OBSERVATOIRE DES MEDIAS ETRANGERS
Octobre 2003

UN GROUPE DE 10 MEMBRES D’ARRI SE PARTAGE LA LECTURE DE GRANDS JOURNAUX ET PERIODIQUES ETRANGERS (NEWSWEEK, THE ECONOMIST, LES IZVSTIA, DIE WELT, CORRIERE DELLA SERRA, EL PAIS, AFRICA INTERNATIONAL …ET D’AUTRES SUIVANT L’ACTUALITE) POUR DEGAGER UN PANORAMA MENSUEL DES ARTICLES DONNANT UNE IMPRESSION DE L’OPINION ETRANGERE SUR LES REALITES INTERNATIONALES. IL NE S’AGIT QUE DE TRADUCTIONS, SANS PRISE DE POSITION NI INTERPRETATION DE ARRI.

CET "’OBSERVATOIRE DE MEDIAS ETRANGERS" ET CEUX DES MOIS PRECEDENTS, SONT CONSULTABLES SUR CE SITE (rubrique "INTERNATIONAL" ).

DANS L’ACTUALITE DE CE MOIS D'OCTOBRE 2003

L’ALLEMAGNE ET LA FRANCE CORRIGENT LEURS ECHECS (THE ECONOMIST)
LA FRANCE, L’EUROPE, L’AMERIQUE … (NEWSWEEK INTERNATIONAL, SUDDEUTSCHE ZEITUNG)
LE PROJET EUROPEEN DE DEFENSE FACHE L’AMERIQUE (INT. HERALD TRIBUNE, THE ECONOMIST)
LA RUSSIE : DEMOCRATIE SINISTREE ET ECONOMIE EN PLEIN BOOM (THE ECONOMIST)
REVOLTE POPULAIRE EN BOLIVIE (CLARIN, MILENIO, EL PAIS)
ELECTIONS U.S : LE GENERAL PART EN MANŒUVRE (NEWSWEEK INTERNATIONAL )
LA DIFFICILE APRES-GUERRE DE L’IRAK (EL PAIS, NEWSWEEK INTERNATIONAL)

LES BREVES (CLARIN, INT. HERALD TRIBUNE, LES IZVESTIA, NEWSWEEK INTER., DER SPIEGEL, DIE ZEIT)


L’ALLEMAGNE ET LA FRANCE CORRIGENT LEURS ECHECS


THE ECONOMIST (18 octobre)

THE ECONOMIST consacre sa couverture, un de ses éditoriaux et un article de trois pages au redressement parallèle des économies de l’Allemagne et de la France. Plus étonnant encore, ces articles sont – presque - optimistes !

Concours de beauté franco-allemand : Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont encore beaucoup de réformes à faire. (résumé de l’Editorial)
Au cœur de la performance très décevante des douze pays de la zone Euro se trouvent celles de la France et de l’Allemagne qui en constituent ensemble la moitié du PNB. Si leur redressement ne s’effectuait pas, la zone Euro serait condamnée a poursuivre sa sclérose … …

Le Bundestag doit approuver des réformes fiscales et sociales contenues dans "l’agenda 2010". En France, le gouvernement du Président Chirac poursuit ses propres réformes de "l’agenda 2006" ; Les deux pays font face aux oppositions de rivaux politiques, des fonctionnaires, des syndicats et d’autres encore. Pour l’avenir de l’Europe il importe que soient surmontées ces oppositions et que les réformes soient poursuivies.On donne diverses explications de la sclérose des économies des deux principaux pays européens. La Banque Centrale européenne manquerait de souplesse,… … le pacte de stabilité et de croissance serait un frein au développement,… … la réunification allemande a été catastrophique, … …

En contraste, depuis 10 ans, l’économie britannique, jadis l’homme malade de l’Europe, a accru son PNB de 2,9% par an, contre 1,3% en Allemagne ; les raisons mentionnées plus haut ne peuvent expliquer qu’une faible partie de cet écart de croissance. La plus grande partie ne peut résulter que de causes micro-économiques. Spécifiquement, les rigidités des marchés de produits et des salaires en France et en Allemagne, aggravées par de lourds impôts et des contributions à la Sécurité Sociale, ont découragé investissements et embauches, abaissant ainsi la croissance et augmentant le chômage. Les réformes proposées en Allemagne et en France constituent le premier effort commun des deux pays pour corriger leurs échecs … … L’Allemagne paraît actuellement devancer la France mais il y a des raisons de prévoir que, finalement, cette dernière passera en tête. … …

Les adversaires des réformes ont un argument simple et séduisant : La France et l’Allemagne devraient accepter une croissance faible (et un chômage plus élevé) en échange des bienfaits du "modèle social européen".Ce choix est fallacieux et il suffit de regarder quelques uns des voisins, Pays Bas, Finlande, Danemark et Suède … deux dedans et deux en dehors de la zone Euro ; Ils ont réformé leurs marchés de main d’œuvre, accru leur compétitivité et amélioré leurs aides sociales. Avec suffisamment de volonté politique, la France et l’Allemagne peuvent certainement suivre leur exemple.

La bonne nouvelle est que dans les deux pays l’opinion publique favorise maintenant les réformes. Les deux Chefs d’Etat devraient profiter de ce changement de mentalité pour agir pendant qu’il est encore temps.

