Cahiers d'ARRI : N° 2

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SOMMAIRE

EDITORIAL

EUROPE

L’Europe à un carrefour
Les transports au 21° siècle :France et Europe
Quel Etat, quelle réforme ? L'exemple de l'Italie

ENTREPRISES

Ethique de l'interdépendance

MONDIALISATION

Comment redonner un sens à l'aide publique au développement ?

BONNES FEUILLES

Le club CHEAM propose "à lire"

COURRIER DES LECTEURS

Bakou sur la mer Caspienne

EDITORIAL

S’ouvrir sur le monde est un fait désormais acquis, parfois sans précaution et sans réglementation, de sorte que les plus forts jouent le jeu de la jungle et les plus faibles subissent leur destin. Au lieu d’un ordre du monde, on se dirige plutôt vers un chaos du monde, quelles que soient les intentions vertueuses affichées à l’envi.

Mais s’ouvrir sur le monde, ce n’est pas comprendre le monde, ou plutôt les mondes qui comptent des peuples, des cultures, des religions, des communautés, souvent condamnés à vivre ensemble le temps que la nature voudra, non sans esprit de revanche prévisible ou utopique.

Quand donc on a à vivre avec ce monde et ces mondes, que l’on appartienne à des entreprises, des ONG et des administrations, il faut donc :

- les connaître réellement au-delà des médias ou des cercles restreints des élites du moment. La connaissance de la langue bien comprise dans sa véritable signification est un atout. Faute de cette connaissance, une bonne ouverture aux proverbes et aphorismes locaux permet de montrer à l’interlocuteur qu’on s’intéresse à son pays et que l’on cherche à comprendre.

- savoir aussi communiquer – complément indispensable à la connaissance, mais complément difficile à maîtriser, car il faut tenir compte de toutes les nuances des susceptibilités, des sensibilités et des complexes.

Si on est imbu de la supériorité indiscutable de nos valeurs, comme vérités absolues et qu’il convient de faire partager, on s’expose à des déconvenues et à des jugements négatifs sur les autres . L’Occident est orfèvre dans de tels comportements, au nom de la démocratie, des droits de l’homme et autres principes, pour nous fondamentaux. On oublie que les autres ont le droit d’avoir d’autres valeurs et d’autres logiques. On oublie aussi dans notre monde du temps dit “réel“ que le rythme et le sens du temps varient de peuples en peuples et que certains vivent même à des rythmes de la nature primitive. On oublie enfin que notre système a provoqué des déracinements mentaux autant que migratoires, source de pertes de repères, les anciens et les nouveaux. Sans doute quelques grands peuples ayant des héritages culturels solides peuvent se flatter de pouvoir les inscrire aux acquis technologiques les plus sophistiqués. Quelques noms viennent à l’esprit, comme la Chine ou l’Inde, mais il y en a d’autres dont l’effort sera plus risqué.

Quoiqu’il en soit et pour être concret, il y a huit oublis à éviter dans tout contact ou toute négociation avec un monde qui ne se sent pas prêt de se globaliser sur notre modèle mais plutôt, avec des expériences dramatiques, de se tribaliser.

Ces oublis essentiels qui nous guettent sans cesse pouraient se résumer en huit commandements :

- la différence des mentalités avec leurs préjugés et modalités ; la différence des règles et usages dans les relations humaines ; la nécessité de mouler le message à passer dans la mentalité de l’autre ; l’importance excessive donnée à des textes sans tenir compte de leurs auteurs ; la nécessité de ne jamais se comporter en missionnaire, en moraliste ou en policier ; la différence dans la conception du temps et de l’argent ; l’utilité de disposer des argumentaires adéquats ; l’adaptation impérative aux jeux des médias et de l’internet.

Sentir le non-dit, l’implicite, le fondamental de chacun, c’est savoir et acquérir la confiance. Pour y arriver, être et rester modeste et attentif et retenir les détails qui comptent et les évolutions auxquelles n’échappent pas les sociétés les plus stables.

Grâce à cette écoute, vous apprenez le monde et vous découvrez des logiques enrichissantes, voire révolutionnaires dans votre approche, comme de savoir que toute contradiction n’est qu’une complémentarité selon les données de la nature aux yeux des Chinois.

«Loin d’épuiser la matière On n’en doit pas prendre que la fleur»


Christian d'Aumale