleurs d'analyser le comportement économique des différents acteurs dans un pays donné : pour la France, à l'évidence, le spéculateur pur, le patron d'une firme industrielle, le patron d'une PME, le paysan propriétaire en Auvergne n'agiront pas de la même façon.

Dans les chapitres III et IV de l'ouvrage on s'efforce notamment de retracer l'évolution des inégalités sur plusieurs siècles et nous avons choisi de privilégier cette description passionnante
Il y a eu aux 16 e 17 e et 18 e siècle la période des économies-mondes (en référence à Fernand Braudel) et des capitalismes en réseaux : Venise, puis Anvers, Gênes, Amsterdam, puis Londres
Au début du 19 e les PIB par habitant étaient les mêmes en Europe aux Etats-Unis, en Inde et en Chine …. C'est aux 19 e et 20 e siècles que l'inégalité au profit de l'Angleterre, de l’Europe puis des États-Unis s'est fortement creusée , et l'on peut penser qu'elle elle va relativement se résorber au 21

Le 19° siècle
Il mérite qu'on s'y attarde : c'est, un peu partout, la grande époque de l'exode rural associé à l'industrialisation et à l'émigration (1,5 millions d'émigrants d'Europe de 1890 à 1914 !). La Grande Bretagne instaure le libre échange et concentre 65% de l'industrie manufacturière du monde alors qu'elle ne représente que 2% de la population. Aux Etats-Unis le Nord industriel et protectionniste l'emporte dans la guerre de Sécession sur le Sud esclavagiste et libre échangiste En France, Napoléon III abolit à son tour les barrières douanières, sous la 3 e République.

Mais il convient aussi d'évoquer la figure emblématique et ambivalente de Jules Ferry républicain promoteur de l'instruction publique, instrument de l'intégration de la classe ouvrière dans la République et par ailleurs colonialiste convaincu. Dans tous les pays d'Europe les taux de croissance sont élevés … le Japon et la Russie suivent le mouvement. Dans le même temps, les inégalités internes s'accroissent. Ceci ne veut pas dire que l'existence des colonies aura tellement favorisé la croissance de la richesse des pays industrialisés : l'auteur estime au contraire que leur importance a été très limitée, voire négligeable. A ses yeux, la conséquence principale de la colonisation du futur Tiers-Monde fut l'interdiction du développement des capitalismes qui y préexistaient et en particulier le développement industriel

L'exceptionnel 20° siècle :
Comme on le sait il commence en 1918. L'ordre ancien va être rompu, les États vont désormais user du pouvoir monétaire en fonction de leurs intérêts nationaux (dévaluation de la livre et du franc, et l'on va assister à une nouvelle forme de croissance, la croissance social démocrate autocentrée. Dans la plupart des pays d'Europe, y compris l'Urss on assiste à une forte augmentation du Pib par habitant, alors qu'il diminue aux Etats-Unis. La vision du 19 e siècle est souvent influencée par le cas singulier de l'Angleterre, celle de la crise de 1929 l'est par celui des Etats-Unis, où la crise est incontestablement très forte.

Pendant toute cette période, les prélèvements et la dépense publique s'accroissent un peu partout (infrastructures, santé, éducation). On découvre en Allemagne et aux États-Unis que les ouvriers sont susceptibles d'être aussi des clients (Ford, Volkswagen)

Après la seconde guerre mondiale, de nouvelles dynamiques vont engendrer un accroissement exceptionnellement rapide de la richesse moyenne, accompagnée d'une forte réduction des inégalités internes (Europe, Japon, Etats-Unis)… le commerce international croit sensiblement plus vite que la production mondiale, le commerce intraeuropéen augmente fortement, le nomadisme des capitalisme se développe et se poursuit, les grands programmes français (énergie , transport ) sont des réussites, la politique agricole commune fait de l’Europe un grand rival des Etats-Unis, l'industrie aéronautique et spatiale européenne se développent, des compagnies pétrolières européennes sont crées (ENI, ELF).

