OBSERVATOIRE DES MEDIAS ETRANGERS
Mai 2003


UN GROUPE DE 10 MEMBRES D’ARRI SE PARTAGE LA LECTURE DE GRANDS JOURNAUX ET PERIODIQUES ETRANGERS (NEWSWEEK, THE ECONOMIST, LES IZVSTIA, DIE WELT, CORRIERE DELLA SERRA, EL PAIS, AFRICA INTERNATIONAL …ET D’AUTRES SUIVANT L’ACTUALITE) POUR DEGAGER UN PANORAMA MENSUEL DES ARTICLES DONNANT UNE IMPRESSION DE L’OPINION ETRANGERE SUR LES REALITES INTERNATIONALES. IL NE S’AGIT QUE DE TRADUCTIONS, SANS PRISE DE POSITION NI INTERPRETATION.

CET "’OBSERVATOIRE DE MEDIAS ETRANGERS" ET CEUX DES MOIS PRECEDENTS, SONT CONSULTABLES SUR CE SITE (rubrique "INTERNATIONAL").

DANS L’ACTUALITE DE CE MOIS DE MAI 2003

DIFFICILE DEFENSE EUROPEENNE (A B C, DIE WELT)
LES LECONS DE LA GUERRE D’IRAK (LES IZVESTIA)
IRAK : BUSH ET CHIRAC, GLOIRE TELEVISEE ET "TALLEYRANDISME" (HERALD TRIBUNE, LA VANGUARDIA)
L’ARGENTINE : UN PRESIDENT ELU PAR DEFAUT (EL MERCURIO, A B C)
LES BREVES (DIE ZEIT, EL PAIS, LA REPUBBLICA, AFRIQUE ASIE, LES IZVESTIA, NEWSWEEK, HERALD TRIBUNE)

Et "L’article du mois" : CHRONIQUE D’UN GENOCIDE ANNONCE (INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE)


DIFFICILE DEFENSE EUROPEENNE


A B C (journal espagnol du 1er mai)

La défense de l’Europe (extraits - Martin Ferrand)

« … … Le budget de la défense des Etats Unis s’élève à 380 milliard de dollars, soit 3,3 % de leur PIB.

… … L’initiative franco-allemande, soutenue par la Belgique et le Luxembourg, pour créer un noyau militaire européen indépendant de l’OTAN, et surtout des Etats Unis, … … mériterait respect et attention (suit un long passage très ironique sur les caractéristiques de ces quatre pays en matière de défense) … … mais le budget de défense des 15 pays constitutifs de l’UE atteint 150 milliards d’Euros et seules la Grande Bretagne, la France et la Grèce lui consacrent 2 % de leurs PIB respectifs.

Dans le meilleur des cas, suivant les analystes militaires les plus renommés, la capacité défensive de l’UE n’atteint pas 10 % de celle de l’Amérique du Nord ; et la capacité offensive 5 %. Les Américains, conscients que la puissance provient de l’addition entre richesse économique et dispositif militaire, ont renoncé pour y arriver à beaucoup de chapitres "indispensables" du concept européen de bien-être. Sommes-nous disposés, de ce côté de l’Atlantique, à porter nos budgets de défense au niveau américain ? »

DIE WELT (quotidien allemand du 1er mai)

Le sommet des quatre veut renforcer l’Europe dans l’OTAN (extraits)

« On a rarement autant parlé de l’OTAN lors d’un sommet de l’UE que pendant le mini-sommet entre l’Allemagne, la France, la Belgique et le Luxembourg.
… … lors de la présentation des résultats, les quatre chefs d’Etat et de gouvernement ont affirmé avec insistance qu’il ne s’agissait en aucun cas de faire concurrence à l’OTAN … … au contraire, si les réalisations correspondent aux volontés des quatre Etats, "le pilier européen de l’OTAN sera renforcé", a déclaré Chirac.
En à peine six pages, les quatre pays indiquent comment ils voient l’Europe accroître son poids militaire. Les quatre veulent tirer la leçon (du Kosovo à l’Irak) … … Le Chancelier l’a déclaré clairement : "A l’OTAN nous n’avons pas trop d’Amérique, mais insuffisamment d’Europe". … …
Les quatre chefs de gouvernement invitent tous les Etats de l’Union Européenne élargie à participer au travail. Le premier Ministre du Luxembourg a essayé de convaincre les sceptiques que "l’Union monétaire n’a été à l’origine lancée que par trois pays. L’Euro compte maintenant au nombre des réalisations majeures de l’UE". "Chaque progrès en Europe n’a été le fait que de quelques-uns", ajoute Chirac. Et le Premier Ministre belge compte sur l’arrivée d’autres Etats sans tarder : "Nous attendons des signaux positifs de l’Italie et de la Grande Bretagne".

Concrètement, les pays exigent la création d’une force de réaction rapide, dont le noyau pourrait être la brigade franco-allemande qui serait susceptible d’être complétée d’éléments venant d’autres Etats. Elle devrait avant tout se tenir à disposition de l’OTAN ou de l’UE pour des interventions sous mandat de l’ONU … … avec une combinaison de moyens civils et militaires, l’UE doit être en position de mettre en œuvre sous 24 heures une première aide humanitaire de secours (dispositif EUFAST).

