OBSERVATOIRE DES MEDIAS ETRANGERS
Janvier 2003


Un groupe de huit membres d’ARRI se partage la lecture de grands journaux, d’hebdomadaires et de mensuels de langue étrangère (Newsweek, The economist, Die welt, Corriere della serra, El pais, Africa international …et d’autres suivant l’actualité…) pour dégager tous les mois un panorama des articles donnant une impression de l’opinion étrangère sur les réalités internationales. Il ne s’agit que de traductions, sans prise de position ni interprétation.


LES PRINCIPAUX SUJETS RETENUS CE MOIS DE JANVIER,


IRAK : UNE AMERIQUE DETERMINEE, DES ALLIES FORMALISTES OU INCERTAINS


LA CORRIERE DELLA SERA (21 janvier)

Le Conseil de Sécurité 2003 de l’O N U : Les positions de chacun

Compte à rebours (Alessandra Farkas)
« Le Conseil de sécurité de l’O N U comprend 10 membres non permanents (Au 1er janvier : Espagne, Allemagne, Chili, Pakistan, Angola, Bulgarie, Guinée, Chine, Cameroun, Mexique) et 5 membres permanents avec un droit de veto :
La Grande Bretagne : Le Premier Ministre Tony Blair, qui a toujours été le meilleur allié des Américains, a récemment adopté la thèse européenne d’une seconde résolution de l’O N U préalablement à une éventuelle attaque de l’Irak.
La France : Le Président Jacques Chirac considère l’hypothèse d’une guerre à l’Irak comme "l’ultime possibilité". Il a admonesté les Etats Unis qui, en agissant seuls, mettraient le feu à la communauté internationale.
Les Etats Unis : Le Président Bush a maintes fois menacé l’Irak parce "que le temps était échu". Ils considèrent le rapport des inspecteurs du 27 janvier comme le terme ultime à partir duquel ils pourraient déclencher l’attaque.
Russie : Hier le Ministre des Affaires étrangères Russe, Igor Ivanov, rencontrant son homologue Américain Powell, a argué que : "les moyens politiques et diplomatiques pour résoudre la situation étaient bien loin d’être épuisés."
Chine : Le Ministre des Affaires Etrangères chinois, Tang Jiaxuan, a affirmé hier que le rapport des inspecteurs du 27 janvier devra être considéré comme "un nouveau point de départ" et non comme la fin des inspections en Irak ».


Les IZVSTIA (quotidien russe - 18 janvier)

Saddam Hussein cherche un refuge (Evguenii Bay, Vladimir Dubaev – Washington / Moscou)
Cet article publie des informations de sources diverses mais en majorité reprises de la presse américaine. En résumé :
- Découverte de 11 ogives vides à capacité de guerre chimique. Est-ce vraiment une surprise et un signal suffisant pour déclencher l’assaut ?
- Des sénateurs démocrates trouvent que la priorité devrait être mise sur Al Quaida et non sur l’Irak
- A la maison Blanche, la question est : à quel moment attaquer ?

Citant THE TIME, les IZVSTIA reprennent l’information selon laquelle l’Arabie Saoudite chercherait à renverser Saddam Hussein et aurait pris contact à ce sujet avec l’Egypte et la Turquie. L’administration Bush ne croirait pas à cette possibilité.
L’article cite, pour terminer, le magazine allemand SPIEGEL : « Le gouvernement irakien chercherait à négocier la reddition du pays contre la garantie d’une immunité pour Saddam Hussein et sa famille. Mais où le dictateur irakien veut-il fuir ? Nul ne le sait. La Russie, la Biélorussie, la Libye et la Mauritanie ont déjà démenti les rumeurs selon lesquelles ces pays seraient prêts à offrir un asile politique à Saddam. »

LA CORRIERE DELLA SERA (21 janvier)

Forces spéciales, satellites et espionnage aérien : La chasse au Raïs est partie (Guido Olimpio)

« Les détails d’une opération clandestine sophistiquée viennent d’être divulgués. Une force composée de 100 commandos des forces spéciales et d’une soixantaine d’agents de la C.I.A, introduits en 2002 en Irak, sont déjà sur les traces de Saddam Hussein.
Un Boeing militaire à l’équipement électronique sophistiqué vole 10 heures par jour dans le ciel irakien, à l’affût de toutes les communications entre les chefs du régime et les localise.
Deux satellites d’espionnage, "Micron" et "Trumpet", surveillent les messages radio transmis entre les troupes et l’escorte de 100 soldats qui protège les déplacements de Saddam et les situe. »

NEWSWEEK (20 janvier 2003)

Plusieurs pays hésitent à s’engager bien qu’ayant adhéré au principe d’une guerre préventive contre l’Irak.