Dans le même temps, l'Urss qui a connu un développement égalitaire après la Révolution d'octobre va peu à peu sombrer, alors que la Chine saura rebondir après avoir surmonté les dégats de la révolution culturelle
Les efforts de développement des États d'Amérique Latine vont en général échouer en raison de l'incapacité des bourgeoisies nationales à intégrer les classes ouvrières alors que les anciens dominions vont peu à peu rejoindre les pays industrialisés.
L'ensemble des pays de ce qu'il est convenu d'appeler le Tiers-Monde va connaître une extraordinaire explosion démographique , ces pays vont aussi connaître des taux de croissance économiques exceptionnels … la combinaison de ces deux tendances conduit à un taux d'accroissement du Pib par habitant relativement modeste …. L'exode rural se poursuit mais semble relativement maîtrisé, mais la croissance urbaine devient explosive avec la création de mégapoles

Par ailleurs, les écarts de revenus entre les riches et les pauvres s'accroissent de façon considérable … Nous assistons maintenant à un véritable éclatement du Tiers-Monde : politiques de développement diverses et variées, pays restant à la traîne pendant qu'apparaissent dans le Sud Est Asiatique les quatre dragons L'auteur note que si le Tiers-Monde devait exporter par habitant autant de produits manufacturés que les dragons, les pays occidentaux verraient disparaître la totalité de leurs industries

L'ouvrage se poursuit par des réflexions intéressantes sur la nomadisation des capitalismes, sur la compétition entre les territoires, sur l'émergence des pays à bas salaires et à forte capacité technologique. Il souligne l'importance capitale du progrès technique. Il n'hésite pas à envisager la fin des classes moyennes dont la survie semble menacée
Il termine son ouvrage par des interrogations sur l'avenir : faut il laisser faire ? transférer? ne convient il pas plutôt d'organiser le contrôle du libre échange? L'auteur ne se livre à aucune conjecture sur notre avenir le plus probable

Septembre 2000 Jacques Bourdillon

Le choc de 2006, démographie, croissance, emploi, pour une société de projets par Michel Godet, Odile Jacob 2003, 300 pages, 21,50 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel Godet se définit lui-même au début de son livre : plus tout à fait économiste, un peu historien, peut être est il devenu sociologue sans le savoir, il se découvre chaque jour un peu plus démographe. Les évocations d’Alfred Sauvy, Evelyne Sullerot, Gérard-François Dumont surabondent, il fait aussi référence à d’excellents auteurs que nous connaissons bien : Michel Aglietta, Claude Allègre, Béatrice Majnoni d’Intignano, Jean Pisani-Ferry etc

L’objet de l’ouvrage ? Le choc démographique de 2006 : cette année là, notre pays verra partir à la retraite ceux du baby boom et arriver au travail ceux du baby krach, beaucoup moins nom-breux. Tout va forcément changer : temps de travail, statuts, retraites, modes de vie … etc

L’auteur se livre à des comparaisons internationales : la démographie, Pib par habitant, dé-pense publique, création d’emplois, durée du travail, âge de la retraite, il regrette que, depuis quel-ques années, la France n’ait fait que reculer et estime que les causes de ces échecs sont d’abord et surtout internes : « depuis 1975, notre Pib a doublé, mais le nombre des chômeurs a quadruplé, et nos dépenses publiques dépassent de 7 points la moyenne européenne» Cent milliards d’€ partiraient ainsi en fumée chaque année.

Il s’efforce d’écarter les fausses excuses et les insuffisantes solutions (la clé d’une meilleure éduca-tion nationale n’est pas dans l’accroissement indéfini de moyens déjà considérables). « Il n’y a pas de droits sans devoirs » l’assistance sans contrepartie est toujours contreproductive : il donne les exemples inquiétants de la Réunion (700.000 habitants) et de la Corse (250.000 habitants) qui sont en fait sous perfusion avec des taux de transferts publics impressionnants : 4.000 € par tête et par an (45% du Pib) pour la première, et 8.000 € pour l’Île de Beauté. Il évoque l’Île Maurice : un peuple au travail pour 150 à 200 € par mois avec seulement 7% de chômage

Avec Alfred Sauvy, il pense que la démographie est une clé pour comprendre l’effondrement (ou l’épanouissement) des nations : la débâcle française de 1940 et la japanosclérose des années 1990 ont aussi des causes démographiques, il s’inquiète notamment de l’avenir des pays d’Europe, où les moins de 15 ans sont moins nombreux que les plus de 65 ans. Mais la démographie est aussi capable de nourrir la croissance, et ses impacts ne pourront être ignorés très longtemps

Il analyse le développement durable : la terre n’a jamais été figée, ses soubresauts climati-ques et volcaniques ont en général des origines plus naturelles qu’humaines, mais il s’empresse d’affirmer que la barbarie de la nature n’autorise pas pour autant les hommes à jouer aux apprentis sorciers. Il distingue les « écolo-réalos » pour qui il ne peut y avoir de création sans destruction, et avec qui on peut travailler des « écolo-rétros » qualifiés de Khmers Verts, prêts à imposer une dictature au nom de la protection de la nature et du retour à un passé idéalisé, pour eux, l’homme est une espèce nuisible ( !!), et la croissance est néfaste ( !).

