OBSERVATOIRE DES MEDIAS ETRANGERS
Mars 2003


UN GROUPE DE 10 MEMBRES D’ARRI SE PARTAGE LA LECTURE DE GRANDS JOURNAUX ET PERIODIQUES ETRANGERS (NEWSWEEK, THE ECONOMIST, LES IZVSTIA, DIE WELT, CORRIERE DELLA SERRA, EL PAIS, AFRICA INTERNATIONAL …ET D’AUTRES SUIVANT L’ACTUALITE) POUR DEGAGER UN PANORAMA MENSUEL DES ARTICLES DONNANT UNE IMPRESSION DE L’OPINION ETRANGERE SUR LES REALITES INTERNATIONALES. IL NE S’AGIT QUE DE TRADUCTIONS, SANS PRISE DE POSITION NI INTERPRETATION.

LES PRINCIPAUX SUJETS RETENUS CE MOIS DE MARS,


DEUX VISIONS AMERICAINES DU DEVENIR DE L’UNION EUROPEENNE ET DES ETATS UNIS (THE ECONOMIST)
LES VAGUES DU CONFLIT AMERICANO – IRAKIEN (NEZAVISSIMAIA GAZETA , AFRIQUE ASIE, NEWSWEEK)
AMERIQUE : DEGATS COLLATERAUX POLITIQUES DU CONFLIT IRAKIEN ( NEWSWEEK, HERALD TRIBUNE, LA VANGUARDIA)
RECONSTRUCTION DE L’IRAK : L’ONU ENTRE L’AMERIQUE ET L’EUROPE (SUEDDEUTSCHE ZEITUNG, DIE WELT)
LE PIEGE DE LA PENINSULE COREENNE (ABC)


LES BREVES (EL MUNDO, NEWSWEEK, A B C, DER SPIEGEL, LES IZVESTIA)

Et "LA GESTION DE L’EAU : ENJEU DE GUERRES OU OUTIL DE COOPERATION ?" (DIARO EL CORREO, AFRIQUE ASIE)


DEUX VISIONS AMERICAINES DU DEVENIR DES ETATS UNIS ET DE L’UNION EUROPEENNE

THE ECONOMIST (22 mars)

Visions américaines du devenir des Etats Unis et de l’Union Européenne à travers deux publications analysées par THE ECONOMIST :"AMERICA AND EUROPE IN THE NEW WORLD ORDER" de Robert Kagan et "THE END OF THE AMERICAN AERA" de C. A. Kupchan.

R. Kagan est un neo-conservateur proche de G. W. Bush. Certains éléments de ses thèses sont partagés par C. A. Kupchan, un intellectuel centriste qui travailla sur l’Europe dans l’Administration Clinton. Ce dernier constate aussi un écart croissant entre l’Amérique et l’Europe, mais plus spontané que par dessein.

R. Kagan estime que la communauté de valeurs et d’intérêts qui liait l’ensemble de l’Occident n’est plus qu’une illusion; Sur toutes les questions importantes, les Américains viennent de Mars et les Européens de Vénus. Ils s’accordent sur peu et se comprennent de moins en moins.
La fissure fondamentale concerne la puissance : les Américains croient que l’ordre mondial ultime sera basé sur la puissance militaire. La vision des européens est fondée sur un ordre mondial ultime qui sera construit sur la base de lois internationales et d’institutions multilatérales.
Les Européens ne comprennent pas l’utilité de la puissance brute, pour deux raisons selon R. Kagan :
La première, est qu’ils sont faibles et, ayant peu d’armée, ils sont enclins à exiger un système international fondé sur la loi. La seconde, est qu’ayant institué une paix perpétuelle sur leur continent, grâce à l’Union Européenne, ils veulent imposer un système équivalent dans le monde entier grâce à des règles internationales.
Ce qui sépare les deux auteurs porte sur le sérieux avec lequel il faut considérer le défi de l’Europe.

R. Kagan estime que l’insignifiance de ses budgets de défense, la lenteur de sa croissance économique et le vieillissement de ses populations, ne lui permettent pas de concurrencer l’Amérique.

C. Kupchan croit que le "processus révolutionnaire d’intégration politique et économique" en Europe signifie que la prépondérance américaine et la stabilité qu’elle engendrait commencent à se fissurer.