DIE WELT (21 octobre 2003)

De nombreux articles sur la réforme des régimes de retraite, qui semble soulever autant de remous qu’en France, sont publiés dans la presse allemande.

Retraites : Stoiber menace de dire non au Bundesrat
« Les hommes politiques de la coalition gouvernementale ont défendu les décisions concernant les retraites comme sans alternative. En revanche la CDU-CSU et les syndicats ont élevé des protestations. Le Président de la CSU, Edmund Stoiber, a annoncé qu’il refuserait les projets, concernant les retraites, au Bundestag.
La coalition a dû faire le choix entre une hausse des taux de contribution et la limitation des retraites, a déclaré la Ministre des Affaires Sociales, Ulla Schmidt (SPD) hier à Berlin.
Le Président Stoiber a annoncé que l’union "refuserait ce bricolage et n’en prendrait aucune responsabilité". Les mesures d’urgence du gouvernement pour l’assurance invalidité-vieillesse seraient rejetées au Bundesrat. "La population n’aura aucune confiance dans les mesures précipitées et manquant de souffle de la coalition rouge-vert". Stoiber exige une réforme structurelle vaste avec formule de pensions équitable entre générations et un dispositif de prévoyance individuelle attractif. La CDU-CSU serait prête à des discussions avec le gouvernement, mais les mesures d’urgence concernées n’auront pas notre consentement, a encore déclaré Stoiber. »


LA FRANCE, L’EUROPE, L’AMERIQUE…


NEWSWEEK INTERNATIONAL (6 octobre 2003)

Deux visions. La France et l’Amérique sont en conflit en partie parce qu’elles sont tellement similaires (Tony Judt, directeur de l’Institut REMARQUE à New York Univers)

« "L’Amérique est devenue folle", quand Jean-Paul Sartre est arrivé à cette conclusion en 1952, au moment où McCarty était à son sommet, ses vues étaient largement partagées et pas seulement à Paris. Bien avant lui J. de Maistre, Baudelaire puis le journal "LE MONDE" avaient partagé cette réthorique anti-américaine. La réciproque n’était pas vraie jusqu’à ce jour.
Mais aujourd’hui chacun et même le New York Time sous la plus sobre plume de Thomas Friedman a déclaré que la France était "notre ennemie". Que s’est-il passé ? Historiquement les deux pays n’ont jamais été en guerre alors que l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, la Russie, le Mexique et beaucoup d’autres l’ont été. Ce n’est pas de l’antipathie entre les deux pays, c’est plutôt de la rivalité. Les deux républiques sont nées à la fin du XVIIIème siècle et sont les deux seules qui partagent une ambition universaliste. Quand Washington parle d’apporter le bonheur et la démocratie cela signifie quelque chose pour l’américain moyen mais la France ne se soucie pas d’apporter le bonheur, elle apporte la civilisation. Cette mission a été défendue par les colonialistes. De nos jours "l’exception culturelle" est présentée à Bruxelles comme un patrimoine national mis au service de toute l’humanité. De Napoléon à Vichy le déclin de la France était accompagné du sentiment que le modernisme n’était pas français.

E. de Goncourt déplorait en effet que le Paris du Baron Haussmann soit une "Babylone américaine" ; Quand Charles de Gaulle a pris ses distances avec l’Amérique à propos de l’OTAN, dans les années 60, il a suscité une sympathie générale. Et pourtant une enquête d’opinion en 1951 a trouvé que cette mentalité anti-américaine était largement confinée aux cercles intellectuels parisiens. Les autres aimaient plutôt l’Amérique. En Amérique c’était le contraire. L’élite de la côte Est parlait encore français et avait un faible pour le mode de vie du pays. Peu de choses ont changé en France mais en Amérique l’élite déteste maintenant la France. C’est parce que ce pays a choisi de faire échec à la nouvelle politique étrangère de l’Amérique, symbolisée par la guerre préventive en Irak.

Son rôle dans cette affaire résulte presque d’un accident. C’est parce que en 1945 les alliés victorieux (l’Amérique, l’Angleterre et l’URSS) ont décidé, avec chacun ses raisons, d’offrir à la France une place permanente au Conseil de Sécurité de l’ONU, que Chirac peut mener sa politique. Elle est approuvée par une majorité en Europe mais aussi en Asie et en Amérique latine. C’est une "alternative" à l’hégémonie américaine. L’Amérique est une puissance mondiale mais elle a besoin du sentiment international et la France est encore une alliée importante. L’Amérique se fait du tort en la discréditant.»

SÜDDEUTSCHE ZEITUNG (17 octobre 2003)

Paradoxe américain (Christian Wernicke)
« Un proverbe américain dit "On ne peut en même temps garder un gâteau et le manger". Face à l’Europe, le gouvernement de Washington ne semble pas comprendre cette sagesse.
Il veut une Europe forte et la maintenir faible en même temps. Dans la crise irakienne il s’est livré avec délectation à un jeu que les Allemands appellent "Rosinenpicken" : les bons alliés étaient embrassés dans une "coalition des dociles", les esprits critiques à Berlin ou à Paris punis de "privation d’affection".
Le gouvernement américain se comporte à nouveau de façon semblable. Le patron du Pentagone, Donald Rumsfeld, demande aux partenaires de l’autre rive de l’atlantique de prendre plus de responsabilités pour la sécurité du monde. Mais dès que quelques Européens en viennent à l’idée de se mettre d’accord dans le cadre de l’Union Européenne ou bien de bricoler leur quartier général propre, les protestations pleuvent.