Il s’écrie « les enfants, ce n’est pas moins important que l’environnement »,et propose une intéressante typologie de la famille en France. Son analyse porte sur mariages, divorces, et pacs : il y a aujourd’hui 16 millions d’enfants et aussi 16 millions de familles : davantage de familles que par le passé, mais beaucoup moins de familles nombreuses. Il s’intéresse aux couples biactifs sans enfants appelés dinks aux Usa (double income, no kids), l’écart de niveau de vie avec un dinks est de - 41% pour une famille monoparentale de 2 enfants, de - 39% pour une famille nombreuse de 4 enfants.

Conclusion : il y a un désir d’enfant non satisfait, mais les enfants coûtent cher !
Il termine par des propositions concrètes notamment sur la réforme des retraites et sur la relance d’une politique familiale à l’évidence indissolublement liées


Février 2003 Jacques Bourdillon

Et l'homme dans tout ça?, plaidoyer pour un humanisme moderne. À propos du livre d'Axel Kahn : Nil éditions Préface de Lucien Sève philosophe, membre du Comité national d'éthique 119 francs, 375 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai rarement trouvé dans un livre autant de réflexions passionnantes portant sur des questions essentielles. J'ai pu en outre grâce à cette lecture améliorer mes connaissances scientifiques. J'ai aimé la lucidité, l'honnêteté, la rigueur, le courage d'Axel Kahn .Il possède une qualité rare : celle de présenter avec une très grande objectivité les thèses éventuelle-ment antinomiques de différents experts, se réservant in fine de donner son point de vue personnel.

Dans ce beau livre, on trouvera à la fois :

*une présentation de l'histoire du vivant jusqu'à l'homme, dernier avatar de cette évolution, accompa-gnée d'une mise en valeur les derniers progrès scientifiques, une protestation contre l'inanité de cer-taines critiques de la science et du progrès, une véritable dédiabolisation du génie génétique dont les avantages potentiels considérables pour l'humanité sont mis en valeur (alimentation santé). Au pas-sage l'auteur montre sans concession les horreurs et cruautés thérapeutiques pratiquées à travers les âges par certains d'entre nous, tels Frédéric II, Pasteur, et … Joseph Menguélé (Allemagne), les mé-decins japonais (Mandchourie) et il évoque le code de Nuremberg (jugement du Tribunal en 1947)

*une interrogation sur la question de la place de l'homme sur terre, et de sa dignité, avec déjà quel-ques réponses : ayant rappelé que depuis Copernic la planète des hommes n'est plus le centre du monde, que depuis Lamarck et Darwin l'homme apparaît comme le produit d'une évolution multimillé-naire, l'auteur s'appuie sur la plasticité exceptionnelle du cerveau humain liée aux immenses capacités de connexion des neurones pour affirmer la discontinuité animal/homme pourtant niée par Singer, pour contester les déterminismes biologique ou sociologique affirmés par Dawkins. Selon lui, les gê-nes humains permettent de desserrer l'étau de ces déterminismes et constituent la condition de notre responsabilité et de notre liberté. Sa position nous paraît plus proche de celle de Luc Ferry que de celle d'André Comte-Sponville (cf la sagesse des Modernes, chapitre 3, Robert Lafont 1998)

*une proposition des grandes lignes d'une nouvelle éthique (partielle/universelle) pour le 21° siècle qui tienne compte des éléments nouveaux apportés par la science et la technique tout en restant pru-dent. Il évoque sans indulgence l'histoire de l'Occident chrétien (antijudaïsme de saint Louis, antisémi-tisme des Rois Catholiques Espagnols, génocide des Taïnos par Christophe Colomb et ses succes-seurs … etc), il dénonce les idéologies qui ont profondément marqué le 19° siècle (racisme, déterminisme, eugénisme darwinisme social), et les tragiques synthèses que l'on peut faire en les associant, après avoir pris ses distances avec la morale utilitariste. Mais à partir d'un certain point, il rappelle qu'il y a des limites à ne pas franchir. Il évoque les catastrophes sanitaires dues à la contamination à partir de tissus animaux ou humains (virus du sida ou hépatites transmis aux hémo-philes, maladie de Creutzfeldt-Jacob transmise par l'hormone de croissance) .