… … Sans prononcer les mots "état major" ou "quartier général", comme on le lit dans le document, devrait être créé "un noyau d’une capacité collective pour la prévision et la conduite d’actions européennes". Ainsi la force d’intervention européenne devra être mise en situation de pouvoir opérer sans recourir aux structures de l’OTAN. »


LES LECONS DE LA GUERRE D’IRAK

LES IZVESTIA (quotidien russe du 13 mai)

La guerre d’Irak a rendu évidentes certaines causes de la crise actuelle du système international (extraits - Serguei Karaganov, Pdt de la Commission pour les Affaires Etrangères et la Politique de Défense)

« La majorité des Etats, qui se sont formés à la suite du mouvement de libération nationale des années 1940 – 60, se sont révélés incapables d’établir une vie normale sur leur territoire. … … C’est une source d’instabilité politique et militaro-politique dans de vastes régions, comprenant une grande partie de l’Afrique, du Proche Orient, de l’Asie Centrale et du Sud, dont une bonne partie des républiques de l’ex URSS.
L’état de crise désespérant dans lequel se trouvent beaucoup d’Etats met en question l’approche traditionnelle de la souveraineté – comment se comporter envers des régimes qui s’en prennent massivement aux droits de l’homme les plus élémentaires ? - … …

C’est cette profonde déstabilisation qui constitue (certes en même temps que leur désir d’affermir leur pouvoir et la situation d’hégémonie) le motif principal de l’action des Américains en Irak. Il y a déjà longtemps que Washington a l’intention de commencer à mettre de l’ordre, surtout dans les régions de grande importance stratégique. … …
C’est dans une grande crise que se trouve l’ONU. La crise irakienne a posé de façon encore plus aiguë la question de ses réformes indispensables. De plus l’ONU, sans une poussée de l’extérieur, ne peut visiblement pas se réformer elle-même.

Quant à nous, nous n’avons sans doute pas apprécié comme il le fallait les autres motivations de la politique américaine. Le désarmement de l’Irak était vraisemblablement un prétexte pour le renversement de Saddam Hussein. On ne sait pas si les responsables américains eux-mêmes croyaient en l’existence d’armes de destruction massive ou s’ils ont simplement utilisé cette affirmation comme justification. … …
Actuellement, en combat d’arrière garde, les tentatives pour démontrer que nous avions raison ne sont guère constructives. Maintenir l’ONU, la réformer avec succès, est impossible sans la coopération des Etats Unis. … …
La crise irakienne a mis en évidence les grandes différences, qui se développent depuis longtemps, entre les Etats Unis et l’Europe Occidentale en culture politique, en approche de la politique internationale, en vision du facteur de puissance au plan international. … …

Il semble que nous ayons pris au sérieux l’affirmation de la France et de l’Allemagne de vouloir s’opposer aux Etats Unis. Nous avons pris le sillage de Paris. Mais Paris poursuivait ses propres buts, dont le principal était d’affermir la grandeur de la France en infligeant dommages et même humiliations aux Etats Unis. Le Président de la RFA avait ses propres problèmes : faiblesse de la position présidentielle et opinions pacifistes de la majorité de la population. … …
Un des objectifs de nos amis européens (je ne mets pas de guillemets, des amis peuvent avoir des intérêts différents) était de ne pas permettre un trop grand rapprochement entre la Russie et les Etats Unis, renforçant la position des deux pays et surtout celle de la Russie. … … »

IRAK : BUSH ET CHIRAC, GLOIRE TELEVISEE ET "TALLEYRANDISME"


INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE (17 mai)

L’Amérique est-elle plus sûre ? Un produit pour la télévision, telle est l’action superficielle de Bush (extrait - Paul Krugman)

« Le dogme central de la politique américaine est que le Président Bush, en dépit de ses faiblesses, a été un dirigeant efficace de la lutte contre le terrorisme. Mais plus vous connaissez l’état du monde moins vous croyez à ce dogme. La guerre d’Irak en particulier n’a rien fait pour rendre l’Amérique plus sûre – en fait elle a rendu service aux terroristes.
Comment se porte la guerre contre le terrorisme ? Vous êtes au courant des bombes de Ryadh. Mais autre chose s’est produit cette semaine : l’Institut International d’Etudes Stratégiques de Londres, qui n’a rien contre Bush, déclare que Al Qaïda est "plus insidieux" qu’avant le 11 septembre et "juste aussi dangereux".
Une réponse cinglante à l’Amérique qui déclare que les terroristes sont dispersés.

Néanmoins l’Administration Bush ne fait-elle pas de son mieux pour combattre le terrorisme ? Non.

La campagne anti-terroriste évoque un studio de télévision : beau décor au milieu d’une salle piteuse, les opérateurs prenant grand soin de ne pas montrer l’extérieur du décor. Il en est de même pour la campagne anti-terroriste : Bush prend des poses héroïques à la télévision mais son Administration néglige tout ce qui n’est pas photogénique. J’ai déjà écrit sur le refus étonnant de l’Administration Bush de payer pour une protection minimale des Etats Unis, contre des attaques futures, en rendant plus sûrs les ports, les industries chimiques, les centrales nucléaires, etc.