La méfiance du grand frère.
En coulisse, par exemple, le Premier Ministre Tony Blair est pressé de ne pas s’engager avec des enfants prodigues comme Jacques Chirac ou Gerhard Schröder dans une politique européenne de sécurité incluant une force d’intervention qui pourrait, en cas de crise et au besoin sans l’OTAN, sauver des otages ou éviter une guerre civile.
La méfiance du grand frère à l’égard de ses alliés en dit long, surtout sur Washington lui-même. En tant qu’auxiliaires pour la pacification et la reconstruction de l’Irak, les Européens peuvent encore être les bienvenus. Mais ce gouvernement américain n’arrive pas à respecter le Vieux Monde en tant que partenaire indépendant. Ainsi l’Europe doit essayer de se faire respecter par la lutte. Au mieux avec, et s’il en est besoin, sans Tony Blair.»


LE PROJET EUROPEEN DE DEFENSE FACHE L’AMERIQUE


INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE

L’I H T esr revenu plusieurs fois dans ce mois sur l’initiative de défense européenne et le trouble des américains inquiets de l’intérêt porté par Tony Blair à ce ce projet .

Le 15 octobre - Une subtile évolution de l’Angleterre (résumé -John Vinocur)
John Vinocur considère que les liens avec l’OTAN pourraient être sérieusement rééquilibrés par un engagement britannique dans des programmes de défense européens "Une fissure s’est peut être déjà ouverte. Elle laisserait, après l’expérience irakienne, l’Angleterre hésitante entre son engagement
exclusif à l’O T A N et une participation à l’initiative de Défense Européenne lancée et soutenue par la France et l’Allemagne", sans vouloir dramatiser, ni surtout ouvrir un débat public sur ce sujet, des dirigeants américains s’inquiètent de constater que, dans le courant du mois dernier, Blair est déjà passé du "non" au "oui" en ce qui concerne sa participation au Groupe d’Intervention Européen.

Citant les propos de divers experts indépendants, John Vinocur estime qu’il y a désormais, à Londres,
le début d’une remise en cause de la relation atlantique traditionnelle ; Blair tiendrait d’autant plus à s’engager en Europe pour y jouer le rôle majeur en matière de Défense et de Sécurité que l’entrée dans l’Euro reste imprévisible. … …

23 octobre – Editorial (extrait/résumé – William Pfaff)
… … Après avoir rappelé l’importance de l’OTAN pendant la guerre froide, W. Pfaff émet le vœu que les dirigeants américains essaient de comprendre que cette "alliance" (l’OTAN) est désormais essentiellement un instrument de l’influence américaine en Europe "Il assure aux Etats Unis un cadre juridique pour l’usage d’un réseau de bases militaires utiles en cas d’actions unilatérales américaines sur d’autres théâtres d’opération"… …"Mais les bases en question existent par le consentement des Européens et non par le droit divin. Au Congrès et dans l’Administration Bush, on en parle comme s’il s’agissait d’une faveur américaine à l’égard de l’Europe. En fait c’est désormais l’inverse."


THE ECONOMIST (25 octobre)

Frictions transatlantiques sur le sujet de la défense européenne (résumé)
La querelle est réputée avoir commencé lorsque la France, l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique ont annoncé que l’U.E se proposait d’organiser son propre centre de commandement à Tervuren, en précisant bien qu’il n’était pas question de remettre en cause l’Alliance atlantique mais que l’U.E devait pouvoir agir seule dans le cas où l’Alliance se tiendrait à l’écart.

Malgré les assurances données et des négociations complexes destinées à calmer leurs craintes, les Américains ne sont pas convaincus. D’autant moins qu’ils ont bien enregistré la vision néo-gaullienne de la "nécessité d’un monde multipolaire". Cette inquiétude est encore renforcée par le rapprochement récent de Tony Blair et par les concessions qu’il aurait consenties à Chirac et Schröder. Bien sur, l’Angleterre reste très attachée à la sauvegarde de l’Alliance mais son attitude paraît naturellement ambiguë. Blâmant l’U.E pour un zèle intempestif et des ambitions jugées peu réalistes, l’article se termine en regrettant que l’Administration Bush s’emploie elle même, depuis quelques temps, à créer des divisions à l’intérieur de l’OTAN, en séparant les "ALLIES" … des "IRRITANTS"…. …

LA RUSSIE : DEMOCRATIE SINISTREE ET ECONOMIE EN PLEIN BOOM


THE ECONOMIST (13 octobre)

L’Occident devrait cesser de prétendre que la Russie est une démocratie et un pays de liberté (résumé)
Sur le plan politique, Bush, en recevant Poutine à Camp David, il y a une quinzaine de jours, n’a pas hésité à déclarer que "la Russie était maintenant un pays où se développent la démocratie, la liberté et le règne de la loi".