En conclusion,

R. Kagan, estimant que l’Europe n’est pas en mesure de contraindre l’Amérique, celle-ci doit faire ce que bon lui semble pour assurer sa sécurité et celle du monde. Il demande cependant que l’Amérique accorde plus d’attention aux sensibilités des autres … expression de bonnes manières formelles plutôt que de respect de leur culture.

C. A. Kupchan, parce qu’il estime que la puissance unipolaire de l’Amérique commence à s’estomper, presse qu’elle s’engage beaucoup plus dans des institutions multilatérales telle l’ONU.


LES VAGUES DU CONFLIT AMERICANO – IRAKIEN

NEZAVISSIMAIA GAZETA (21 mars)

L’infanterie de marine russe prête à débarquer en Irak ? (Vladimir Mukhin)

« … … Personne ne met en doute que, en plus des problèmes politiques liés à l’élimination de Hussein, Washington pose la question du contrôle des principaux Etats producteurs de pétrole, y compris ceux dans lesquels travaillent des compagnies russes … … Et que ferait Moscou, dans le cas de la réalisation d’un "scénario pétrolier" qui serait pessimiste pour elle ?
En premier lieu il n’est pas exclu que le Kremlin ait déjà mené des entretiens diplomatiques, avec Washington, sur la restructuration de l’Irak après la guerre et sur la prise en compte des intérêts russes.
En second lieu, il n’est pas exclu non plus qu’il existe déjà des accords secrets russo-américains sur la présence de navires russes dans la zone du conflit et sur la possibilité d’une occupation militaire russe.
… … Les experts militaires n’écartent pas que, au cas où la participation de la Fédération de Russie à l’occupation serait décidée, les troupes russes puissent parvenir à Bagdad par la Syrie ou l’Iran. »

AFRIQUE ASIE (octobre)

L’Arabie Saoudite, un royaume éclaté ? (Résumé d’après Subhi Hadidi)

En déclarant "N’est-il pas plus opportun de faire ces réformes dès maintenant, avant que je sois contraint de les faire plus tard ?", le prince héritier Abdallah Bin Abdelaziz, actuel détenteur du pouvoir, a montré qu’il était convaincu de la nécessité de procéder à des réformes.

De source américaine, une réunion, élargie à tous les Emirs, s’est tenue en fin d’année 2002. Elle s’était terminée sur trois constats :
« La réforme n’est plus une simple option. Elle est désormais une obligation, une nécessité vitale.

Pour que cette réforme soit possible il faut demander aux Etats Unis qu’ils retirent leurs forces armées de la péninsule, seule mesure susceptible d’affaiblir les fondamentalistes islamiques en cas de tenue d’élections, à quelque échelon que ce soit.

Il ne faut pas que ces réformes apparaissent comme la réponse à une pression des Etats Unis ou comme une anticipation des conséquences de leur invasion de l’Irak, dont l’un des objectifs avoués serait de changer les régimes arabes pas plus démocratiques que celui de Saddam Hussein. »

Afrique Asie cite aussi une enquête du New York Time qui établit que ces conclusions ont reçu l’adhésion franche des princes de 50 à 60 ans et suscité une opposition déterminée des plus âgés, comme les princes Nayef, Ministre de l’Intérieur et Sultan, Ministre de la Défense.
Le soutien actif du prince héritier à ces conclusions donnerait un grand poids à ses initiatives.

NEWSWEEK (17 mars)

Est-ce le nouvel ordre mondial ? (S. Mc Guire et M. Meyer)

George W. Bush veut-il dépasser son père ? "Le nouvel ordre mondial" est la phrase que Bush père avait prononcé sur CNN avant la première guerre d’Irak, en 1990. Mais George W. semble vouloir défaire cet ordre. L’alliance occidentale se délite ainsi que l’ONU et l’Europe. Le monde dans sa presque totalité déteste l’Amérique qui fait une guerre contestable au Moyen Orient alors qu’elle néglige une crise nucléaire en Asie. Et le prix du pétrole est proche de son record historique.
Tony Blair est au centre de tous ces maux. A cinquante ans, cet homme qui aime tendrement le multilatéralisme a cru pouvoir sauver la situation en faisant appel à l’ONU. Mais il semble que cet argument aussi sera une victime de la guerre.

