TURQUIE DU 26 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE 2003

 

RETOUR DE TURQUIE

Trente-deux membres d’ARRI ont participé à notre voyage en Turquie du 26 septembre au 5 octobre dernier. Claude Gaboreau en avait organisé les rencontres et Geneviève Tinturier avait la charge de la logistique et de l’assistance du groupe. Istanbul, Ankara et pour finir la Cappadoce étaient au programme de ce voyage particulièrement réussi. A cet égard, nous devons remercier l’ambassade de Turquie en France qui nous a apporté son concours en recevant tout le groupe avant son départ et en facilitant l’organisation de certaines rencontres.

Une grande richesse de contacts

Nous avons pu dialoguer avec une dizaine de personnalités aux fonctions diverses : un ancien ministre des affaires étrangères ; le président du Tüsiad, le patronat turc ; le président de l’université de Galatasaray ; le consul général de France à Istanbul ; le rédacteur en chef de Hürriyet , l’un des principaux quotidiens turcs ; le directeur Europe du ministère des affaires étrangères à Ankara ; un parlementaire de l’opposition, membre de la commission des affaires étrangères de l’assemblée nationale ; l’ambassadeur de France en Turquie ; le chef de nos services économiques en Turquie… sans compter les contacts individuels noués à l’occasion de plusieurs réceptions données en notre honneur.

Présence de la France en Turquie

Notre première impression touche à la présence économique et culturelle de notre pays en Turquie : la France y est le premier investisseur pour les dix dernières années et la Turquie est l’un des rares pays où une université dispense en français un enseignement supérieur dont le niveau est reconnu au plan international. La sélection à l’entrée est très sévère et près de 2 000 étudiants y suivent des cursus devant les conduire à des carrières aussi bien commerciales que techniques ou juridiques. Le capital de francophilie et l’outil relationnel que constitue le réseau des anciens du lycée de Galatasaray comme de l’université du même nom ne peut que confirmer à nos gouvernants l’intérêt national de maintenir et développer sur le long terme de tels établissements.

La Turquie vers l'Europe

L’unanimité des points de vue exprimés par nos interlocuteurs sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne nous a impressionné. Nous n’avons relevé aucune voix discordante. Certes les raisons avancées par les uns et les autres pouvaient être différentes : économiques, culturelles, politiques ou géopolitiques mais elles convergeaient toutes pour nous appeler à prendre en considération au plus tôt la demande d’adhésion de la Turquie. Il nous a semblé que cet unani-

misme, confirmé par notre ambassadeur à Ankara, traduisait une aspiration ancestrale et très profonde : l’entrée dans l’Union serait l’aboutissement d’une (dé)marche historique de la Turquie vers l’Europe. Peut-être s’agit-il aussi de marquer définitivement sa différence par rapport à un monde arabe environnant avec lequel elle ne se reconnaîtrait guère d’autre point en commun qu’un fond musulman… Sans doute existe-t-il des forces centrifuges : n’oublions pas que 40 000 jeunes poursuivent leurs études aux États-Unis. Mais il semblerait que la balance des sympathies l’emporte chaque jour davantage sur celle des intérêts. L’un de nos interlocuteurs n’est-il pas allé jusqu’à nous confier qu’il se demandait si l’appui américain dont bénéficiait son pays pour sa candidature à l’Union européenne n’était pas contreproductif ?

Modernisation : évolution et freins

Une autre impression forte touche à l’existence du saut culturel qui nous sépare de la Turquie. Nous n’avons pas pénétré dans les profondeurs du pays mais ce que nous avons vu et ressenti nous fait mieux apprécier l’écart qu’il faut réduire. Certes la modernisation de l’appareil législatif est conduite « à marche forcée ». Le vocabulaire lui-même est parlant : on parle de « paquets de lois » avec un numéro d’ordre pour donner la mesure du travail parlementaire. Le nouveau gouvernement réunit des personnalités venant de secteurs de la société peu représentés dans le kémalisme traditionnel (notamment du milieu des petites et moyennes entreprises), ce qui peut expliquer la référence à l’islam à laquelle elles recourent même – et surtout ? – quand elles sont agnostiques ! L’un de nos interlocuteurs a mis l’accent sur le poids de la bureaucratie turque dont l’inertie pourrait constituer un frein redoutable au processus engagé. Combien de temps faudra-t-il à la Police et à la Justice, par exemple, pour mettre en application un code rénové qui s’oppose à des pratiques parfois moyenâgeuses dont on n’a pas la preuve mais qui, si ce que rapportent certains s’avérait exact, révulseraient nos consciences ?

Vers un dialogue des civilisations

En conclusion, nous pensons que la Turquie, dont la laïcité est ancrée au plus profond de ses élites et d’une grande partie de sa population, apporterait à l’Union européenne une capacité irremplaçable à jouer un rôle de premier plan dans le dialogue souhaitable des civilisations. C’est pourquoi l’Europe n’a certainement pas intérêt à briser, par un refus en décembre 2004 d’ouvrir les négociations, la dynamique de modernisation engagée par la Turquie. Au-delà, comme en sont conscients nombre de dirigeants turcs, une condition du succès sera certainement de « donner du temps au temps ».

Jean Michel Fauve


Bref compte-rendu du voyage

Aller en Turquie s’inscrivait tout naturellement dans la démarche engagée par ARRI pour mieux connaître l’Union Européenne et les pays candidats. En outre, la situation de la Turquie aux confins du Moyen-Orient, les conséquences de la guerre en Irak, la forte présence de l’Islam dans cet Etat par ailleurs laïc, tout cela en fait un pays clé dans notre recherche d’une meilleure intelligence du monde. Sans compter – cela va de soi – l’extraordinaire richesse culturelle et artistique léguée par une histoire plurimillénaire. Un voyage passionnant en perspective qui a tenu ses promesses

Le programme

Nous sommes restés à Istanbul jusqu’au 1er octobre matin, pour profiter pleinement des richesse de cette ville exceptionnelle, prendre le temps de flâner aux confins de l’Europe et de l’Asie, rencontrer des responsables économiques, culturels et médiatiques.

Les noms de nos principales visites sont porteurs de rêve : Sainte-Sophie, la Mosquée Bleue, Topkapi, la Mosquée Suleymaniye, le Bazar, la Citerne Basilique, Eyup et les souvenirs de Pierre Loti, Dolmabahce, le Bosphore sur lequel nous avons fait une croisière.

La réception au Consulat général de France fut l’occasion de rencontres intéressantes.

Le 1er octobre, nous nous sommes envolés vers Ankara où nous avons eu des contacts avec l’Ambassadeur de France et les milieux politiques, administratifs et universitaires turcs. Nous avons aussi visité le Musée hittite et du Mausolée d’Atatürk.
Notre périple se termina par la Cappadoce : après avoir quitté Ankara le 3 octobre matin par la route, avec quelques arrêts nous permettant un aperçu de l’Anatolie profonde, la fin de la journée et le samedi 4 fut consacrée à la visite de cette extraordinaire région, mélange unique de paysages fantastiques et de richesses architecturales et artistiques – églises, cités troglodytes.
En deux coups d’aile (Kayseri-Istanbul et Istanbul-Paris), nous avons effectué notre retour en France.