Les conditions dans lesquelles se sont déroulées les récentes élections en Tchétchénie et à Saint Petersbourg, … …sont du "niveau d’une dictature africaine".
En ce qui concerne la liberté, l’Etat a pris progressivement le contrôle des principales chaînes de télévision dont les programmes … … "tristement rappellent l’époque soviétique"… "Les services de sécurité ne cessent de se développer et des gens formés par eux s’installent désormais à tous les niveaux de l’administration"… … "Des restrictions plus sévères s’appliquent au droit de voyager ou de s’installer dans certaines régions et des organisations humanitaires, locales ou étrangères, ont été fermées ou jetées dehors"… … "La Loi : ceux qui dirigent SONT la loi"

Sur le plan économique, "Il y a une toute autre image, celle donnée par la ruée d’investissements à un rythme inconnu depuis l’effondrement économique d’il y a cinq ans". Cette Russie là est en plein boom. Les plus grandes sociétés russes se rapprochent des standards mondiaux en méthodes de management. La bureaucratie et autres obstacles qui décourageaient les plus petites entreprises sont en voie de réduction et de meilleures garanties sont assurées aux investissements. La société pétrolière Yukos vient de formaliser sa fusion avec Sibneft et des géants, dont Exxon Mobil, semblent vouloir prendre une participation dans cette nouvelle société.

"Ces deux images ne sont pas contradictoires et M. Poutine peut être largement crédité des deux"… …

"Il sait que pour être forte la Russie a besoin à la fois d’une solide croissance économique et de bonnes relations avec l’Occident, plus particulièrement avec les Etats Unis"… …"Il croit aussi, de toute évidence, que la Russie doit être fermement tenue en laisse".
Les admirateurs de Poutine disent que c’est là la seule façon de diriger un pays aussi vaste, aussi pauvre, aussi instable. "Pour l’instant, c’est peut-être tout ce que l’on peut espérer en effet … … mais cessons de prétendre qu’il s’agit d’un pays démocratique".


REVOLTE POPULAIRE EN BOLIVIE

CLARIN JOURNAL ARGENTIN

15 octobre - La Bolivie vit une révolution (extrait)
« Des milliers de manifestants marchent vers la capitale LA PAZ. Le mouvement, parti d’une contestation de la politique gazière, est devenu une insurrection, qui s’étend dans tout le pays, réunissant les Indiens, les cultivateurs de coca, les mineurs, les ouvriers. Même si le mouvement n’est pas unifié, il a une revendication commune, la démission du Président néo-libéral Sanchez Lozada et la nomination d’un gouvernement provisoire pour préparer l’élection d’une assemblée constituante qui mettra en place une nouvelle république. … … La répression de l ‘armée est très violente, mais la détermination du peuple ne faiblit pas, enterrant ses morts puis reprenant la rue. »

18 octobre : Démission de Sanchez Lozada (extrait)
« Le vendredi 17 octobre le Président Sanchez Lozada a convoqué en urgence le Congrès pour annoncer sa démission, désirant arrêter la crise que connaît la Bolivie ; Abandonné par ses ministres, mais surtout par l’armée … …, Sanchez Lozada a pris l’avion pour les Etats Unis dont il est citoyen. Le vice président, Carlos Mesa, un journaliste et historien de 50 ans, est chargé de constituer le nouveau gouvernement. »

MILENIO JOURNAL MEXICAIN (extrait - 19 octobre)

« Les manifestants ont cessé leur mouvement et demandent au nouveau Président de satisfaire leurs revendications. Carlos Mesa entend former un gouvernement sans les partis politiques. … … Les Etats Unis et l’ONU ont déclaré soutenir le nouveau Président, ainsi que la plupart des pays d’Amérique latine qui se félicitent que la voie constitutionnelle ait permis de résoudre la crise. »

EL PAIS (19 octobre 2003)

La Bolivie brisée (extraits)
« Le sort de Carlos Mesa comme nouveau Président de la Bolivie n’est pas enviable. Il doit conduire la nation la plus pauvre d’Amérique continentale au travers de sa plus grave crise des 20 dernières
années. … …
Le modéré Mesa a annoncé une série de mesures pacificatrices … toutes agréables aux divers fronts de la protestation, dont le leader le plus visible est l’indigène producteur de coca Evo Morales.
Sanchez de Lozada avait progressivement perdu le contact avec la réalité bolivienne, qu’il qualifiait les derniers jours de "complot narcosyndicaliste". Le mécontentement fut attisé, par l’éradication des cultures de coca, suivant en cela les directives de Washington et le projet d’exportation du gaz, à hauteur de 5 milliards de dollars, via le Chili, vers la Californie. Double anathème pour la majorité des Boliviens qui vivent encore la perte de leur débouché maritime pendant la guerre de 1879 – 1883. Sauf que le gaz est la grande espérance de la Bolivie.
Malgré les progrès des années 80 et un taux moyen de croissance de 4% l’an pendant les années 90, les récessions chez les voisins et l’impact du programme contre la coca ont frappé une population qui survit, dans sa majorité, avec moins de 80 dollars par mois. Les ajustements budgétaires exigés par le F M I finirent de catalyser la colère populaire.

La Bolivie … … a désespérément besoin d’une opportunité de croissance dans un minimum d’harmonie sociale et le Président Mesa mérite un délai de grâce et l’aide de tous… … l’autre aide fondamentale devra venir de Washington, historiquement déterminante en Bolivie : si Bush veut contribuer à sa stabilité, il doit assouplir ses projets drastiques contre la coca, qui ont plongé dans la misère des milliers de familles, jusqu’à ce que les Boliviens mettent en marche de claires alternatives économiques.»