La Turquie devient peureuse (John Barry, O. Matthews, S. Kohen)
« Un allié hésitant repense son rôle au sein d’une guerre contre l’Irak. L’accès aux bases aériennes le long de la frontière irakienne et le positionnement de 80 000 G.Is seraient compensés par le versement de quatorze milliards de dollars à Ankara. L’hésitation de la Turquie a sidéré Washington. Pendant ce même temps, à Londres, cent travaillistes M.P. ont envoyé un ultimatum à Tony Blair : Participer à une guerre sans l’O N U signifierait une révolte ouverte au Parlement.
Le Conseil de Sécurité va probablement prolonger la mission des inspecteurs et dans ce cas, la Turquie ne
restera probablement pas isolée. »

HERALD TRIBUNE (24 janvier)

Alliance en Europe : Bush remodèle la carte

L’Angleterre bien sûr mais aussi la Pologne, l’Espagne, l’Italie et la Russie sont présentés comme des appuis assurés…Cela en contraste avec le lachage de l’Allemagne et le retournement français attribué aux récentes combinaisons franco-allemandes.

KIM JONG II : ALERTE DANS LA PENINSULE COREENNE

NEWSWEEK (13 janvier)

La morale n’est pas une stratégie (Fareed Zakaria)

Le Président Bush a raison de dire que Kim Jong II est malfaisant et que son régime est barbare mais, en politique étrangère, la morale ne suffit pas. Il faut aussi une stratégie. Or on ne peut attaquer la Corée du Nord sans risquer d’oblitérer une grande partie de la Corée du Sud (Séoul est à 35 km de la frontière). La Corée du Nord deviendra vite une usine à plutonium, ce qui pourrait engendrer une course aux armements nucléaires dans la région, incluant le Japon et la Chine. Ashton Carter, professeur à Harvard, s'exprime clairement : Du temps de Clinton nous avions dit clairement "Nous ne vous renverserons pas à condition que vous ne deveniez pas une puissance nucléaire".

Cette politique avait été qualifiée "d’apaisante" mais bientôt le Gouvernement républicain devra pratiquer une politique similaire. La diplomatie n’est pas l’apaisement. Un jour ce régime s’effondrera mais en attendant on demande une politique.

NEZAVISSIMAYA GAZETA (quotidien russe – 16 janvier)

Comment Kim durcit sa position (Evjuenii Verline)
« Le chantage nucléaire de Pyongyang préoccupe la diplomatie russe.
Après avoir rencontré hier le Directeur général de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique Mohamed El Baradei, le Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie Igor Ivanov a déclaré être prêt à engager "tout l’arsenal des moyens diplomatiques sous formes bilatérales ou multilatérales" pour faire respecter les exigences de l’accord de non prolifération. »

NEWSWEEK (20 janvier)

Les jeux de l’esprit (G. Wehrfritz, B J Lee)
« Les officiels se disent soulagés par l’escalade nord coréenne car Pyongyang défie ainsi, non seulement les Etats Unis mais aussi l’O N U, qui se dit prêt à en référer au Conseil de Sécurité. Mais que peut faire le Conseil ? Personne ne veut risquer une guerre dans la péninsule. Une rencontre des deux cabinets (du Nord et du Sud) est prévue fin janvier. Le Nord a été très habile vis à vis du Sud et l’a engagé à devenir anti-américain avec quelque succès. Le Sud parle désormais d’une "arrogance" américaine. En l’an 2000 les deux Kim se sont rencontrés à Pyongyang et, quelques mois plus tard, le Président de la Corée du Sud recevait le prix Nobel de la Paix pour son attitude conciliante vis à vis du Nord. En fait, peu de choses changèrent après cette entrevue prometteuse. Mais au Sud les jeunes traitent ouvertement George Bush de "cow boy texan" qui reflète la nature violente des Etats Unis. "Toute nation qui a essayé de mettre au point une arme nucléaire y est arrivé" dit un militaire à Newsweek. Cette conclusion est peut-être impossible à éviter… le Sud devra alors décider qui sont ses vrais amis. »

L’EUROPE ET L’AXE FRANCO–ALLEMAND, QUELLE AMBITION ? QUELLE REALITE ?