Or le transfert de gènes humains dans des micro-organismes inoffensifs permet de fabriquer la protéine humaine (dite recom-binante) en supprimant totalement ces risques infectieux. Comment, sachant cela, peut on encore s'opposer par pure idéologie à la poursuite de la recherche en biotechnologie??? On trouvera des développements passionnants à propos des innombrables problèmes éthiques nouveaux : reproduction assistée, clonage reproductif, clonage utilitariste, diagnostic prénatal, tri des embryons, xenogref-fes.etc ….
Et si l'on s'occupait aussi de l'enfant ? s'écrie t il après avoir examiné toutes les nouvelles techniques de plus en plus sophistiquées d'assistance à la procréation

"On aura compris que "ce livre de biomédecine, écrit par un biologiste médecin, est aussi de bout en bout un livre d'éthique" … Animé d'un inconditionnel res-pect de l'humanité . Axel Kahn ne fait nul mystère : entre une arithmétique utilitariste des plaisirs et un universalisme kantien, son choix est fait"

octobre 2.000 Jacques Bourdillon

Philippe Kourilsky et Geneviève Viney : le Principe de Précaution rapport au Premier Ministre Odile Jacob et Documentation française janvier 2.000, 400 pages, 140 francs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Principe de Précaution est devenu une tarte à la crème, il est utilisé à tout propos et hors de propos . De nombreux ouvrages, de nombreux colloques s'y intéressent avec des visions souvent partielles donc partiales. En France il ne s'applique qu'à l’environnement (loi Barnier du 2 02 95). Claude Allègre croit pouvoir écrire : "ce principe est mal compris et les gens croient qu'il s'agit d'instaurer le risque zéro, qu'il incomberait aux États de garantir, sous peine d'être responsables de tout accident". Sait on vraiment ce que représente ce concept? quel intitulé ? quelle étendue,?.

On semble ignorer que le Premier Ministre a chargé deux experts Philippe Kourilsky et Geneviève Viney (un scientifique et une juriste), d'un rapport sur cette importante question, rapport, rarement évoqué par les médias alors qu'il devrait constituer la référence indispensable. Il s'agit d'un ouvrage, riche, rigoureux, bien écrit, rempli d'exemples concrets et variés

Les risques, la décision (prévention ou précaution) :

* Philippe Kourilsky et Geneviève Viney nous invitent d'abord à utiliser un vocabulaire rigoureux et précis : risque, danger et aléa, ce n'est pas la même chose. En outre il faut distinguer les risques avérés (qui ne sont jamais nuls) et les risques potentiels (hypothétiques, qui peuvent être nuls), et par ailleurs les risques potentiels plausibles (sans retour d'expérience) et les risques potentiels étayés (avec retour d'expérience). La prévention s'attaque aux risques avérés, la précaution aux risques potentiels. Car la précaution, qui a la prétention de la nouveauté, est, comme la prévention, fille de la Prudence (une antique vertu !!) …
* Ils font remarquer "l'asymétrie qui existe entre la facilité d'interdire et la difficulté d'autoriser

* Ils posent quelques questions. Est il légitime de favoriser un sentiment d'équivalence entre risques réels fondés sur des preuves, et d'autres, hypothétiques, aux conséquences incertaines? À propos du vaccin contre l'hépatite B : quel choix faut il faire entre les avantages d'une vaccination massive, face à des risques supposés et jamais démontrés ? À propos du choix des États-Unis de développer dès 86 les Ogm (après une étude qui a duré 2 ans et qui a conclu que les bénéfices sont largement supérieurs aux risques) : l’Europe ne risque t elle pas d'enfermer sa recherche dans une perspective à court terme ?

* Ils nous rappellent que "comme toute action humaine, la précaution présente des risques" : risque de se tromper dans la définition ou l'évaluation des risques potentiels (par mauvaise utilisation de l'outil statistique), risque de prendre des mesures d'interdiction susceptibles de fermer le champ expérimen-tal et d'éliminer toute possibilité de prouver ou d'infirmer l'hypothèse qui a provoqué la décision.