ELECTIONS U.S : LE GENERAL PART EN MANŒUVRE


NEWSWEEK INTERNATIONAL (29 septembre)

Un général avec un dessein (H. Fineman)
« Après le 11 septembre, le général Clark a pensé que le gouvernement Bush allait lui demander de rejoindre l’équipe. Il avait toutes les qualifications requises. Mais, un certain Karl Rove (le maître à penser politique du Président) en aurait décidé autrement. Furieux, Clark se mit à songer sérieusement à entrer dans la course présidentielle comme candidat démocrate. Il vient de le faire en fanfare après avoir bien préparé le terrain à Washington. A ce jour son score est de 14%, ceux de Dean 12%, Lieberman 12%, Kerry 10% et Gephardt 8%. "A la Maison Blanche on déclare ne pas prendre le général au sérieux … ce pourrait être une grave erreur".»

L’homme qui marche sur l’eau (Evans Thomas)
« Le général Wesley Clark a aimé ses 34 ans dans l’armée, à l’exception de 2 jours : celui où il a été blessé par quatre balles, au Vietnam, l’autre quand il a été limogé du commandement suprême en Europe…pour avoir été trop indépendant en Yougoslavie.
Dans la foulée il a écrit un livre et est devenu commentateur sur la chaîne CNN.

Il est gamin, brillant et il rappelle que 11 généraux sont devenus présidents des Etats Unis (sur 43). Ses camarades l’ont souvent trouvé très arriviste et égocentrique ; Colin Powell le pense aussi.Son père, Benjamin Kanne est mort quand il avait 4 ans. Sa mère a déménagé de Chicago à Little Rock (Arkansas). Elle lui a dissimulé ses origines juives, l’a élevé dans la religion baptiste et Wesley a adopté le nom de son beau-père : Clark. Il s’est converti au catholicisme pendant la guerre du Vietnam.

Sorti premier de Westpoint (le Saint Cyr américain) il a toujours été le premier dans sa carrière militaire. Il a aujourd’hui 57 ans et apparaît net et sec. … … »

LA DIFFICILE APRES - GUERRE DE L’IRAK


NEWSWEEK INTERNATIONAL (6 octobre)

La non - construction de l’Irak
« Le Ministère des Affaires Etrangères et de la Défense se disputent. Une liste d’experts/conseillers pour rebâtir l’Irak comportait 20 noms, choisis par les Affaires Etrangères. Donald Rumsfeld, Ministre de la Défense, en fit rayer 16 qui n’étaient pas considérés comme politiquement corrects (même les médecins envoyés pour rétablir le service médical devaient être "anti-avortement").
Colin Powell, le Ministre des Affaires Etrangères, s’est insurgé… sans résultat. L’Irak ira-t-il jusqu’au chaos ? … … le général Tommy Franks, responsable N°1 du CENTCOM a parlé du "succès catastrophique" qui consistait à arriver à Bagdad sans avoir les forces nécessaires pour contrôler la ville…. … les 2 000 GI’s de la Military Police ne furent pas en mesure de contrôler "le pillage à une échelle industrielle" qui suivit la fin de la guerre. On a envoyé le général Garner le 11 mai. Il décide de "Baasiser" la bureaucratie à raison de 30 à 50 000 hommes. Cela crée beaucoup de mécontentement. Un émissaire anglais prédit : Nous avons jusqu’au Ramadan (27 octobre) pour nous retourner… après il sera trop tard. … … »

EL PAIS (24 octobre 2003)

En construction
« La reconstruction de l’Irak ne peut attendre la pacification complète du pays, a déclaré hier le Secrétaire général de l’O N U à l’ouverture de la "Conférence des donateurs" à Madrid … …
Il ne semble pas que cette conférence donne lieu à une véritable enchère de générosité.
En particulier la décision des Etats Unis de contrôler directement leur apport de 20 milliards de dollars, qui se convertit en fait en une subvention à leurs entreprises dont certaines, étroitement liées à des membres éminents de l’Administration Bush, jouissent déjà de contrats publics substantiels en Irak.

Les autres apports constitueront un fond fiduciaire contrôlé par l’ONU, pour l’aide humanitaire et par la Banque Mondiale, pour les infrastructures. L’objectif réaliste fixé par cette institution est d’arriver à 16 milliards de dollars pour ce fond d’ici 2007.
L’Espagne s’est d’ores et déjà engagée pour 300 millions, derrière le Royaume Uni et le Japon. Ce dernier pays, avec 1,5 milliards, domine la "diplomatie du chèque", pendant que le Parlement européen a refusé de porter la contribution de l’Union de 200 à 500 millions de dollars.

… de nombreux pays africains, pauvres et toujours oubliés, regarderont avec envie ce qui se passe à Madrid. Ils aimeraient bien être "reconstruits". »

B R E V E S B R E V E S B R E V E S B R E V E S B R E V E S B R E V E S

LES IZVESTIA (18 octobre 2003)

Le message de Poutine aux musulmans (résumé E. Grigorieva - S. Babaeva - N. Babassian)
Samedi 9 h 15 (heure de Moscou). La Chaîne Al Djazira diffusera une interview de Vladimir Poutine.

