Week-end à Madrid du 25 au 28 avril 2.003


Printemps à Madrid

Nous étions trente-neuf à Madrid du 25 au 28 avril. Après Berlin en 2002, ce voyage confirme l’intérêt de prévoir chaque année la visite d’une grande capitale européenne. François Treilhou en a été l’inspirateur autant que l’organisateur. Il a été secondé par Geneviève Teinturier, membre d’ARRI, dont le professionnalisme a été apprécié par tous. Les prochains Cahiers d’ARRI vous rendront compte des entretiens auxquels nous avons participé.

Tous ceux qui ont connu Madrid dans les années quatre-vingt ou même au début des années quatre-vingt-dix, auront été stupéfaits : la ville est propre, impeccable ; elle pourrait être japonaise. Tôt le matin, s’affairent dans les rues les engins de nettoyage ; autour de la Puerta del Sol, on devine seulement des traces de tags : No a la guerra ! C’est ce qu’il reste des manifestants venus par centaines de milliers au début du mois d’avril clamer leur hostilité à la guerre d’Irak. Les slogans ont été grattés pour respecter la consigne qu’affichent tous les véhicules municipaux : « Madrid : limpio es capital ». Et, oh surprise, nous avons vu un Madrilène sur le Paseo del Prado ramasser les déjections de son chien avec le sac en plastique que les Parisiens feignent d’ignorer.

Nous avons pris le métro à plusieurs reprises : flambant neuf ! Les fauteuils ne sont pas lacérés et aucune inscription n’injurie le voyageur… Les stations sont rutilantes avec des écrans de télévision géants suspendus pour susciter la patience des passagers ; ils sont informés des minutes à attendre par des indicateurs électroniques que nous n’avions vu que dans des aérogares. Dans la rame, les voyageurs sont tous Espagnols, du moins apparemment. Mais à les regarder de plus près on découvre la réalité de l’immigration latino-américaine. Elle ne poserait pas de problème d’intégration et compenserait, nous a-t-on dit, le déficit démographique qui se creuse d’année en année. Là serait le point faible : un enfant en moyenne par femme aujourd’hui dans cette jeune démocratie…

A ce propos de grands panneaux publicitaires sont installés sur les façades d’immeubles en travaux : certains vantent les mérites des candidats aux prochaines élections municipales qui ont lieu dans un mois. Personne n’a cru devoir orner de moustaches hitlériennes les portraits des figures de droite ni assortir d’injures celles de gauche. Les graffitis sont même absents des supports qui sont les plus prisés ailleurs : longueurs de murs, poteaux, boîtiers en tous genres, panneaux de signalisation... Aucune affichette n’a attiré notre attention. Ce civisme en est presque inquiétant !

Mais tout cela est à Madrid direz-vous. Hors les murs dans quel état est le réseau routier ? Et bien
nous sommes allés à l’Escorial, à Tolède, à Ségovie et rentrés à Madrid par la Granja, trois ou
quatre cents kilomètres au total, d’autoroutes, de routes nationales mais aussi secondaires : elles sont toutes aussi bien dessinées et entretenues les unes que les autres.

L’Espagne a changé. C’est peu de le dire. Les chefs d’entreprise, les économistes et les experts que nous avons rencontrés nous ont bien sûr asséné chiffres et statistiques pour nous le démontrer ; c’est le visage de Madrid et ses paysages alentour qui nous en ont convaincus. Nous ne nous étonnerons plus que le gouvernement de ce pays rue dans les brancards, revendique une autre place que celle de la Pologne dans les institutions européennes, manifeste son irritation de n’être pas invité au G8 et ne voit dans l’indifférence de son voisin du nord qu’un outrage de plus à une fierté… dont nous pensons maintenant qu’elle est sans doute

Jean-Michel Fauve