AMERIQUE : DEGATS COLLATERAUX POLITIQUES DU CONFLIT IRAKIEN


HERALD TRIBUNE (13 mars)

Le Hérald Tribune publie journellement des articles, qui expriment des opinions diamétralement opposées, sur la politique de Bush à l’égard de l’Irak. Des journalistes aussi renommés que Thomas L. Friedman et William Pfaff sont parmi les plus sévères pour les objectifs et surtout pour les méthodes de l’équipe en place. Quant aux critiques sur la position française, elles sont quasiment consensuelles …


Le véritable enjeu, c’est celui de la puissance américaine (résumé - W.Pfaff)

Le journaliste accuse le Président d’avoir provoqué une énorme controverse internationale et de croire que celle-ci est due à sa politique sur l’Irak, alors, qu’en dehors de lui, tout le monde sait que cette controverse concerne l’administration Bush elle-même et, au delà, l’avenir de la place des Etats Unis dans le système international.
Dans l’affaire de l’Irak, l’administration Bush a réussi à miner sinon à détruire la capacité qu’avait les Etats Unis d’exercer d’une manière positive et responsable un rôle international dominant. Ainsi, le rôle des Nations Unies apparaît désormais comme beaucoup plus important. Peut être cela sera-t-il finalement un plus sur le plan mondial et pour les Etats Unis eux-mêmes.
« Je ne suis pas convaincu que les valeurs de la République Américaine pourraient survivre à la détention d’un pouvoir mondial absolu.»

HERALD TRIBUNE (25 mars)

Diplomatie sabotée Colin Powel n’a pas réussi, il devrait partir (extrait - Bill Keller)

« Même si vous estimez cette guerre justifiée, la route qui nous y a mené représente de la part de l’Amérique une exhibition d’opportunisme et d’arrogance, de dissimulation et de contradictions. L’Administration a négligé d’autres crises meurtrières, elle s’est aliénée les alliés dont elle a absolument besoin et a abandonné des amis dont les valeurs sont celles que l’Amérique déclare vouloir exporter. … … Les diplomates, le monde des affaires et la majeure partie du Département d’Etat considérait Colin Powel comme un adulte isolé dans un gouvernement dominé par des adolescents névrosés souffrants d’une vision très personnelle du reste du monde. »
Le journaliste poursuit en rappelant ce que Powel, par ses talents, a réussi à faire avant et au début de la crise mais il souligne que son action a toujours été regardée avec suspicion par le reste de l’équipe. « avec un autre Président, Powel pourrait être un excellent Secrétaire d’Etat. Pas avec celui-là. »

NEWSWEEK (24 mars)

L’empire arrogant (extrait - Fareed Zakaria)

En 15 pages et 4 chapitres le journaliste retrace le cheminement de cette arrogance et ses remèdes :
I Le pouvoir sans précédent de l’Amérique fait peur et le gouvernement de George W. Bush a empiré la situation.
II Quand F. D. Roosevelt et H. Truman ont été les maîtres du monde c’était l’âge de la générosité. Ils n’ont pas choisi de créer un empire américain mais de construire un monde d’alliances et d’institutions multilatérales.
III Le tort de G. W. Bush : en diplomatie le style est souvent l’essentiel. Quand Clinton a utilisé la force en Bosnie, à Haïti et au Kosovo, son gouvernement n’a effarouché personne alors que George W. Bush, dès la première année de son élection, s’est désengagé de cinq traités internationaux.
IV Le vieil ordre du monde a changé. Si les anciennes institutions du monde sont amoindries, qu’est-ce qui les remplacera ? La réponse de George W. est simple : à chaque situation nouvelle l’Amérique choisira ses alliés . Ce n’est pas une stratégie à long terme. C’est une attitude humiliante.

L’Amérique réclame la démocratie, eh bien, en Turquie, elle l’a.
Beau résultat : l’Amérique doit apprendre à exercer son pouvoir grâce à un consensus et non par la force, par l’argent ou par l’alliance avec des dictateurs.