La défaite des Taliban fut une victoire réelle mais, dès la chute de Kaboul, l’Administration se désintéressa de l’Afghanistan qui passe sous le contrôle des chefs de guerre . Le gouvernement Karsaï survit à peine et les Taliban reviennent.

Le Sénateur Bob Graham a porté la grave accusation que Al Qaïda était dans les cordes il y a un an, mais réussit à se redresser parce que l’Administration disperse ses ressources militaires vers l’Irak. Ce sénateur est certes démocrate mais ses collègues républicains partagèrent son inquiétude, en particulier le sénateur Richard Shelby.

En tout cas l’Amérique a vaincu Saddam Hussein. Ne sommes-nous pas plus en sureté ? et bien non.

Saddam n’était pas une menace pour l’Amérique – il n’avait pas de liens importants avec le terrorisme et l’équipe principale des Etats Unis, qui cherchait des armes de destruction massive, a plié bagage et est rentrée. C’est alors que l’équipe Bush s’en désintéressa dès que les équipes de télévision n’en firent plus leur priorité.

Le premier résultat fut une orgie de pillages, y compris de détritus nucléaires qu’on avait négligé de protéger.

Des factions armées irakiennes préparent une guerre civile. Cela place les Etats Unis exactement devant le dilemme que redoutaient les sceptiques. Si l’Amérique quitte rapidement l’Irak on peut se trouver face à une version plus grande et dangereuse que l’Afghanistan ; Mais si les Américains demeurent longtemps, ils deviennent "une puissance d’occupation dans un territoire très hostile"- exactement l’outil de recrutement dont Al Qaïda a besoin. Qui a dit cela ? Le Président Bush père pour expliquer sa décision de ne pas poursuivre sur Bagdad en 1991. … …
La vérité est que l’objectif de gloire télévisée qui conduisit l’Administration de G.W. Bush à s’écarter d’Al Qaïda pour s’attaquer à un régime fort déplaisant mais non menaçant, a mis les Américains moins en sûreté. »

LA VANGUARDIA (quotidien espagnol du 2 mai)

Chirac n’est pas Talleyrand (extraits - Luis Racionero)

« Après les fulgurantes victoires de Napoléon, la France a perdu à Waterloo, puis a perdu toutes les guerres importantes auxquelles elle a participé, mais a manipulé la paix comme si elle les avait gagnées : l’artisan de cette œuvre fut Talleyrand. … … Le moment (de sa vie) qui m’intéresse est son autorité sur le congrès de Vienne : il représentait la France, un pays battu, Napoléon avait abdiqué, les Bourbons étaient de retour sans prestige ni puissance. Talleyrand arrive à Vienne comme représentant du vaincu mais fait comme si rien n’était … … Le triomphe de Talleyrand au congrès de Vienne est toujours une énigme historique, le plus curieux étant que les Français s’y sont accoutumés.

Pendant la première guerre mondiale, les Américains leur ont tiré les marrons du feu … … Après la victoire des Alliés en 1918 … … l’intransigeance de Clémenceau a créé les causes de la seconde guerre mondiale.
Keynes l’en avait averti dans "Les conséquences économiques de la Paix", mais le Français ne céda pas : comment pouvait-il céder si, à l’exemple de Talleyrand, il pensait que l’Angleterre "C’est une colonie française qui a mal tourné".

Après la seconde guerre mondiale, le "talleyrandisme" de De Gaulle fut sans vergogne. Si l’on se donne la peine de lire ou visionner sans partialité le discours de De Gaulle, le jour de l’entrée des alliés dans Paris, on découvrira un oubli énorme qui explique beaucoup de choses : Nous avons libéré, disait le général qui avait gagné sa guerre par radio, Paris avec l’aide – ici on espérait entendre "des Anglais", "des Américains" – du peuple français, avec l’aide de la Résistance, de l’armée française, etc . A aucun moment n’apparaissent les Alliés …

Cette intéressante manière de traiter l’histoire … est devenue une habitude … frisant le présomptueux. Il y a en France des cimetières contenant 150 000 cadavres Nord-américains morts pour libérer la France, ainsi que des dizaines de milliers de soldats anglais morts, mais pratiquement pas de Français car ils n’étaient que trois douzaines à débarquer en Normandie.

Je ne cherche pas à justifier la guerre, nulle guerre n’étant à mes yeux justifiable. Ce que je voulais mettre en lumière, ce sont les origines de la position française extravagante, ingrate et intéressée, exprimée par Chirac. Abstraction faite de ce que la France achetait du pétrole irakien à bas prix et vendait ce qu’elle pouvait à l’Irak, la position de Chirac prêchant pour les Etats Unis ce que la France n’observe pas dans les pays africains, où elle intervient sans que les Nations Unies n’aient rien à dire, est une véritable hypocrisie "talleyrandienne".