* La précaution a un coût qu'il faut toujours calculer avant toute prise de décision, la précaution peut causer des préjudices qui sont en général mis à la charge de l’État. Le principe de précaution doit donc gouverner la mise en œuvre de la précaution

* Il faut donc évaluer les risques, mais cette évaluation doit être faite avec la plus grande rigueur : elle doit notamment comporter une analyse économique laquelle doit déboucher sur une expertise qui doit toujours contenir une "comparaison coût/avantage", préalable à la décision. Le risque doit être correc-tement évalué (y compris son coût pour l’État pour les entreprises et les citoyens). L'expertise doit être pluridisciplinaire et contradictoire, elle doit comporter deux parties : l'une "scientifique et technique", la seconde "économique et sociale", les experts doivent autant que possible être indépendants (des intérêts économiques, des gou-vernements, des groupes de pression et des idéologies). Il faut aboutir à l'acceptabilité des risques, et éviter la théatralisation des risques. La démarche scientifique contrairement à la démarche politique ne cherche pas à entretenir des polémiques : les controverses scientifiques ont vocation à cesser aussi rapidement que possible

* On en arrive à la décision : elle doit être révisable, réversible, et proportionnée. À risque équiva-lent, il est recommandé de privilégier la prévention sur la précaution, de privilégier les risques poten-tiels étayés sur les risques potentiels seulement plausibles. Il faut enfin se donner les moyens de sortir de l'incertitude au plus tôt, ce qui implique une obligation de recherche (très souvent oubliée et quelquefois volontairement). La précaution est un principe d'action et non de blocage du progrès
Quelle définition? quelle étendue? quelle portée? (variable selon les auteurs et les pays),

* La définition plus radicale (jugée irréaliste, et dangereuse) exige de garantir le risque zéro, d'imposer au décideur d'apporter la preuve de l'innocuité de l'acte qu'il accomplit ou qu'il autorise, de décider un moratoire (voire une abstention définitive) au moindre soupçon, de refuser les limitations de la précau-tion liées à son coût économique. Son application conduirait à une paralysie totale de l'activité éco-nomique. Son étendue doit être de préfé-rence très large (au delà de l’environnement : l'alimentation, la santé, la sécurité etc … )

* La définition de la précaution diffère aussi selon les pays, la Cour Internationale de Justice et l'OMC hésitent à se prononcer, la Cour de justice des Communautés est favorable à une application directe du principe, alors que les jurisprudences nationales expriment les positions les plus diverses. On voit que si l’Europe veut obtenir une large ad-hésion (dont celle des États-Unis, opposés pour l'instant), elle devra proposer une conception à la fois cohérente, mais aussi ,bien évidemment, acceptable par le plus grand nombre d'États.

* S'agit il (comme le pensent Olivier Godard, Jacques Henri Stahl, et Marceau Long) d'une simple orientation à l'intention du législateur? ou au contraire d'une règle de droit ayant une valeur normative autonome éventuellement supérieure à celle de la loi ? Il n'est pas répondu à cette question,


J'ajoute que les auteurs proposent leur définition ainsi que les 10 commandements du prin-cipe. Je vous laisse le soin de les découvrir, … si vous êtes tentés de lire cet ouvrage


Mars 2001 Jacques Bourdillon

 

Le livre de Denise FLOUZAT sur le Japon éternel

Comment expliquer les anciens succès économiques du Japon comme ses revers contemporains?
Quelles sont les raisons du « miracle» d'hier et des menaces de récession d'aujourd'hui? Pourquoi
ce système de gestion, que même les manuels présentaient comme un « must », est-il désormais
dépeint par la presse comme au bord de l'effondrement ?

Sans doute l'empire du Soleil levant a-t-il toujours suscité, pour de bonnes mais aussi pour de mauvaises raisons, des commentaires excessifs. Il n'en reste pas moins que ces énigmes demeurent aux yeux du plus grand nombre. Avec mesure et objectivité, le présent ouvrage entend les déchiffrer. Il explique la véritable nature des succès et des revers de l'économie nipponne. Il pose les conditions de sa renaissance, laquelle implique des réformes structurelles certes difficiles à conduire dans un climat de crise, mais néanmoins à la portée d'un peuple aussi patient et courageux que le sont les Japonais.

Denise Flouzat-Osmont d'Amilly, économiste et universitaire, ancien membre du Conseil de la politique monétaire de la Banque de France, administrateur délégué de la Fondation Banque de France pour la recherche en économie monétaire, spécialiste de l'étude des structures économiques japonaises, est notamment l'auteur de La Nouvelle émergence de l'Asie


Le livre de Denis Breton. Une étude comparative d'un spécialiste du nucléaire.