LA VANGUARDIA (10 mars)

En France : la guerre (Baltasar Porcel)

« Qu’imaginent les Etats Unis, ou que craignent-ils, qui les a fait s’engager dans cette escalade impériale pharaonique ? Vu de France, il est clair que ceux qui gouvernent là-bas ne comprennent pas le monde existant … d’abord ils croient que partout s’est déchaîné une formidable vague d’anti-américanisme. Ce qui est faux : Les Américains eux-mêmes en font la démonstration, la moitié d’entre eux étant contre la guerre et presque autant désapprouvant Bush, pour qui encore moins ont voté. Tout le monde fut, en Europe et ailleurs, commotionné par le 11 septembre et personne n’est avec Saddam Hussein, ce sanguinaire. Mais les Bush fils, frère et père, la crispée Rice, le grossier Rumsfeld, les prédateurs pétroliers texans, le moins insensé Powel, sont arrivés à ce que la moitié de l’Amérique et presque toute l’Europe, oublient les attentats contre les Twins Towels et considèrent les Etats Unis, si splendides sous tant d’aspects, comme le pays le plus détestable du monde. Hallucinant.

La force la plus brutale est, de plus, déjà à l’origine du problème de l’Irak, des arabes, de l’islamisme : ce fut la constitution de l’Etat d’Israël … personne n’ignore les grandes vertus israéliennes, mais sont plus nombreux ceux qui rejettent son mépris pour les résolutions de l’Organisation des Nations Unies et son usage lamentable de la force. … … L’Europe avait besoin d’une secousse pour prendre conscience d’elle-même … si les Britanniques arrivaient à ce que Blair prenne ses distances vis à vis de Bush, l’Union Européenne aurait atteint sa majorité.»

RECONSTRUCTION DE L’IRAK : L’ONU ENTRE L’EUROPE ET L’AMERIQUE


SUEDDEUTSCHE ZEITUNG (25 mars)

La reconstruction pourrait aider à guérir les déchirures de l’Union Européenne (résumé - G.Luciani de l’université de Florence et F.Neugart du Ctre de Recherche appliquée de Munich, pour la Fondation Bertelsmann)

LA RECONSTRUCTION POURRAIT AIDER A GUERIR LES DECHIRURES DE L’UNION EUROPEENNE
A l’issue de la guerre du Golf, un détachement multinational de paix devrait stationner en Irak pour mettre en place des structures civiles et assurer une répartition juste des profits des affaires du Pétrole. « Un plan cohérent et obligatoire pour la reconstruction de l’Irak, selon les principes de l’Union Européenne, pourrait d’une part, guérir les déchirures dans l’U.E et d’autre part, contribuer à entretenir la culture multilatérale dans la politique globale » déclare le chef du projet, Josef Janning.

AUTORITE INTERNATIONALE
« A bref délai, l’urgence sera pour l’U.E d’empêcher une catastrophe humanitaire, de désarmer le régime et de s’engager à faire stationner une force multinationale sous le contrôle de l’ONU.
Dans une phase intermédiaire une Autorité Internationale, mise en place le plus rapidement possible, surveillerait le nouveau gouvernement provisoire et organiserait la convocation d’une assemblée constituante. »
Les auteurs de cette étude sont particulièrement attentifs à la répartition des recettes de la vente du prix du pétrole. Il faudrait en particulier éviter, qu’avec l’aide des profits du pétrole, un nouveau régime autoritaire ne soit établi. La communauté internationale devra se préoccuper de la répartition équitable des recettes entre toutes les régions et les groupes ethniques.

STRUCTURES FEDERALES
Pour décentraliser la puissance politique du pays, l’Irak devrait être structuré de façon fédérale avec plusieurs régions autonomes, comme par exemple, dans le nord de l’Irak, la région Kurde dont l’autonomie est déjà largement avancée.
La stabilité de la région et d’indispensables relations économiques nécessitent une coopération de l’Irak avec des Etats limitrophes. Son établissement implique que l’Union Européenne soit partie prenante dans une solution du conflit entre Israël et la Palestine.