Il est entendu que je suis francophile et tiens Talleyrand pour le politique le plus intelligent de l’histoire, … … mais nous ne pouvons pousser les Américains à nous libérer d’un dictateur (Hitler, Franco ou Milosevic) et après les censurer parce qu’ils ont décidé de libérer un autre pays d’un dictateur. »


L’ARGENTINE : UN PRESIDENT ELU PAR DEFAUT


EL MERCURIO (journal chilien)

J’ai gagné le premier tour et je m’en vais

« Le candidat Menem a annoncé hier qu’il renonçait à participer au deuxième tour, ce qui, d’après la constitution, qualifie son rival Kirchner pour assumer la présidence jusqu’en 2007. Menem considérant que les conditions du deuxième tour n’étaient pas remplies pour lui, a déclaré "j’ai gagné le premier tour et je m’en vais".
Kirchner déclarait de son coté que les enquêtes d’opinion laissant présager une déroute sans précédent de Menem, "l’Argentine a pu découvrir le dernier visage de celui-ci, celui de la lâcheté, et son dernier geste, celui de la dérobade. Le pays est touché et les institutions sont mises à mal".»

A B C (journal espagnol du 18 mai)

L’Argentine a-t-elle la solution ? (Carlos Rodriguez Braun)

« Les consignes données par Nestor Kirchner pourraient être perçues comme "de gauche". Ainsi, pour lui, les problèmes argentins viendraient d’un excès de marché et de privatisations, de l’application d’un modèle néo-libéral
… …Kirchner est partisan d’une plus forte intervention de l’Etat pour venir à bout de la pauvreté et affirme créer de l’emploi par l’augmentation des dépenses publiques.
Nous ne savons pas s’il gouvernera selon ces critères . Ce que nous pouvons affirmer avec conviction c’est que, si tel est son diagnostic, il se trompe. Il n’est pas certain que l’Argentine ait souffert d’un libéralisme exagéré : sous Menem les impôts, les dépenses et la dette publiques ont augmenté, le commerce extérieur ne s’est ouvert que timidement vers le MERCOSUR, et le marché du travail est resté entre les mains de mafias syndicales. Les privatisations n’ont pas toujours été accompagnées de dérégulation et leur pureté fut quelques fois douteuse ; Mais renationaliser les entreprises privatisées est aussi absurde que prétendre réduire le chômage par une augmentation de la dépense publique – c’est à dire des impôts. … … »

La crise a une solution morale (Horacio Vasquez Rial)

« Après 20 ans de décadence des deux grands partis traditionnels argentins, le péronisme et le radicalisme, l’accession à la présidence de Nestor Kirchner devrait marquer le début d’une nouvelle transition. L’expérience a montré que la démocratie … était bien assise. … … Mais la démocratie ne peut se limiter à un régime juridique ou à une conscience politique en alerte : elle doit être une forme naturelle, ni remise en cause ni susceptible de l’être, de la vie en société. … …

Bien entendu les problèmes argentins ont une solution. Et c’est une solution morale. Un dirigeant du menemisme a résumé cela il y a quelques années par une remarque cynique devant la presse : "Ici, si nous cessions de voler pendant deux ans, tout s’arrangerait". Il ne s’agit donc pas de choisir entre une politique interventionniste, qui serait forcément anachronique, et une politique libérale, qui est aujourd’hui plus un constat de la réalité qu’une décision théorique ou idéologique.

L’Etat devra intervenir ponctuellement … … pour ouvrir la voie à une meilleure répartition de la richesse, sans pour autant se convertir en entrepreneur : il lui suffira d’appliquer rigoureusement les lois existantes … … L’Argentine – un des premiers producteurs mondiaux de denrées alimentaires, possédant 26 des 27 minéraux généralement considérés comme stratégiques, bénéficiant d’une abondance d’eau et de l’autosuffisance énergétique et disposant de compétences de premier plan dans presque tous les domaines – a seulement besoin … …d’une administration sérieuse, d’un régime fiscal clair et équitable, d’un retour au Trésor public de ce dont il a été spolié au cours des 15 dernières années et d’une conduite keynésienne de gauche … … Nestor Kirchner, avec le soutien général, peut et doit avancer sur ce chemin.»

 

LES BREVES

E U R O P E

DIE ZEIT (Allemagne - 20 mai)

Nous en avons justement besoin

« … … Comment se fait-il que, nous allemands, nous reprochions à la Pologne, ce qui pendant de nombreuses années allait de soi pour nous : être étroitement liés à l’Amérique ? … …
Pendant que le Chancelier allemand se casse la tête à savoir comment, sans perdre la face, il pourrait à nouveau parler avec le Président américain, les Polonais participent déjà, dans la mesure de leurs forces, à la grande tâche de stabilisation de l’Irak ; pour cela nous devons les remercier et estimer la disponibilité de la Pologne pour s’entremettre entre les Américains et nous.
Certains pays ont sans doute des raisons de se plaindre grandement de la politique hégémonique de l’Amérique : le Vietnam, le Chili, l’Irak en 1991, … … mais les Allemands n’appartiennent pas à ceux là.
Depuis 1945, ils n’ont que profité de la domination américaine en Europe : du miracle économique à la réunification qui n’aurait pas été possible sans la protection américaine. Et aujourd’hui, à la réflexion, il n’y a pas de motif rationnel pour que l’Allemagne recommande à d’autres pays de se détourner de l’Amérique. … … »

LA REPUBBLICA (Italie – 23 mai)

Il est inconcevable que le Président du Conseil ne veuille pas parler à Arafat (Enrico Franceschini)

« La question "Arafat", que les Etats Unis et Israël voudraient isoler ou directement exiler des territoires, est en train de créer un problème inattendu à l’Union Européenne. Recevant mercredi (21 mai) à Rome, une délégation du "Congrès mondial Hébraïque", le Président du Conseil Berlusconi, qui aura la Présidence tournante de l’UE en juillet, aurait laissé entendre qu’il rencontrerait Abu Mazen, mais pas Arafat, durant sa visite en Israël et dans les territoires palestiniens, les 7 et 8 juillet, se conformant ainsi à l’attitude de l’Amérique qui a interrompu tout contact avec le Raïs.