Malgré la guerre, l'exode, l'occupation allemande, Denis BRETON poursuivit ses études dans des conditions parfois difficiles. A la Libération de la France, il participa à des opérations de dragages de mines le long des côtes françaises, puis rentra au Commissariat à l'Energie Atomique (CE.A.).

Directement impliqué dans le développement des programmes atomiques civils et militaires du CE.A., il raconte les différentes étapes de sa carrière nucléaire, depuis ZOE, notre premier réacteur nucléaire de puissance nulle, jusqu'à la laborieuse naissance de la bombe H française de puissance mégatonnique.
Successivement conseiller dans l'industrie nucléaire américaine, conseiller scientifique auprès de l'Ambassade de France à Londres, professeur dans de grandes universités américaines, il décrit ses activités et analyse la compétitivité des organisations américaines et françaises dans les domaines correspondants en les assortissant de commentaires.


Père de trois enfants et grand-père de neuf petits-enfants, l'un de ses fils, Thierry BRETON, est le Président Directeur Général de Thomson.

Denis BRETON est ingénieur diplômé de l'Ecole Supérieure d'Electricité, Docteur es sciences physiques (Paris), Docteur es sciences économiques (Paris), Capitaine de Corvette (H). Il est membre de plusieurs sociétés scientifiques américaines et françaises.

 

Développement durable. 21 patrons s'engagent. De P DELAPORTE et T FOLLENFANT

Le "développement durable" qui devrait "...... permettre de satisfaire nos besoins tout en préservant ceux des générations futures de satisfaire les leurs". Action 21 est le plan d'action global devant atteindre ce résultat.

Dix ans aprés qu'en est-il de ce voeu collectif ? Qu'avons nous fait individuellement et collectivement ?

Dans leur livre Développement durable Pierre DELAPORTE et Thierry FOLLENFANT interviewent 21 patrons qui répondent à leurs questions, apportent leur contribution active dans ce manifeste et s'engagent :

Bernard Arnault (Lvmh), Jean-Paul Bailly (Ratp), Pierre Chassigneux (Adp), Bertrand Collomb (Lafarge), Jacques Descargues (Onf), Thierry Desmarets (TotalFinaElf), Alain Du-pont (Colas), Jean-Marc Espallioux (Accor), Pierre Gadonnei (Gdf), Louis Gallois (SNCF), Philippe Houzé (Monoprix), Anne Lauvergeon (Areva), Daniel Lebègue (Cdc) ; Maurice Lévy (Publicis), Francis Mer (Arcelor), Gérard Mestrallet (Suez), Yves-rené Nanot (Ciments Français)Lindsay Owen Jones (l’Oréal), Pierre Richard (Dexia)François Roussely (Edf), Mouis Schweitzer (Renault), Jean-Cyril Spi-netta (Airfrance)

Pierre DELAPORTE : X-Ponts ancien Directeur général de GDF et Président honoraire d'EDF. Il préside actuellement de nombreuses associations, dont l'association "Espaces pour demain".

Thierry FOLLENFANT est microbiologiste et agro-économiste. Il a été responsable de la communication d'Amnesty International section française. Depuis 1993 il est conseiller en environnement et développement durable. Il co-anime le magazine radio "Les dossiers de l'Environnement" avec Alain Jérome.

Début

Guy Sorman Le progrès et ses ennemis Fayard sept 2001 120 fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage à rapprocher de deux autres livres quelquefois complémentaires et souvent contradictoires : Jean Claude Guillebaud le principe d'humanité Seuil sept 2001, Luc Ferry et Jean-Didier Vincent qu'est ce que l'homme Poches Odile Jacob août 2001

Les trois auteurs sont d'accord sur un point essentiel : la primauté de l'homme : Guy Sorman défend l'héritage grec, juif et chrétien, et affirme que l'homme, supérieur à la nature, pourrait en être le gardien. Luc Ferry et Jean-Didier Vincent qui se disent matérialistes affirment pourtant l'existence d'un saut qualitatif inexplicable mais certain entre l'animal et l'homme. Jean Claude Guillebaud s'attaque à la deep ecology d'Arne Naess et Peter Singer (primauté de la nature sur l'homme réduit à la situation d'un animal parmi d'autres) : il s'agit bien d'un anti-humanisme qui prend des accents haineux à l'égard de l'espèce humaine …