DIE WELT (27 mars)

Pétrole pour la reconstruction Qui aura la parole ? l’ONU ou les Etats Unis ? (résumé)

« … … Sur une reconstruction de l’Irak, ni l’ONU, ni les gouvernements séparément ne veulent encore s’exprimer. Deux tendances se dégagent toutefois : les coûts seront en grande partie couverts par la vente du pétrole et sur la question de l’autorité appropriée transitoire, les gouvernements s’associeront aussi différemment que lors de leurs débats sur la guerre ou sur les inspections.
… … De l’approvisionnement immédiate de la population à la reconstruction, il n’y a en pratique qu’un pas, mais il existe en réalité un fossé profond. L’Administration de l’ONU ne semble pas vouloir actuellement planifier un engagement de reconstruction concret : le secrétaire général de l’ONU tient la guerre contraire au droit international et évite toute apparence qui impliquerait politiquement les Nations Unies.
… … Selon les Etats européens, l’ONU devrait après la guerre, comme au Kosovo, prendre le pouvoir en Irak. Ceci a été décidé par les chefs d’Etats et de gouvernements, dont Tony Blair qui espère atténuer un peu les critiques de son opinion publique, lors de la récente réunion au sommet de l’Union Européenne.
La plupart des autres Européens tiennent à l’autorité de l’ONU pour, "après la marche solitaire des Etats Unis, remettre aussi vite que possible les structures multilatérales au centre des événements", comme on le dit au Ministère des Affaires Extérieures à Berlin.»

L’AMERIQUE LATINE ET LA GUERRE AMERICANO – IRAKIENNE


CLARIN (Argentine) – EPOCA (Brésil) – EL MERCURIO (Chili) – MILENIO (Mexique) - …
L’Amérique latine est en majorité contre la guerre en Irak malgré les fortes pressions exercées par les Etats Unis .
Cinq pays seulement y ont été sensibles et soutiennent la coalition : Colombie, Costa Rica, République Dominicaine, Nicaragua et El Salvador.


CLARIN
« Le gouvernement Argentin déclare qu’il continuera à lutter pour la paix et qu’il est disposé à envoyer une aide humanitaire en Irak si les Nations Unies le demandent »

EPOCA
« Le Président Luiz Inacio Lula da Silva réitère l’opposition du Brésil à la guerre en déclarant : Le gouvernement brésilien regrette profondément le début des opérations militaires en territoire irakien et que l’on n’ait pas poursuivi la recherche d’une solution pacifique pour le désarmement de l’Irak, comme le préconisait le Conseil de Sécurité, de nombreux chefs d’Etats et de Parlements, la société civile de tous les continents. »

EL MERCURIO
« Dès les premiers bombardements sur Bagdad, le Président Ricardo Lagos a envoyé un message à ceux qui souffrent des bombardements et aussi à ceux qui croient que cela est juste. Le Chili a toujours estimé qu’il y avait un espace pour la paix et que pour cela il a fait des efforts courageux. Maintenant que se manifeste la force, nous demandons qu’elle soit brève et qu’il n’y ait pas beaucoup de victimes innocentes. »

MILENIO
« Le président de la République, Vicente Fox, a regretté aujourd’hui les possibles pertes en vies humaines et les conséquences négatives de la guerre des Etats Unis contre l’Irak. Le défi de la communauté internationale est d’apporter une aide humanitaire aux victimes. »

LE PIEGE DE LA PENINSULE COREENNE

A B C (10 mars)

Le piège des négociations entre les Etats Unis et la Corée du Nord (résumé - Henri A. Kissinger)

Le régime de Corée du Nord a informé le sous secrétaire d’Etat américain de la construction d’une usine d’uranium enrichi, de la réouverture d’une installation de récupération de plutonium et de sa dénonciation du traité de non prolifération ainsi que de l’expulsion des inspecteurs de l’AIEA.