Le Président russe a donné cette interview, en liaison avec la conférence de l’Organisation islamique
qui se tient actuellement en Malaisie et en accord avec le renforcement des relations fraternelles entre la Russie et le monde musulman.
L’intervention du Président risque-t-elle de provoquer des relations négatives du monde occidental ?

Jusqu’au dernier moment, l’entourage du Président essayait de ne pas mettre en avant cet entretien avec "AL Djazira" … … Mais cela ne semble pas nécessaire … … Actuellement de nombreux leaders mondiaux jugent indispensable de donner des interview au principal centre d’information islamique.

NEWSWEEK INTERNATIONAL (13 octobre)

French Kiss (Karen L. Miller)
« Les PDG internationaux votent par le biais de leurs budgets prévisionnels et leurs verdicts sur l’Amérique semblent la condamner. L’argent étranger investi en Amérique a diminué de 21% l’année dernière. L’Amérique est passée de la 1ère place à la 5ème, derrière le Luxembourg, la Chine, la France et l’Allemagne. La France a été le seul pays à augmenter ses investissements dans les nouvelles compagnies américaines. L’analyste de JP Morgan note que ce scepticisme peut être dû au mode de comptabilité américain. Mais des sociétés comme Dassault, Saint Gobain et Michelin poursuivent leurs investissements. Les autres pays continuent d’acheter des Bons du Trésor américain, assurant ainsi la poursuite de l’augmentation de l’énorme dette de l’Amérique.»

DER SPIEGEL (17 octobre)

Un Islamiste allemand excite les passions contre le Prix Nobel de la Paix (extrait - Yassin Musharbash)
Yavuz Özoguz gère un portail Internet réservé aux musulmans - 100 000 visites/mois –, considère l’Imam Khamenei comme "son führer" et ne juge "pas si grandes" les différences entre le système juridique de la Charia et la législation allemande …

« Ce n’est pas la première fois que l’islamiste de Delmenhorst, Yavuz Özoguz, se fait remarquer par son radicalisme. Il s’en prend maintenant au Prix Nobel de la Paix Chirine Ebadi : dans son portail Internet, l’activiste des droits de l’homme est qualifiée de "personne dévoyée" qui combat l’Etat islamique vrai.
Peu après l’annonce du Prix Nobel, le site Internet de Özoguz mentionnait : "L’Ouest a démontré une fois de plus clairement son attitude envers l’Islam : l’Islam, oui, mais sans foulard. L’Islam, oui, mais sans système islamique. L’Islam, oui, mais avec le combat contre la République islamique d’Iran ; Et pour cela ils sont prêts à verser des millions à des personnes dévoyées" ; Cette déclaration est signée "Muslim-Markt-Team", le sigle sous lequel Yavuz Özoguz et son frère Güran diffusent leurs opinions.

… … Dans le monde de Yavuz Özoguz le bien et le mal sont clairement séparés. En fin de compte c’est toujours de l’Ouest que le mal part. Ce que les "idéologues de l’Ouest" ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, c’est que le dialogue est le seul chemin – à savoir le dialogue avec ceux qui représentent "la partie adverse". Le dialogue avec lui, avec Yavuz Özoguz »


LA VANGUARDIA (17 octobre 2003)

La presse espagnole a consacré de nombreux articles au Pape dans ce mois d’anniversaire de ses 25 ans de pontificat .

Un authentique leader européen (extrait - Andrea Riccardi – fondateur de la Communauté Sant Egidio)
"L’apport du pape à la réunification de l’Europe, depuis la chute du communisme, a été déterminant. C’est un homme à fortes convictions dans un monde dans lequel les convictions sont fluides" (d’après Andrea Riccardi)

Au fil des ans les gens ont commencé à le regarder avec plus de sympathie, puis avec intérêt et peut être en s’identifiant à lui. Dans sa faiblesse physique il a montré qu’il était habité par une force morale
… … Il existe, dans de nombreux esprits, une nécessité de point de référence. Et le Pape, y compris dans des situations difficiles comme le choc des civilisations, a exprimé une position morale qui mérite un consensus bien au delà des frontières du catholicisme. Il a pris une position qui peut se définir comme "européenne", bien au delà des options des dirigeants du continent. Il est un élément de la redécouverte d’un fait qui, dans les batailles laïques ou même anticléricales, avait été un peu oublié :
le lien profond entre le christianisme et notre culture. Et par voie de conséquence les Européens, qu’ils soient de culture laïque ou de culture inspirée par leur foi, ont découvert qu’ils étaient perçus dans leur ensemble, par les musulmans, comme des chrétiens. … … »

INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE (13 octobre 2003)

E D I T O R I A L signé de Maureen Dowd (résumé)
C’est "la guéguerre" entre Condoleezza Rice et Donald Rumsfeld depuis que celle-ci a pris la responsabilité de "l’Irak stabilization group". … … Les discours de David Kay, ancien membre de l’équipe des inspecteurs de l’O N U., ceux du général Wesley Clark, ancien patron de l’OTAN et ceux de l’ancien diplomate devenu le mari très amer d’une espionne de la C.I.A (présumée trahie par un membre proche de l’entourage de G.W. Bush) seraient tous du plus mauvais effet. Selon Maureen Dowd, le message commun de ces discours est parfaitement clair :
"La fameuse équipe de rêve de Mr Bush est une bande de délinquants, spécialistes du coup de couteau dans le dos … … qui a absolument joué tout faux sur l’Irak". … …
G.W. Bush réalise pleinement que Rumsfeld et Paul Wolfowitz l’ont fourré dans un vrai bourbier en Irak.… … "Il veut que Condie, "sa maman", en laquelle il a toute confiance, l’aide à sortir de là"… … "Dans ce rôle, Rice va jouer sa réputation et un certain nombre de républicains s’inquiètent de voir la responsabilité de l’évolution de la situation se rapprocher si dangereusement du bureau présidentiel". Par ailleurs, … … Rumsfeld n’a pas pu cacher son extrême irritation et accepte mal de voir remis en cause son pouvoir quasi directorial sur l’Irak. Cela réjouirait, en revanche, d’autres ministères, dont l’équipe du Département d’Etat de Colin Powell...