A B C (23 janvier)

Défi franco - allemand (Editorial)

« Schröder et Chirac sont conscients de leur position-clé pour préserver le capital que représente l’amitié franco-allemande non seulement pour la paix et le progrès de l’Europe, mais aussi pour promouvoir la même idée de l’unité européenne.
Leurs déclarations concernant la crise irakienne ont pris une résonance particulière et ont dessiné un scénario très éloigné de la docile adhésion recherchée par la Maison Blanche.
L’histoire récente montre que la construction européenne ne marche à plein rendement que si l’axe franco-allemand fonctionne. Cela ne signifie pas que l’U E doive danser au son de l’orchestre Paris-Berlin. Mais on ne peut ni ne doit l’ignorer.
Evidemment cet axe est potentiellement si fort qu’il provoque de la méfiance entre voisins puissants. C’est pourquoi on ne peut s’étonner de la constitution "d’alliances de contre-pouvoir", comme entre la Grande Bretagne et l’Espagne. La ferme déclaration de Paris et Berlin sur l’Irak, heurte fortement d’autres membres importants de l’Union Européenne. Quelles en seront les répercussions sur la construction européenne, qui passe inévitablement par une politique extérieure et une défense commune ? Pour commencer, est décourageante l’impossibilité pour les Européens de se mettre d’accord sur une position commune au Conseil de Sécurité, où l’U.E a l’occasion de définir d’un seul coup une politique extérieure forte et crédible comme contrepoids à la super puissance. »

DIE ZEIT (4 janvier)

Les limites de la solidarité avec l’Amérique (Déclaration de Helmut Schmidt - Extraits)

« Sans doute, les Européens devront admettre que la super-puissance des Etats Unis continuera de manifester ses tendances vers l’unilatéralisme. L’entretien de relations de partenaires avec l’Amérique est dans l’intérêt des nations européennes, mais cela ne signifie pas de nous faire les instruments de la politique mondiale américaine. Chirac et Schröder doivent en être tout à fait conscients.
Chirac, depuis sa réélection triomphale, a de loin plus d’espace de liberté que Schröder ; Il devrait continuer l’œuvre de De Gaule, Monnet, Giscard, du premier septennat de Miterrand et de Delors.
Il possède des atouts de droit international et nucléaire que, nous allemands, n’avons et n’aurons pas. En plus la France a un énorme prestige à travers les peuples du monde, basé sur l’histoire et la culture françaises. Par contre la mémoire d’Auschwitz pèsera encore sur nous allemands pendant des générations. C’est pourquoi, nous allemands, avons besoin aussi dans l’avenir des Français, de leur compréhension et de leurs initiatives politiques.
Mais s’ils laissent dépérir l’Union Européenne, ni la France ni l’Allemagne ne pourront tenir tête aux menaces globales, et dans le meilleur des cas nous devrons alors nous reposer sur la surpuissante Amérique. Bien sûr nous glisserions alors dans le rôle insignifiant et sans recours d’Athènes du temps de l’Imperium Romain »


la VANGUARDIA (22 janvier 2003)

Interview de Brigitte Sauzay, conseillère du Chancelier Schroeder (Extraits)

« Avec l’élargissement de l’U.E, n’y a-t-il pas un risque que l’Allemagne cesse de regarder du coté de l’Europe rhénane pour se tourner vers l’Est ?

C’est l’éternelle crainte des français. Plus c’est à l’Est, plus cela leur paraît nébuleux. Mais ils ont compris que dans le jeu global, il n’y a pas de place pour une Europe dispersée et qu’ils peuvent perdre leur capacité d’influence dans le monde, qu’ils sont déjà en train de perdre, ainsi que leur identité.

Dans une Europe à 25 Etats, il peut se former d’autres alliances. Jusqu’à quel point peut se diluer l’amitié franco – allemande ?

Je ne crois pas à une dilution car il faut une direction forte. L’Allemagne et la France représentent deux grandes expressions de la culture européenne. La France, l’Italie et l’Espagne sont catholiques. Le monde anglo-saxon est protestant. C’est une division culturelle. La raison pour laquelle le moteur a fonctionné est que l’accord franco–allemand était une façon de trouver un compromis.

Les leaders actuels n’ont-ils pas une vision à plus courte vue que celles des Schmidt, Kohl, Miterrand, … ?