« … … La majorité des Sud Coréens ne donne guère de priorité à la dénucléarisation de la péninsule ; Les groupes gauchistes accusent les Etats Unis d’être la source des tensions, les pacifistes justifient le programme comme une réponse à la menace américaine et les nationalistes y voient une affirmation de la dignité coréenne. Le nouveau gouvernement ne se considère pas comme un allié mais plutôt comme un intermédiaire entre la Corée du Nord et les Etats Unis qu’ils incitent à négocier une solution pacifique … mais pour les Etats Unis, et espérons le pour beaucoup d’autres nations en Asie, la non-prolifération est une affaire vitale. … …
Une stratégie serait de tenter d’arrêter le jeu nucléaire de la Corée du Nord, avec une perspective multilatérale, en abordant la question de la sécurité dans la péninsule dans son ensemble, ce qui permettrait de traiter en même temps les objectifs de toutes les parties. Le rôle de la Chine serait crucial. … …
Une manière d’atteindre cet objectif sera de réunir Chine, Russie, Japon, les deux Corée et les Etats Unis en une conférence sur l’avenir de la sécurité dans la péninsule coréenne … … Dans un tel contexte tous les participants pourraient renoncer à la force pour changer les frontières Nord Coréennes, mettre en place les conditions de l’intégration de la Corée du Nord dans l’économie mondiale, tout en laissant à la négociation entre les deux Corée la voie de leur réunification.

Le temps qui passe est de la plus haute importance, parce que rapidement la production de plutonium en Corée du Nord atteindra un niveau qui dépassera la capacité de contrôle du système international par des moyens autres que militaires. »

 

BREVES BREVES BREVES BREVES BREVES BREVES BREVES BREVES

EL MUNDO (24 mars)

Pedro Almodovar dédie son Oscar à ceux dont les voix s’élèvent en faveur de la paix

« … … Mais je veux aussi dédier cette récompense à toutes les personnes qui se sont prononcées en faveur de la paix, du respect des droits humains, de la démocratie et de la légalité internationale : qualités essentielles à la vie.»

Dans la conférence de presse qui a suivi il a manifesté sa honte face au conflit et concernant Jose Maria Aznar,il lui a rappelé que " 90 % des Espagnols sont contre le soutien du gouvernement au Président Bush."

NEWSWEEK (17 mars)

Interview de J.M. Aznar (S. Mc Guire)

Pensez-vous que les risques sont plus grands aujourd’hui qu’en 1996 lors de votre élection ?
Oui, le 11 septembre l’a démontré ; je ne veux pas d’une menace terroriste
L’Europe voit-elle George W. Bush comme un super cow-boy ?
L’image compte. L’Europe a un complexe de supériorité intellectuelle. Elle dévalue les Présidents américains, surtout les républicains.
Vous avez dit préférer plus de Powel et moins de Rumsfeld. Qu’est-ce à dire ?
Si les Ministres de la Défense ont du travail, les diplomates en ont aussi.
Ne prenez-vous pas des risques politiques ?
Je pense que mon bilan, l’année prochaine, sera bien jugé.

A B C (25 mars)

Il n’y a pas eu de chasse aux sorcières (extraits)

« A peine quelques heures avant la remise des Oscars, l’équipe de Pedro Almodovar continuait à parler de "chasse aux sorcières" qui se produirait aux Etats Unis à l’encontre de ceux qui critiquent la guerre en Irak… or pendant qu’Almodovar et son entourage médisaient de "l’Empire", ils en recherchaient les faveurs et tandis que leur était décerné l’Oscar, les tomahawks bombardaient le centre de Bagdad. … … Si Almodovar pensait que les Etats Unis sont la patrie de la censure, de la désinformation, du contrôle idéologique, pourquoi a-t-il contribué à le renforcer en concourant de nouveau aux Oscar et dans un contexte de guerre, qui lui pèse tant moralement ? »

DER SPIEGEL (20 mars)

Gouvernements de tous pays, armez-vous ! (extraits)

Avec le non respect de la Charte de l’ONU, la violation du droit des peuples, les tergiversations sur les provocations de la Corée du Nord, … Du Maroc à l’Indonésie, l’invasion de l’Irak ne renforce pas les démocrates.

