Regards sans frontières

Edité par aRRi. Président : JM Fauve-Directeur de publication: JP Baret-Rédactrice en chef : Monique Guyard
Octobre 2003 N° 50

OCTOBRE 2003

LA RECHERCHE PUBLIQUE, UN INVESTISSEMENT SUR L’AVENIR
La parole à… Axel KAHN, Directeur de l’Institut Cochin

L’Amérique est le seul pays à s’être toujours conformé au modèle de dé-veloppement théorisé au tout début du XVIIe siècle par Francis Bacon et René Descartes : « le Savoir est Pouvoir »… C’est le moyen d’accroître l’efficacité de toutes les entreprises humaines et d’accumuler des richesses à réinvestir dans la recherche scientifique et technique ainsi que dans la puis-sance militaire. Aujourd’hui, les Américains sont d’autant plus attachés à ce modèle qu'ils savent que leur puissance est liée au fait que la science et la technique sont les moteurs du développement de leur société. L’Europe est la première à avoir adhéré à ce système mais les conséquences des guerres cruelles qui l’ont dévastée l’ont amenée, progressivement et successivement, à y renoncer. Le Japon, au XIXe siècle, les « dragons », puis la Chine, se sont ralliés à ce paradigme technoscientifique.

La contestation qui croît à l’heure actuelle, notamment en France, d’un monde unipolaire et mono-référentiel me semble légitime. A travers ses choix budgétaires notre pays a précisé ce qu’étaient ses priorités mais, en 2002, le budget de la recherche civile n’en faisait pas partie : autant d'atouts, à moyen et long terme, qui s’en trouvent amoindris.

En effet, l’innovation comporte au moins trois stades. Le premier, c’est-à-dire le développement et l’amélioration de produits et procédés déjà disponi-bles, relève avant tout du secteur industriel. La recherche finalisée d’amont constitue le second stade ; elle est du ressort aussi bien de l’industrie et des petites sociétés émergentes que du secteur public. Mais le financement des programmes dont les perspectives de retour sur investissements sont lointai-nes, s'est profondément modifié et le capital-risque aussi bien que l’actionnariat privé s’en détournent. Le troisième stade est celui de la recher-che nécessairement non finalisée, à l’origine des technologies de demain et, le cas échéant, des développements économiques d’après-demain. Cette recherche, de plus en plus délaissée par le secteur industriel, devient l’apanage de la recherche académique et publique, associée éventuellement aux grandes fondations sans but lucratif. Les responsabilités de la puissance publique dans l’accumulation des connaissances fondamentales à l’origine des innovations rentables dans dix ou vingt ans, sont considérables.

Les États-Unis l’ont bien compris. Avec de puissantes fondations et un budget public de recherche qui progresse de 3 à 5% par an, ils conservent la prééminence dans tous les domaines fondamentaux à l’origine des technolo-gies de rupture du futur. C’est en ce sens que lorsque l’État se désengage de sa responsabilité dans la recherche non finalisée d’amont, c’est l’avenir du pays qui s’en trouve compromis. Confrontés à la même crise économique que nous, des pays voisins, comme l’Irlande ou la Finlande, poursuivent leur effort d'investissement dans la recherche. Toute option inverse invalide les discours publics appelant de leurs vœux un rééquilibrage entre les droits et les devoirs des différentes nations dans la préparation de l’avenir du monde.


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