Pour défendre l'homme, Jean Claude Guillebaud accuse la science et assimile carrément l'esprit scientifique au "scientisme" : "le discours technoscientifique est devenu opinion dominante, seul et dernier catéchisme admissible, son pouvoir symbolique est sans précédent, les médias y succombent, les politiques aussi : c'est l'hégé-monie conquérante de la technoscience … Qu'est il donc arrivé à la science? … il dénonce la "désastreuse coagulation de la science en idéologie … et estime que le type anthropologique du savant fou prolifère dans un climat de sidération admirative qui fortifie son propre délire"

Il croit pouvoir affirmer que : "les malheurs de l'hémisphère sud viennent de l'inégale répartition des richesses et non de leur manque ou de leur insuffisance. Ses préférences vont à Robert Reich, Jeremy Rifkin, Hans Jonas, Jacques Ellul, Jacques Testard.

Luc Ferry et Jean-Didier Vincent s'efforcent de réhabiliter (s'il en était besoin !) la science, qu'ils voient distincte de la religion, de la philosophie, et de toutes les idéologies. Ils s'efforcent de trouver le cri-tère de démarcation avec la non-science : ils font appel à Karl Popper et à Emmanuel Kant reconnus comme des anthropocentristes : pour Popper, la recherche scientifique procède par essais et er-reurs, par conjectures et réfutations, le propre de la science est de présenter des propositions falsi-fiables et réfutables … nous voilà loin de l'arrogance dénoncée par Jean Claude Guillebaud …

Guy Sorman a d'autres inquiétudes : les besoins croissants de l'humanité lui paraissent sous estimés, alors que la science et le progrès, susceptibles de contribuer à satisfaire ces besoins, sont l'objet d'une scandaleuse entreprise de désinformation et de dénigrement : "longtemps, la France symbolisa la connaissance, la science contre l'obscurantisme. Cette foi presque excessive dans le progrès fut théorisée par Condorcet et Auguste Comte : eux considéraient que notre pays portait haut le flambeau qui conduirait les peuples vers les Lumières. …

Notre retard est encore plus inquiétant dans le domaine des biotechnologies, en proie à une véritable campagne obscurantiste capable d'éli-miner le pays de Pasteur de la course à la maîtrise du vivant, et de le priver de ses perspectives éco-nomiques. La folle campagne contre les Ogm, mélange d'antiaméricanisme primaire, de calculs pro-tectionnistes à courte vue et de nostalgie des terroirs disparus conduit nos chercheurs à l'exil, et dé-place hors de France les entreprises et les capitaux.

Qui serait tenté d'investir en France où de faux paysans grimés en Astérix détruisent des laboratoires d'expérimentation de plants transgéniques, une innovation majeure qui pourrait assurer la sécurité alimentaire des générations à venir? Guy Sorman lui non plus ne cache pas ses préférences : elles vont à Georges Charpak et Philippe Kourilsky, Gur-dev Kush et MS Swaminathan (les spécialistes de la révolution verte aux Philippines et aux Indes). Infatigable voyageur, il parcourt la planète pour visiter les sites où l'on pratique les cultures transgéni-ques et ceux où les écoguerriers les détruisent … "Aux Usa, dit il, on ne fuit pas le progrès scientifi-que, on y croit et on l'aime".

En Chine, le professeur Go, directrice du laboratoire de transgénèse à l'Université de Pékin lui déclare : "si les écologistes l'emportaient, la recherche en Chine en serait retardée et les victimes ne seraient pas tant les Occidentaux que les habitants les plus pauvres de Chine. Il prend la défense du nucléaire civil : la haine du nucléaire se cristallise sur une nouvelle cible : La Hague … oubliées les centrales qui produisent 80% de l'électricité domestique en France !

Je lui laisserai le mot de la fin : à une rhétorique doloriste (nous devons renoncer à notre confort pour protéger la nature et la transmettre en bon état à nos successeurs), Guy Sorman oppose une rhétorique du progrès (pollution et pénuries méritent d'être combattues parce que elles portent at-teinte à la santé des hommes et non parce que elles nuisent à la nature) … La véritable générosité envers les générations futures consiste plutôt à leur transmettre une planète en progrès (bons outils, machine en état de marche) plutôt qu'une friche industrielle !!!

Mars 2003 Jacques Bourdillon

 

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