"Il serait inconcevable que Berlusconi, pendant sa Présidence tournante de l’UE, ne rencontre pas tous nos leaders" - comprenez Arafat- a déclaré le Ministre du Travail Gassan Khalib, rappelant que le Ministre des Affaires Etrangères grec, Papandréou, dont le pays a l’actuelle présidence de l’UE et Javier Solana, responsable de la politique étrangère des quinze, ont été récemment à Ramallah et ont tous les deux rencontré Arafat. … … »


L’Italie dialogue avec l’Islam (résumé - Magdi Allam)

"A la guerre comme à la guerre. Si la guerre devait être, et bien qu’elle soit " Le Ministre de l’Intérieur, Giuseppe Pisanu, réagit sur un mode serein mais déterminé, à l’offensive du terrorisme islamique.
En commençant avec un objectif crucial et ambitieux : Libérer les mosquées ; "Je veux dire clair et net que les mosquées italiennes doivent être totalement libérées des prédicateurs de la violence, des recruteurs de la guerre sainte et des agents dont les intérêts ne sont pas italiens."
La ligne du gouvernement a deux objectifs à réaliser simultanément : En premier, dialoguer de façon constructive avec la grande majorité des musulmans pacifiques et en second, isoler les extrémistes et les ramener à la raison, bon ou mal gré.


A F R I Q U E


AFRIQUE ASIE (mois de mai – Journalistes d’Afrique, du Maghreb et du Proche Orient)

Congo : Pool, repères … (Extrait - Francis Laloupo)

« Le grand prédicateur et néanmoins "président de la résistance armée" et ses "Ninjas" avaient, malgré les palabres, négociations et autres médiations, refusé de déposer les armes, ainsi que l’avaient préconisé les accords de paix de janvier 2000. Lorsque les affrontements ont recommencé en Avril 2OO2, entre les "Ninjas" et les forces gouvernementales, on a trop tôt fait d’établir un lien entre les prétendues revendications de ces desesperados et les constantes récriminations d’opposants en exil, tels que Pascal Lissouba(1) et surtout Bernard Kolelas(2) , originaire du Pool. Pourtant, à y voir de près, l’aventure du pasteur Ntumi n’a rien à voir avec les luttes politiciennes entre le numéro 1 congolais, Denis Sassou Nguesso(3) et ses adversaires en exil. Tout au plus, peut-on considérer que les récentes guerres civiles de l’histoire du Congo ont permis au pasteur combattant de constituer "son armée". En vérité, les menées guerrières du pasteur Ntumi et de ses 3 000 jeunes s’inscrivent dans une longue tradition de résistance dont le Pool est le sanctuaire. Tous les pouvoirs successifs au Congo se sont trouvés confrontés à cette réalité.
Une réalité faite d’un mélange de discours politique, de revendication identitaire, de mysticisme séculaire, de messianisme renouvelé et de relents de terre promise. … …

On sait que dans cette affaire, où le motif politique énoncé s’alimente de l’irrationnel, le pouvoir politique devra user de trésors d’intelligence et de disponibilité pour inventer une solution plutôt fondée sur la complexité sociologique et culturelle, que sur une force militaire. »

(1) Pascal Lissouba était un biologiste reconnu (une méthode d’analyse porte son nom) avant "d’entrer en politique" dans les années 60. Plusieurs fois ministre et Président de la République. (2) Bernard Kolelas, ancien ministre dont les ambitions politiques sont contraintes par les statures de Lissouba et Nguesso (3) Sassou Nguesso, capitaine des Forces Armées congolaises, est devenu colonel et Président de la République à la suite d’un coup d’Etat dans les années 70. Il occupe aujourd’hui à nouveau la fonction suprême après avoir mis hors jeu Lissouba à l’issue d’un conflit sanglant entre les partisans des deux hommes.

La fin d’un alibi (extrait - Majed Nehme)

« … … La configuration de l’Irak pro-américain … …à savoir un Etat fédéral démocratique, ne survivra pas au
contact des réalités du terrain. Non pas que les Irakiens ne soient pas encore aptes à la démocratie, mais parce qu’ils ne voient dans cet échafaudage de type colonial (diviser pour mieux régner) qu’une voie vers la déstabilisation de leur pays et son affaiblissement.
Les Chiites majoritaires, refusent, au nom de cette démocratie fallacieuse, de se voir réduits à une communauté et à un canton. Ils ne voient l’Irak qu’un et indivisible. Comme le reste des Irakiens. … …
A l’embargo et aux guerres va succéder la résistance. Les Américains se trompent d’époque ; En voulant faire de l’Irak le nouveau Japon du monde arabe, ils risquent d’en faire une combinaison hybride de Mogadiscio, Beyrouth et Kaboul. … … »

Paris désapprouve la libéralisation du commerce en Afrique (rubrique "confidentiel")

