PRIX 2003 DU RAYONNEMENT FRANÇAIS
à
Françoise Barré-Sinoussi

Le prix 2003 de Rayonnement Français a été remis le 9 décembre à Françoise Barré-Sinoussi, chercheur à l’Institut Pasteur par le président Jean Michel Fauve. La cérémonie s’est déroulée dans la salle des Actes de l’Institut Pasteur en présence d’Axel Kahn, président du jury du prix des sciences biologiques et médicales et d’Hubert Curien, membre de l’Institut, président des jurys scientifiques d’ARRI. A cette occasion, le président Jean Michel Fauve a rendu hommage au lauréat.

ARRI est très fière de vous honorer aujourd’hui dans cette salle des Actes de l’Institut Pasteur. Vous avez bien voulu que cette cérémonie se fasse chez vous comme pour manifester d’emblée votre désir que soient associés au prix que nous allons vous remettre, tous vos collaborateurs et amis. Depuis notre fusion en 1999 avec le Comité du Rayonnement Français, nous maintenons la tradition qu’il avait institué de remettre tous les ans un prix à une personnalité appartenant alternativement au monde des sciences mathématiques et physiques et au monde des sciences biologiques et médicales.

Nous distinguons aujourd’hui un chercheur reconnu par la communauté internationale comme ayant largement contribué, dans les années 80, à la découverte du virus du Sida et dont les travaux n’ont pas cessé depuis d’accroître les connaissances sur sa pathogénèse et sur son contrôle.
Ce fut là un grand tournant de votre vie scientifique et privée. Vous parlez vous-même d’ailleurs de vie pré-SIDA et post-SIDA …

Premier auteur de la publication princeps décrivant l’identification de l’agent responsable du SIDA, le VIH 1, aux côtés de Luc Montagnier et de Jean Claude Chermann, à l’Institut Pasteur de Paris (site de l'Institut Pasteur ), en association étroite avec des cliniciens et biologistes de l’Assistance Publique, vous découvrez alors bien des milieux que vous n’aviez pas l’habitude de côtoyer à l’échelle nationale, puis internationale.

C’est tout d’abord celui des cliniciens en France, puis à l’étranger, avec leurs questions et leurs priorités face à la maladie. C’est celui des malades eux-mêmes, que vous rencontrez dans des hôpitaux en France et aux Etats-Unis ou encore, à l’Institut Pasteur, où ils viennent chercher des explications et un peu de réconfort, suite à l’annonce de la découverte du virus et de premiers essais thérapeutiques en France. C’est celui de communautés d’horizons variés, homosexuels, hémophiles, Haïtiens, Africains, artistes, tous vivant avec le VIH/SIDA avec leur souffrance physique et morale, leur vécu de la maladie et du rejet de la société.

C’et à leur contact que la recherche orientée vers la santé publique que l’école pasteurienne vous avait enseignée, prend alors tout son sens à vos yeux. Depuis ce début des années 80, vous n’imaginez pas un instant mener des recherches sans interface avec la santé publique, la clinique, les associations de malades, voire les sciences sociales et humaines.

Mais en faisant votre connaissance, nous avons perçu en vous une forte conviction que je voudrais souligner : celle de la nécessité de la coopération internationale sans exclusive ; dans le respect de tous, à commencer par ceux qui sont au plus près des réalités, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud Est, pour faire avancer des travaux dont l’enjeu est la survie de millions d’être humains. Ainsi, au milieu d’un débordement de publications, de responsabilités et de charges de toutes sortes pour animer, coordonner, présider les comités nationaux et internationaux qui sont engagés dans la lutte contre le Sida, vous prenez le temps d’assurer l’accueil régulier, chaque année, de 3 à 4 stagiaires de pays en voie de développement, de République centre-africaine, du Cameroun, du Cambodge ou du Vietnam pour aider à leur formation et au transfert de technologie en direction de leurs pays. Vous attachez d’ailleurs une importance particulière à la coordination des recherches sur le virus du Sida à partir du réseau des Instituts Pasteur et Instituts associés.

Vous voulez partager votre savoir avec tous ceux qui peuvent contribuer à endiguer le fléau : professeurs, chercheurs, étudiants et aussi praticiens de terrain. Au-delà du savoir, vous voulez aussi partager l’espoir : dans le même temps vous prononcez une cinquantaine de conférences en direction du grand public. Mais vous vous méfiez des médias et des effets pervers d’informations trop rapidement données et donc superficielles. Ainsi, ne faites-vous pas la une !

Vous savez que nous avons l’ambition de promouvoir l’idée d’avoir « une meilleure intelligence du monde », de fonder les relations sur la base des réalités internationales … Vous êtes pour nous un modèle car il n’y a aucun doute : pour vous ce sont bien les réalités du monde qui déterminent le sens de votre action.

Madame Barré-Sinoussi, nous vous remercions de votre action et sommes fiers de vous remettre ce prix 2003 du Rayonnement Français ; il a surtout valeur de témoignage et notre souhait est bien qu’il renforce la détermination de tous les responsables de notre pays de vous permettre de poursuivre efficacement votre combat pour la vie.