Au contraire. Il n’y aurait pas ce rythme accéléré de rencontres si les deux n’étaient pas conscients de ce que cela implique pour l’histoire. Quand je dis "histoire", je veux parler aussi de l’aspect égoïste. Chacun se dit : que diront de moi les livres d’histoire ? »

DIE ZEIT (4 janvier 2003)

Des amis sans objectifs

« Il manque à Chirac et à Schröder un concept "Europe". … … … ...
Parler actuellement d’une politique franco-allemande n’est qu’une formule toute faite, sans contenu concret. Il en est de même pour la politique extérieure commune et la sécurité.
Jusqu’à présent ni Chirac ni Shröder n’ont compris que, vu la situation des nouveaux dangers qui menacent nos peuples dans le XXIème siècle, une affirmation nationale exclusive deviendra, toujours plus, sans espoir. C’est valable pour la surpopulation du monde et la pression de l’immigration vers l’Europe, pour la globalisation des marchés financiers, pour le terrorisme opérant à travers les continents, pour les monopoles électroniques d’information et pour les épidémies.»

DER SPIEGEL (16 janvier 2003)

La C D U contre la proposition franco-allemande concernant la présidence de l’U.E.
« La Présidente de la C D U, Angela Merkel, s’étonne que la proposition française d’un renforcement de la présidence du Conseil, jusqu’à maintenant refusée par l’Allemagne, soit devenue une proposition commune.
Le porte parole de la Commission européenne a également pris position contre la proposition commune Chirac-Schröder à laquelle il reproche de mettre en place deux autorités, avec deux bureaucraties rivales. Il
insiste également sur le fait que la proposition franco-allemande ne sera pas adoptée automatiquement et que nombre d’Etats de l’Union partagent la position de la commission ».


THE ECONOMIST

Les solutions échappatoires ne marchent que rarement
« Le dernier compromis présenté par la France et l’Allemagne est une recette pour une situation de confusion. … …L’impression donnée par les cérémonies de Paris d’une vision commune des deux pays est un leurre. … … Le projet franco-allemand de réforme de l’Union Européenne sent le genre de compromis porteur de plus d’illusions que de clarté… … Un club qui comportera bientôt 25 membres, dont les nouveaux d’Europe centrale, ne peut être mené par le seul moteur franco-allemand… …L’Angleterre, comme l’Espagne et d’autres, peu désireux de suivre l’option allemande d’une forte intégration, ne peuvent que se réjouir d’une position française tendant à renforcer le Conseil européen ».

COTE D’IVOIRE : PARTIS D’AFRIQUE LES FRANÇAIS ? NON, PAS ENCORE

NEW YORK TIME (12 janvier 2003)

En dehors de l’Afrique ? Non, pas encore. Je vous présente les français ("Out of Africa? Not yet. These are the French")

« La France se trouve entraînée dans un conflit embrouillé, qui n’est pas de son fait, dans le pays qui était le joyau de sa couronne coloniale.
"La France accepte ses responsabilités" a déclaré le ministre D. de Villepin. "Je crois important que les Français comprennent la vocation de la France, l’exemple que nous donnons par notre action en Côte d’Ivoire et en Afrique". Ces paroles peuvent sembler grandiloquentes pour des oreilles non françaises, mais contrairement à la Grande Bretagne, la France est restée engagée en Afrique : accords militaires, monnaie commune constituant une véritable bénédiction pour les économies locales et les entreprises françaises.
En décembre 1999, le Premier Ministre socialiste Lionel Jospin s’opposa à une intervention en Côte d’Ivoire à la suite d’un coup d’Etat contre le gouvernement élu, impopulaire. Intervention souhaitée par Jacques Chirac. Trois ans après, avec Mr Chirac à la tête d’un gouvernement uni, la France réagit rapidement pour évacuer les Français et les autres étrangers à la suite du coup d’Etat avorté en septembre dernier.
… … …
Un ancien Secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires africaines, Hermann J Cohen, a reproché aux Français de mettre les rebelles sur un pied d’égalité avec le gouvernement ivoirien, répandant ainsi dans les autres pays un message du type "Toute bande de gars munis de fusils peut prendre le pouvoir par les armes".
D’après François Heisbourg, directeur de la Fondation pour la Recherche stratégique, la France subit "le syndrome du Ruanda" : "Intervenir en Côte d’Ivoire peut signifier être complice de terribles crimes, mais être absent, c’est courir le risque de laisser les crimes se produire". »

a f r i c a n° 1 (radio africaine émettant depuis Libreville – Réception en France : 107.5 MHz le matin –)