« Tout en défendant le principe que le commerce peut promouvoir le développement, le Ministre français du
commerce extérieur , François Loos, a déclaré à Accra, mi-avril, qu’il était illusoire de croire que la libéralisation, telle qu’elle est conçue actuellement, puisse contribuer effectivement à la croissance en Afrique.
Loos partage l’avis de la BAD : si la réduction de moitié des tarifs douaniers bénéficiera à l’ensemble des pays en voie de développement à hauteur de 200 milliards de dollars en 2015, elle ne le fera qu’à hauteur de 2,5 milliards pour l’Afrique.
"Il est temps pour nous, pays industrialisés, de considérer, ensemble avec les pays africains, des méthodes pour adapter notre législation aux caractéristiques des économies africaines". Il a ajouté que l’OMC ne permettait pas, en l’état actuel, de faire, entre les pays en voie de développement, une distinction en fonction de leur niveau de richesse ; ce qui, à son avis, serait désormais indispensable. »

Irak, la colère et l’inquiétude des peuples africains

Les opinions africaines, dans une unanimité qui a traversé le continent, ont exprimé, souvent avec violence, à travers la presse et les manifestations publiques, leur rejet d’une guerre ressentie comme "coloniale, impérialiste et rétrograde" et la crainte d’un avenir livré à la seule loi du plus fort.

« Comment et pourquoi les Etats Unis en sont arrivés à ne privilégier que le seul droit de la force brutale dans les relations internationales, eux qui se réclament héritiers des fondateurs de la démocratie moderne ? » (Mamadou Dia, dans "Wal Fadjiri" / Sénégal) – « Désarmer Saddam, absolument, l’évincer du pouvoir, d’accord. Mais éliminer d’innocents civils à cause de lui, non » ("Les Echos du Jour" / Benin) – « La famille Bush se croit investie d’une mission divine, celle d’installer son ordre dans le monde entier. Après tout, le "bushisme" c’est du terrorisme rébarbatif, barbare, cynique » ("Le Potentiel" / Congo) – « Force est de reconnaître que la vision de la démocratie du pays de l’oncle Sam s’apparente à une dictature et pourrait ruiner la stabilité globale du monde » (L’Indépendant / Burkina Faso) – « L’ONU n’existe plus, le monde est une mêlée, vous pouvez désormais attaquer n’importe quel pays puisque le signal en a été donné par les Etats Unis » (Le Messager / Cameroun) - etc…

R U S S I E

LES IZVESTIA (Russie – 21 mai)

La patrie appelle (extrait / résumé - Maxime Sokolov)

« Le Président de la Fédération de Russie, dans son dernier message, critique la législation sur l’immigration. … … "Il nous faut une politique efficace de l’immigration, utile pour la nation et convenable pour les gens" … … Toute nation en décroissance démographique a besoin d’une politique efficace d’immigration, permettant de compenser les pertes démographiques naturelles.
La Russie se trouve dans une situation plus avantageuse que l’Europe occidentale … … la Russie a la possibilité de se développer en faisant appel à une population culturellement proche : La diaspora russe dans la CEI, qui est très importante. »
L’auteur souligne ensuite les difficultés à légiférer : Peut-on accepter l’immigration de tout citoyen de l’ex URSS ? Mais il s’y trouve beaucoup de non-Russes. Comment concilier besoins réels de main d’œuvre et immigration ? Peut-on définir un "Foyer National Russe" à l’image de ce qui a été fait en Allemagne et en Israël ?

Gouvernement mondial (extrait - Fedor Bourdatski, Pdt du Conseil scientifique de politologie de l’Académie des Sciences)

« Récemment, un groupe d’émigrés russes, parmi lesquels certains font autorité parmi les ex-défenseurs des droits de l’homme, s’est adressé au Président des Etats Unis, pour lui proposer de considérer la Russie comme un Etat totalitaire, comparable à l’Irak, qui devrait faire l’objet d’une pression par la force de la part de l’Amérique.

Ainsi l’Amérique est considérée comme une sorte de gouvernement mondial ayant plein pouvoir pour maintenir un ordre démocratique sur toute la terre.
En cela, on essaye de s’appuyer sur les idées d’André Dimitrovitch Sakharov, qui a effectivement écrit, en son temps, que pour éviter une catastrophe nucléaire il était indispensable d’établir un gouvernement mondial.
Toutefois ce que proposait André Dimitrovitch à titre d’hypothèse est aussi différent, de la proposition de ses soi-disant successeurs, que le ciel est différent de la terre. »

Sakharov, que Fedor Bourdatski a bien connu, a rédigé un projet de Constitution des Etats Unis d’Eurasie, qui écartait toute idée de domination exclusive d’une seule nation.


AMERIQUE LATINE


La presse d’Amérique latine a suivi de très près "l’avant" élections espagnoles mais le compte rendu lapidaire de CLARIN, de leurs résultats, est représentatif des articles qu’elle y a généralement consacré.