« … … Réarmement est le mot d’ordre de l’heure pour tous les gouvernements et les militaires qui ne veulent pas s’en remettre aux bonnes grâces de Washington. C’est la logique fatale de la conquête en cours de l’Irak. Ce n’est pas le fait que Saddam Hussein dispose d’armes de destruction massive qui a conduit à cette guerre. La vérité est exactement l’inverse. C’est précisément parce que le bourreau de Bagdad ne dispose pas encore de telles armes que l’armée des Etats Unis peut y pénétrer.
L’armée irakienne aurait-elle 2 ou 3 fusées à longue portée à tête nucléaire opérationnelle, la guerre
deviendrait un risque incalculable et Israël devrait craindre pour son existence.
La conclusion évidente, pour tout responsable gouvernemental ou militaire, en termes stratégiques est que seule la vieille logique perverse de la dissuasion offre une assurance durable. … …
Dès lors, les efforts de l’Iran pour s’équiper d’une installation d’enrichissement de l’uranium à usage militaire peuvent apparaître rationnels.
Les suppôts de Bush ne laissent planer aucun doute sur le fait que Téhéran est le prochain objectif, et ce, bien que la jeunesse et l’élite intellectuelle et économique y luttent depuis longtemps pour la démocratie plutôt que pour des campagnes "contre le grand Satan".
Cela ne s’arrêtera pas avec Téhéran. A Riyad ou à Damas la stratégie de la dissuasion est également en discussion dans les cercles gouvernementaux. De même en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé de la terre. … … »


NEWSWEEK (10 mars)

Le péché d’orgueil (Martin E. Mart

« "Dieu bénisse l’Amérique" a été dit par les chefs de l’exécutif depuis des décades . Nous, les historiens, cherchons dans quelle mesure la foi de George W. Bush a un sens. Nous nous interrogeons sur la violation de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le "parlé divin" de George W. pourrait allumer le monde musulman ; démoniser l’ennemi a souvent conduit à des abus. R. Niebuhr, le théologien le plus éminent de son temps (seconde moitié du XXème siècle) rappelle que Dieu est aux cieux et qu’il est un Dieu d’amour et de miséricorde. »

LES IZVESTIA (22 mars)

Les Tchétchènes veulent avoir le sentiment d’être des êtres humains (Vadim Retchkalov)

Au centre de Grozny, une affiche pour le "oui", et un peu plus loin un graffiti : "Le référendum est une tromperie. Le véritable référendum se déroule déjà depuis 400 ans avec les armes à la main."
Déclaration d’un policier local au service du gouvernement russe : … … " (Les Tchétchènes) veulent pouvoir circuler sans crainte dans la rue à toute heure de la journée. Nous ne pouvons pas leur donner une telle garantie … nous ne nous saisirons jamais de Basaev – c’est un personnage."

Il en sera comme il a été dit (Vadim Retchkalov)

Ce dimanche, il y a eu un référendum en Tchétchénie … en allant voter les gens risquaient leur vie … pourquoi les Tchétchènes y sont quand même allés ? "Je vote pour adhérer à la Russie" déclare Rozvan Kakharsaev, "je vois comment dans le monde on procède avec les nations indépendantes et troublées. Si la Tchétchénie ne revient pas vers la Russie, nous serons bombardés comme l’Irak."

NEWSWEEK (24 mars)

La façade trompeuse de la productivité (R. Samuelson)

« Il est tentant de penser qu’une productivité ascendante, + 4,8 % en 2002, va sauver l’économie. Mais cette vague ascendante comporte plus de mauvaises nouvelles (telles que des "dégraissages" massifs) que de bonnes. Même à l’époque de la grande dépression on enregistra des progrès de
productivité spectaculaires dus à une meilleure technologie, un meilleur management et de meilleurs travailleurs ; tout ceci sans apporter de remèdes à la triste condition de l’économie. La productivité, c’est une arithmétique. Elle peut exister si les heures de travail descendent et que la production stagne, mais quand les produits ne sont pas achetés les chiffres de la productivité se révèlent trompeurs, car c’est la santé générale de l’économie qui compte plus encore.
Le champion de la productivité a été le Japon. On connaît la suite. »


GESTION DE L’EAU : ENJEU DE GUERRES OU OUTIL DE COOPERATION ?


DIARO EL CORREO (24 mars)

Gestion de l’eau : efficacité contre équité (extraits - Leandro del Moral))

« Le rapport présenté par l’UNESCO au forum mondial de l’eau à Kyoto, a mis en évidence qu’à mi-siècle la pénurie de l’eau affecterait, dans le cas le plus favorable, 48 pays et 2 milliards de personnes et dans le pire des cas, 60 pays et 7 milliards de personnes, les principales causes de cette situation étant l’usage excessif de l’eau par l’agriculture, la croissance démographique, la pollution et le changement climatique, responsable à lui seul de 20 % de la pénurie. … …
Selon le même rapport, pour que l’eau potable arrive à l’ensemble de la population, il faudrait que les investissements annuels soient multipliés par 2,5. Or le secteur privé (entre les mains duquel ne sont que 5 % de l’approvisionnement mondial en eau) ne se décidera à augmenter ses investissements que si les gouvernements créent des conditions favorables, notamment en matière de prix de l’eau. … …
Un autre courant d’opinion souligne que le contrôle de l’eau sera un objectif des guerre de l’avenir.»