DIE ZEIT (3 octobre 2003)

Pourquoi les Irakiens haïssent les Américains (résumé)
A la suite de la tuerie de Falludschah, de 8 policiers irakiens formés par les Américains, la haine contre les occupants s’est amplifiée. Cette haine a une date : Le 18 avril 2003
Ce jour là une manifestation de rue s’était opposée à l’occupation d’une école par l’armée américaine : Les manifestants revendiquaient le bâtiment pour leurs enfants. Les soldats tirèrent dans la foule, 18 personnes ont été tuées, 66 partiellement ou gravement blessées. Il a été soutenu plus tard que, de la foule, des tirs avaient été dirigés contre les GIs et que ceux-ci avaient tiré en légitime défense. L’affaire n’a jamais été tirée au clair.
… … Les soldats américains ne sont plus en sécurité , d’où une peur qui les fait tirer précipitamment. ... ...mais la peur n’est pas la seule motivation, c’est aussi la colère, car ils étaient venus en libérateurs et ne comprennent pas l’assassinat des leurs. … …

NEWSWEEK INTERNATIONAL (6 octobre 2003)

Le Japon revient (F. Zakaria)
« "Quand tout le monde se demande comment l’ascension de la Chine va remodeler l’Asie et le reste du monde il faut peut-être surveiller l’autre géant asiatique". Le Premier Ministre du Japon, Koizumi, a lancé une révolution politique. Issu du parti au pouvoir depuis longtemps (Liberal Democratic Party) il a déclaré la guerre à la vieille garde du parti qui est soutenu par les travailleurs des travaux publics les producteurs de riz et les fonctionnaires. Ceux-là vivent bien depuis 10 ans alors que le reste du pays souffre. Entre 1995 et 2005 le Japon aura dépensé 6,2 trillions de dollars en travaux publics. C’est 3 à 4 fois plus que l’Amérique qui a 20 fois plus de terre et plus du double de population. Le vieux parti, allié à une bureaucratie corrompue, a généré un système qu’il faut démanteler. Le "parrain" du parti, Nonaka, a démissionné et va se consacrer à la lutte contre le Premier Ministre. Les résultats ne sont sans doute pas pour demain car les problèmes sont considérables, mais ces nouvelles aussi sont considérables. Souvenez-vous : Le Japon est encore le deuxième pays le plus riche du monde, plus riche que tout le reste de l’Asie réuni. Ses dépenses militaires le placent au 4° rang mondial. C’est peut-être le pays qu’il faut suivre en premier.»

LA VANGUARDIA (19 octobre)

(Le foulard et le Nobel de la Paix) (Tahar Ben Jelloun)
« … … Le roi Mohammed VI l’a annoncé officiellement : la famille est placée sous la responsabilité conjointe des deux époux ; l’âge du mariage de la femme passera de 15 à 18 ans ; la répudiation et la polygamie sont assorties de telles limites que dans la pratique elles devraient disparaître ; le divorce sera judiciaire et ne dépendra pas uniquement de l’arbitraire du mari.
La société marocaine pourra se débarrasser enfin de son vieux Code du statut personnel qui faisait de la femme un être inférieur et l’obligeait, par exemple, à solliciter l’autorisation du père, du mari ou du frère pour voyager … … Le Maroc rattrape ainsi le système tunisien, le plus avancé de tout le monde arabe et laisse loin derrière lui l’algérien, le plus rétrograde de la région. »

INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE (9 octobre)

Foulards en Allemagne – "Préparatifs pour une bataille inutile" (résumé - Faruk Sen et Sinan Ozel – "Centre d’Etudes sur la Turquie" de l’Université d’Essen)

Une décision de la Cour Fédérale allemande freinera paradoxalement l’intégration des immigrants musulmans. En réponse à la plainte d’une professeur afghane, empêchée d’enseigner, elle stipule que les foulards peuvent être portés à l’école publique. Dans les 24 heures, six d’entre les seize landers déclarèrent leur intention de passer une loi interdisant le foulard comme intrusion excessive de la religion dans les écoles publiques.

Ceci est déraisonnable pour deux raisons :

- L’interdiction provoquerait l’aliénation de l’intégration d’une minorité de musulmanes.
- Le port du foulard perd sa pertinence en Allemagne, selon les études chiffrées du Centre d’Etudes

Suivent des développements quelque peu redondants autour de ces deux arguments ...