CLARIN (quotidien argentin)

Elections régionales et municipales en Espagne du 25 mai (extraits)

« Les socialistes (PSOE) gagnent les élections avec une faible marge sur le parti d’Aznar. Ils obtiennent 34,7 % des suffrages, battant le parti populaire (PP) qui en obtient 33,8 %. Les socialistes déclarent être redevenus la force la plus importante, ce qui n’était pas arrivé depuis 1993.
Néanmoins Jose Maria Aznar maintient intact le pouvoir de son parti malgré des pronostics défavorables : la crise provoquée par la pollution du Prestige et son appui aux Etats Unis pendant la guerre contre l’Irak, qui a été fortement contesté par une grande majorité des Espagnols. … …

Le jeune Secrétaire général du parti socialiste, JL Zapatero, souligne que la victoire de son parti est de bonne augure pour les élections générales de mars 2004.
Pour Maria Jose Aznar, c’est un grand triomphe de son parti qui se maintient après toutes les critiques de sa politique concernant l’IRAK. »

ETATS UNIS


NEWSWEEK (Etats Unis – 5 mai)

Quand des mondes se heurtent (S. Mcguire & G. Brownell)

« La vieille Europe versus la nouvelle Europe ? En Pologne la "GEN E" (génération Europe) ne voit pas les choses de cette façon. Chicago est peut-être la deuxième ville polonaise après Varsovie mais quand les étudiants discutent à Varsovie ils préfèrent tous vivre en Europe plutôt qu’aux Etats Unis.
Dans les pays d’Europe Centrale le choix est le même ; Ils préfèrent l’Europe à 70 % (41 % il y a un an). Mais les jeunes devront voter au référendum pour ou contre l’Europe et l’exemple de la Hongrie est décevant : 46 % des inscrits ont voté… et il y aura bien d’autres occasions de voter. »

NEWSWEEK (Etats Unis – 12 mai)

La dernière partie d’Arafat (Dan Ephron)

« Son quartier général en ruine à Ramallah symbolise l’érosion de son pouvoir. Colin Powell a prévenu les Européens (les médiateurs actuels) que si Arafat ne s’entend pas avec le nouveau Premier Ministre c’est la fin des relations avec les Etats Unis. Ariel Sharon espère le mettre hors de combat grâce à mille vexations. Exemple : Ignorer les dignitaires étrangers qui ont des contacts avec lui. Le plan ("roadmap") du quartet (Etats Unis, UE, ONU et Russie) a été remis à Abu Mazen, pas à Arafat. Celui-ci a survécu miraculeusement depuis des décades et il a mis la Palestine à l’ordre du jour de l’Histoire, mais il n’a pas apporté la paix et c’est ce que veulent les majorités des deux côtés.»

INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE ( 31 mai)

Le nationalisme de l’Europe (William Pfaff)

Le journaliste estime que Bush "est en train de subir un cours très accéléré sur le thème du nationalisme dans le cas de l’Europe"
« L’Administration Bush dit qu’elle veut avoir des représentants des Etats Unis à l’intérieur même des institutions européennes. (Qu’en serait-il d’une exigence de réciprocité dans les services de Donald Rumsfeld ?)
… … Cette Administration voit l’Union Européenne comme une menace potentielle et cherche à la diviser…mais à terme cette politique se heurtera au nationalisme … … Dans la seule semaine précédant la réunion du G-8, les Européens ont pris tranquillement les décisions suivantes :

Sept pays ont décidé l’achat de 180 Airbus destinés à un programme de transports militaires, le plus ambitieux projet militaire jamais entrepris par l’Europe.

Les quinze pays membres de l’Agence Spatiale Européenne se sont mis d’accord pour lancer le système Galileo, rival du GPS contrôlé par le Pentagone. Washington s’est toujours violemment opposé à ce projet.

La même Agence Spatiale a décidé d’accorder un crédit de 2 milliards d’Euros pour soutenir le programme du lanceur Ariane, jusqu’à tout récemment le leader mondial sur le marché de l’espace.


Tout cela ne convient pas aux Etats Unis … mais constitue une démonstration d’un nationalisme européen, prêt à veiller et à défendre ses propres intérêts. … …Ces décisions n’ont pas été contrariées par les colères du Ministre de la Défense ni par crainte de ne pas être invité pour un barbecue au Crawford ranch. »

DAILY TELEGRAPH / HERALD TRIBUNE ( Etats Unis – 31 mai - résumé)

L’inquiétant Iran

Ces deux quotidiens publient, à la date du 31 mai, des articles faisant état d’inquiétudes croissantes sur des infiltrations d’Iraniens venant prêcher les doctrines d’un Islam fondamentaliste auprès de la majorité chiite irakienne. L’Administration américaine serait également très agacée par de nombreux rapports selon lesquels des dirigeants d’Al Qaïda, "détenus" en Iran, seraient en réalité tout à fait libres de communiquer avec leurs collègues et disciples.
Enfin des inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique auraient été très choqués, lors d’un tout récent voyage, par l’importance des installations iraniennes destinées à l’enrichissement de l’uranium.

Ce sujet est également traité dans un article du NEW YORK TIME du 1er juin, qui souligne en outre des divergences de vues, au sein de l’équipe Bush, sur la politique à suivre à l’égard de l’Iran.

