Paru dans les "Cahiers d'ARRI" : N° 5


Le choc de 2006, démographie, croissance, emploi, pour une société de projets

Jacques Bourdillon a accepté de prendre la responsabilité de cette nouvelle rubrique. il s’agit de mettre à la disposition des lecteurs des Cahiers des recensions d’ouvrages «remarqués» entrant dans le champs de nos préoccupations. Tous les adhérents d’ARRI qui accepteront de résumer certaines de leurs lectures sont invités à prendre contact avec Jacques Bourdillon.

Michel Godet se définit lui-même au début de son livre : plus tout à fait économiste, un peu historien, peut être est il devenu sociologue sans le savoir, il se découvre chaque jour un peu plus démographe. Les évocations d’Alfred Sauvy, Evelyne Sullerot, Jean-Claude Chesnais, Gérard-François Dumont surabondent, il fait aussi référence à d’excellents auteurs que nous connaissons bien : Michel Aglietta, Claude Allègre, Béatrice Majnoni d’Intignano, Jean Pisani-Ferry etc

L’objet de l’ouvrage ? Le choc démographique de 2006 : cette année-là, notre pays verra partir à la retraite ceux du baby boom et arriver au travail ceux du baby krach, beaucoup moins nombreux. Tout va forcément changer : temps de travail, statuts, retraites, modes de vie … etc
L’auteur se livre à des comparaisons internationales : la démographie, Pib par habitant, dépense publique, création d’emplois, durée du travail, âge de la retraite, il regrette que, depuis quelques années, la France n’ait fait que reculer et estime que les causes de ces échecs sont d’abord et surtout internes : « depuis 1975, notre Pib a doublé, mais le nombre des chômeurs a quadruplé, et nos dépenses publiques dépassent de 7 points la moyenne européenne » Cent milliards d’€ partiraient ainsi en fumée chaque année.

Il s’efforce d’écarter les fausses excuses (telles la mondialisation et l’Europe qui nous aident beaucoup plus qu’elles ne nous gênent), et les insuffisantes solutions (la clé d’une meilleure éducation nationale n’est pas dans l’accroissement indéfini de moyens déjà considérables). « Il n’y a pas de droits sans devoirs » l’assistance sans contrepartie est toujours contreproductive : il donne les exemples inquiétants de la Réunion (700.000 habitants) et de la Corse (250.000 habitants) qui sont en fait sous perfusion avec des taux de transferts publics impressionnants : 4.000 € par tête et par an (45% du Pib) pour la première, et 8.000 € pour l’Île de Beauté. Il évoque l’Île Maurice : un peuple au travail pour 150 à 200 € par mois avec seulement 7% de chômage

Avec Alfred Sauvy, il pense que la démographie est une clé pour comprendre l’effondrement (ou l’épanouissement) des nations : la débâcle française de 1940 et la japanosclérose des années 1990 ont aussi des causes démographiques, il s’inquiète notamment de l’avenir des pays d’Europe, où les moins de 15 ans sont moins nombreux que les plus de 65 ans. Mais la démographie est aussi capable de nourrir la croissance, et ses impacts ne pourront être ignorés très longtemps

Il analyse le développement durable : la terre n’a jamais été figée, ses soubresauts climatiques et volcaniques ont en général des origines plus naturelles qu’humaines, mais il s’empresse d’affirmer que la barbarie de la nature n’autorise pas pour autant les hommes à jouer aux apprentis sorciers. Il distingue les « écolo-réalos » pour qui il ne peut y avoir de création sans destruction, et avec qui on peut travailler, des « écolo-rétros » qualifiés de Khmers Verts, prêts à imposer une dictature au nom de la protection de la nature et du retour à un passé idéalisé, pour eux, l’homme est une espèce nuisible (!), et la croissance est néfaste (!). Il évoque l’appel d’Heidelberg qui affirme que l’humanité a toujours progressé en mettant la Nature à son service et non l’inverse. Mais, dit-il, cet appel est incomplet, car il faut aussi mettre l’homme au service de l’homme et de son avenir, le développement ne serait pas durable s’il n’y avait plus d’hommes …

Il s’écrie « les enfants, ce n’est pas moins important que l’environnement »,et propose une intéressante typologie de la famille en France. Son analyse porte sur mariages, divorces, et pacs : il y a aujourd’hui 16 millions d’enfants et aussi 16 millions de familles : davantage de familles que par le passé, mais beaucoup moins de familles nombreuses. Il s’intéresse aux couples biactifs sans enfants appelés dinks aux Usa (double income, no kids), l’écart de niveau de vie avec un dinks est de
- 41% pour une famille monoparentale de 2 enfants,
- 39% pour une famille nombreuse de 4 enfants.

Conclusion

Il y a un désir d’enfant non satisfait, mais les enfants coûtent cher !
Il termine par des propositions concrètes notamment sur la réforme des retraites et sur la relance d’une politique familiale à l’évidence indissolublement liées

Jacques Bourdillon

Le choc de 2006, démographie, croissance, emploi, pour une société de projets
par Michel Godet, Odile Jacob 2003, 300 pages, 21,50 €