LE NOUVEL AFRIQUE ASIE (Mensuel diffusé en Afrique et au Maghreb – octobre)

L’eau en Afrique

« Il existe à travers le monde 261 bassins internationaux dont les fleuves traversent ou drainent les territoires de deux états et plus. L’Afrique en compte 60 qui représentent 62 % de la surface du continent. Certains cours d’eau traversent plus de 9 pays (Congo, Niger, Nil, Zambèze) et des bassins internationaux couvrent plus de 90 % de certains pays (Bénin, Botswana, Burkina Faso, Tchad). L’Afrique jouit également de près de 20 nappes souterraines, telle celle partagée par l’Egypte, la Libye, le Tchad et le Soudan.
Le partage de l’eau se pose ainsi à un niveau inter-états mais aussi entre secteurs économiques et catégories d’usagers, et acteurs publics et privés.»

L’eau sans guerres ? (extraits – Bastien Affeltranger, chercheur de l’université de Laval au Quebec)

« L’importance des cours d’eau en Afrique n’est pas récente. Ainsi, dès le IXème siècle, certains fleuves ont été des éléments décisifs dans l’émergence d’empires puissants en Afrique de l’Ouest (Ghana, Mali, Songhay). Cette compétition s’est poursuivie à l’époque coloniale pour le contrôle des voies de transport et des ports de commerce des deltas. Par exemple la colonisation allemande de la Namibie visait également l’accès au Zambèze. Sur ce même fleuve, ainsi que sur la rivière Cunene, l’Afrique du Sud et le Portugal, puissance coloniale au Mozambique et en Angola, avaient également conclu en 1969 un accord de développement de projets hydrauliques. … …
Dans les années 80, certains accords bilatéraux de partage de l’eau en Afrique australe ont également été conduits avec, en arrière plan, la menace militaire de l’Afrique du Sud comme outil de négociation.
… … L’accès à l’eau, considéré comme un droit fondamental, constitue aussi un indicateur populaire sanctionnant équité sociale et démocratisation. … … »

La participation des habitants, nouvel horizon politique ? (extrait – Bastien Affeltranger)

« Le rapport à l’eau participe de l’identité même des individus. A la diversité des usages de l’eau (quantité, qualité, saisonnalité, type d’approvisionnement) s’ajoutent les dimensions religieuses, émotionnelles et culturelles. … … La prise en compte de la dimension culturelle en particulier est essentielle. Ainsi par exemple, dans les communautés rurales Yoruba (Nigeria), certains groupes ont une perception particulière de ce que doit être une eau de bonne qualité et les savoirs locaux peuvent localiser des sources, ou proposer de nouveaux modes de consommation, compatibles avec les pratiques sociales existantes. D’autre part, la participation des acteurs doit permettre de déterminer les infrastructures nécessaires, les modes de tarification adaptés aux différents usagers et les stratégies d’information destinées à faire évoluer les modes de consommation. Il y a aussi sans doute à apprendre des stratégies alternatives de gestion de l’eau, développées à travers le temps, par les Berbères du Haut Atlas ou encore les Bédouins du Neguev, par exemple.
"La paix de l’eau" se construit sur le terrain, au niveau des communautés qui doivent partager la ressources. D’où la nécessité de dialogue d’une rive à l’autre de fleuves frontaliers, entre l’amont et l’aval, ou entre secteurs d’activité. Le rôle des Etats est aujourd’hui de rendre possible le dialogue entre gestionnaires et usagers, avec l’appui de la communauté internationale. »


Odile Boulloche – Bernard Chadenet – Claude Gaboreau – Guy Girod Genet – Michel Kavyrchine - Henri Moullier – Marion Ordonneau – Yves Stalla-Bourdillon – François Treilhou – André Troesch