L’article du mois …


ITURI : CHRONIQUE D’UN GENOCIDE ANNONCE


Au nord-est de la République Démocratique du Congo, dans la Province orientale de cet immense pays de 2 345 000 km2, L’ITURI est le carrefour d’une mosaïque de populations soudanaises, nilotiques, bantoues, pygmées, … qui coexistaient autrefois en bonne intelligence dans un système sophistiqué d’échanges commerciaux et de relations culturelles. Cette région, qui abrite l’une des dernières forêts primaires de l’Afrique, connaît depuis plusieurs mois des conflits sanglants impliquant en particulier les milices Hema et Lendu, instrumentalisées par des bandes "incontrôlées" de soldats et d’officiers du Rwanda et d’Ouganda et des factions armées congolaises en rupture avec le gouvernement de Kinshasa.

HERALD TRIBUNE ( 17-18 mai)

L’Afrique est au bord d’un autre génocide (Gareth Evans – Président de "l’International Crisis Group")

« Après que 800 000 hommes, femmes et enfants aient été massacrés au Rwanda, il y a neuf ans, tout le monde avait dit "plus jamais".
Mais à moins que le Conseil de Sécurité des Nations Unies bouge rapidement et efficacement, un autre génocide africain semble tristement imminent.
*
L’endroit cette fois est le petit, et riche en minerai, ITURI, province du Nord Est de la République Démocratique du Congo où vivent, mélangés, cinq millions d’Hema et de Lendu – noms qui peuvent bientôt devenir aussi indélébiles dans notre conscience collective que "Tutsi" et "Hutu".

La guerre au Congo a déjà causé la mort de trois millions de personnes. Dans l’ITURI seule, 50 000 personnes ont été tuées et 200 000 déplacées depuis 1999. Alarmant, le pire semble probable à moins que des troupes étrangères soient envoyées immédiatement.

La crise de l’ITURI a ses racines dans l’histoire coloniale, avec une minorité Hema jouissant d’importants privilèges et d’une meilleure éducation que la majorité Lendu.
Après l’effondrement de l’autorité de l’Etat en 1998, des Hema prirent le leadership du contrôle du territoire et la clé des mines d’or, enrôlant en soutien des officiers de l’armée ougandaise.
Les milices Lendu usèrent de représailles et ce fut le début d’une spirale ascendante de la violence.

Depuis la fin d’avril (2003), les forces ougandaises ont finalement été retirées du Congo, conformément à l’important accord Congolais de Paris, signé fin septembre (2002). Mais dans les tous derniers jours de ce mois, un groupe Hama, revenu par le Rwanda, pris la capitale de la Province, Bunia, et mis l’ethnie Lendu en fuite.

La mission de l’ONU au Congo, connue sous le nom de MONUC, était supposée pallier à l’insécurité consécutive au départ des forces ougandaises, mais, les 712 soldats qu’elle comptait à Bunia furent dans l’impossibilité d’arrêter le combat. Handicapée par les retards du Conseil de Sécurité pour déployer des troupes, elle a complètement échoué dans l’exercice de son autorité.

Quant au Rwanda, il semble qu’il ait été seulement bien trop enclin à humilier la mission de l’ONU et à torpiller le gouvernement de transition, à peine formé à Kinshasa.

La responsabilité de cette dérive et de cette impuissance est partagée. Les Britanniques, tout en restant déterminés à frapper ensemble les dirigeants de l’Ouganda et du Rwanda, continuent à les faire bénéficier d’une aide inconditionnelle et généreuse – une politique mûre pour être reconsidérée. C’est condamnable que l’Ouganda et le Rwanda, dont "la guerre par procuration" a déjà causé beaucoup de misère au Congo, ne soient pas soumis à une véritable pression pour rester en dehors de l’ITURI.

Les efforts de l’ONU ont été empêtrés par les Etats Unis qui répugnent à autoriser, ou à fournir, les ressources nécessaires.
En décembre (2002), l’Administration Bush a finalement accordé son soutien à une résolution fournissant un surplus de 3 000 hommes pour renforcer les 2 700 déjà en place, mais en insistant pour que le nouvel effectif à déployer soit partagé entre plusieurs pays. Cela veut dire que les meilleurs soldats du Bengladesh arriveront à Bunia au mieux en octobre (2003), à un moment où sans doute des dizaines de milliers de personnes seront déjà mortes.
Rien ne bouge beaucoup ces jours sans le soutien de Washington, et, si l’Administration Bush ne change pas
d’attitude sur cette crise, elle courra le risque d’être perçue comme aussi indifférente que le fut l’Administration Clinton pour le Rwanda.

La France a indiqué qu’elle était disposée à envoyer des troupes si d’autres se joignaient à elle. C’est vraiment bienvenu, mais cette opération devra être opérationnelle dans des jours ou des semaines, pas des mois, et engager un nombre d’hommes et des moyens adaptés à la situation – pour le moins, une brigade comptant autour de 3 000 hommes est nécessaire.

Les cloches de l’alerte ont sonné au sujet de l’ITURI et personne ne peut dire qu’elles n’étaient pas audibles.
L’indignation du public n’est pas suffisante. Le monde doit prouver qu’il peut faire mieux quand l’immobilisme et le temps peuvent permettre un autre génocide.»


Odile Boulloche – Bernard Chadenet – Claude Gaboreau – Guy Girod Genet – Michel Kavyrchine - Henri Moullier – Marion Ordonneau – Yves Stalla-Bourdillon – François Treilhou – André Troesch