CLARIN (27 octobre 2003)

Référendum en Colombie (extrait)
« Le Président Uribe a organisé un référendum le samedi 25 octobre demandant aux Colombiens de répondre à 18 questions pour lutter contre la corruption et réduire le déficit fiscal. … … Dans un pays marqué par la guérilla des FARC, ce fut un double échec pour le Président colombien avec une très faible participation, qui ne permet pas d’obtenir les 25% de votants requis pour faire voter les 18 propositions et un opposant à la Mairie de Bogota. »

NEWSWEEK INTERNATIONAL (27 octobre 2003)

Bush, derrière les sourires (Jeffrey Garten)
Pendant son voyage de 10 jours en Asie George Bush veut rallier des partisans à sa guerre anti-terrorisme, à sa confrontation avec la Corée du Nord et tenter de persuader le Japon et la Chine de réévaluer leurs monnaies afin qu’ils puissent acheter des produits "made in USA". On ne lui dira pas non ; mais on ne lui dira pas oui non plus. Malgré tous ses atouts l’Amérique pourrait être en train de perdre son influence dans la région du monde la plus dynamique. Les grands changements en Asie laissent l’Amérique déphasée. Quand George W. regarde l’avenir il voit pour l’Amérique un siècle trouble dominé par sa lutte anti-terrorisme. Quand l’Asie regarde l’avenir elle voit la prospérité et l’émergence de la Chine comme super puissance. Chaque nation a besoin du marché américain mais les dirigeants asiatiques sont opposés à la façon dont l’Amérique est entrée en guerre en Irak, moins toutefois que les nations européennes.

L’Amérique a poussé à la création de l’OMC en 1994 mais aujourd’hui son attrait pour les institutions globales a baissé et elle est plutôt tournée vers les accords bilatéraux … ce qui va fragmenter le système global. On redoute le protectionnisme américain qui lui même redoute "la reprise sans emploi" (Jobless recovery). Les banques centrales de ces pays asiatiques regorgent de Bons du Trésor américain. Qu’arrivera-t-il si ces pays découvrent que cet argent serait plus profitable s’il était converti à domicile ? cette dépendance mutuelle et fragile mériterait une vraie discussion mais le moment n’est pas le bon car Bush et son gouvernement ne pensent pas en terme de vulnérabilité américaine.
Si ces intérêts divergents ne sont pas traités pendant ce voyage les problèmes se poseront plus tard et probablement de façon encore plus dérangeante.

LA VANGUARDIA (19 octobre 2003)

(Le foulard et le Nobel de la Paix) (extrait - Tahar Ben Jelloun)
« … … Jadiya, la première femme du prophète Mahomet, allait tête nue. Ce qui est demandé à la femme musulmane est de ne pas provoquer les instincts de l’homme … quelque chose que nous voyons aussi chez les Catholiques et les Juifs

… … Il est inadmissible que la laïcité soit mise entre parenthèses par les nouveaux citoyens de cette Europe qui se veut métisse, multiculturelle, ouverte au monde et surtout, ni fanatisée ni enfermée dans un intégrisme religieux … … »

NEWSWEEK INTERNATIONAL (20 octobre)

En Italie : Les contraires se gênent (Barbie Nardeau)
Les deux politiciens les plus populaires s’affrontent dans une course au pouvoir, mais la vraie question est l’avenir de l’Europe. Romani Prodi, du temps où il était Premier Ministre (on le surnommait "la mortadella") préférait les trains aux limousines, et aujourd’hui ? "Il est Président de la Commission Européenne : La citadelle des règles, de la bureaucratie, de l’Eurocratie - ronflez"
Sylvio Berlusconi se déplace en convoi de voitures de maître et dans son jet privé. Quoiqu’il fasse il éblouit ses concitoyens. Les allégations de corruption, de prévarication et de fautes comptables sont graves, mais loin de nuire à son image elles donnent de l’éclat à son standing. Le seul Italien à avoir été aussi populaire c’est … "la mortadella". Son gouvernement de centre gauche a duré plus que les autres et a mieux réussi. Il est le meilleur candidat pour battre Berlusconi en 2006, mais ce dernier est propriétaire de plusieurs médias qui se déchaînent contre lui.
Ces affrontements pourraient être graves pour l’avenir de l’Europe. Berlusconi rêve de ratifier la nouvelle Constitution de l’U.E à Rome l’année prochaine.
Le travail de la Convention a été fait (bien disent certains). Pat Cox, leader du Parlement européen, a mis en garde tous les membres contre un abus de modifications qui pourrait tout remettre en question car un seul vote négatif peut naufrager toute l’entreprise. Un des points de friction est la religion : La Convention n’y fait pas allusion (1) alors que l’Italie, l’Espagne, l’Irlande et la Pologne le désirent. Berlusconi aussi, alors que Prodi, bien que fervent catholique, n’y tient pas. Berlusconi est hostile à l’entrée de la Turquie, Prodi y est favorable. Berlusconi se considère comme un intime de la Maison Blanche, Prodi est soucieux de l’impérialisme américain.
L’état de l’économie pourra jouer un grand rôle et de toute façon ce sera un match très dur. "Pour les Européens, la question n’est pas de savoir qui encaissera les coups les plus durs mais plutôt, qui paiera les pots cassés ?"

(1) La formule retenue est "legs culturels, religieux et humains"


Odile Boulloche – Bernard Chadenet – Claude Gaboreau – Guy Girod Genet – Michel Kavyrchine - Henri Moullier – Marion Ordonneau – François Treilhou – André Troesch