Journaux d’information du 25 au 29 janvier
Le 24 janvier, les représentants du Gouvernement et ceux des forces du nord, réunis en France, signent un accord de réconciliation : Le Président Gbagbo nommera Sedou Diarra, ancien Président de la commission de réconciliation (Gvt Gueye), "Premier Ministre de consensus" et un gouvernement d’Union nationale comprendra deux ministres du MPCI. Divers aspects du code de la nationalité et des droits qui y sont attachés seront révisés. La réunion des chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest entérine cet accord, en présence du Secrétaire Général de l’O N U, le 25 janvier.
Dès ce 25 janvier cependant, les milices des Jeunes Patriotes de "l’Alliance", proches de L. Gbagbo et partisans de l’ivoirité, encadrent à Abidjan de violentes manifestations anti-françaises. Premiers incidents inter ethniques avec mort d’’hommes à Agboville. L’armée ne reconnaît pas les accords signés avec les forces du nord et les Jeunes Patriotes demandent aux Etats Unis d’aider la Côte d’Ivoire, mise à genoux par la France. Le 28, L.Gbagbo déclare que les accords de Marcoussis, qu’il a signé, ne sont qu’un projet. Les exactions contre des symboles de la présence française se perpétuent, les départs d’expatriés français pour Paris s’intensifient…
Le 29, Abidjan connaît une accalmie précaire. Le 30 janvier les chefs d’Etats, dont L.Gbagbo, se réunissent en Comité Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, à Dakar. La recherche d’une voie de rétablissement de la paix en RCI sera de fait au centre des débats .
Mais la question, objet de bien des rumeurs, est : qui finance les équipements, l’armement flambant neuf, la logistique politique et militaire des forces du Nord ?
A suivre…


LA PAC : LA PAROLE EST A LA DEFENSE

THE ECONOMIST

L"Observatoire des médias étrangers" du mois d’octobre 2002 s’ouvrait sur un article de THE ECONOMIST du
5 octobre, qui était d’un ton violemment polémique, contre la position française sur la Politique Agricole Commune, éloigné de la retenue habituelle de ce périodique. Il vient de publier, le 11 janvier dernier, un article prenant le contre-pied du précédent :

La France et les agriculteurs. Parole à la défense

« "Le libre échange est une fausse solution", déclare le Ministre français de l’agriculture de J. Chirac. … … Son discours, adressé cette semaine à une conférence agricole à Oxford, faisait partie d’une campagne où pays riches et pauvres définissent leurs positions relatives au cycle de Doha des négociations du commerce mondial. Son message : La France protégera ses agriculteurs du libre échange.
Comment ? elle doit évidemment agir au sein de l’U.E. Pas de problème. Le Président Chirac, à la veille du sommet de l’U.E d’octobre dernier, se mit d’accord avec Gerard Schröder sur le budget agricole qui évacua nettement les rêves britanniques d’une réforme générale de la PAC, au moment où l’U.E s’apprête à recevoir dix nouveaux pays assoiffés de subventions.
Mr Gaymard avait précédemment, en septembre, cornaqué six autres ministres, assez pour bloquer toute majorité adverse, en vue de contrer le projet de la Commission de découpler les montants de subventions des niveaux de production.
Puis le mois dernier, lui et ses collègues du Commerce Extérieur et de l’Aide se concentrèrent sur le Ministre australien du Commerce, Mark Vaile, qui, en accord avec ses collègues du "Groupe Cairn" qui ne subventionnent pas leurs exportations agricoles, venait d’accuser la PAC d’étrangler les pauvres du monde. Faux, dit Mr Gaymard : Les pays du "Groupe Cairn" devraient se concentrer sur les subventions américaines, spécialement celles de son agriculture – coton, riz et arachide – qui sont en concurrence directe avec les pays pauvres d’Afrique et d’Asie.
Cependant , "nous sommes tous des pêcheurs" n’est pas l’essence du message de Mr Gaymard. Pas du tout : tout le monde, notamment les autres pays de l’U.E, devraient partir de la prémisse que "les produits agricoles sont mieux que des produits commerciaux". L’agriculture fait partie de la culture d’une nation, étant ancrée dans le sol ; Contrairement à l’industrie, elle ne peut pas être transportée d’un lieu à l’autre.
La PAC ne peut être accusée de tous les maux agricoles ; A-t-elle causé les problèmes de vache folle ? Non. La PAC ne subventionne ni l’élevage porcin, ni celui des volailles et ne peut donc pas être accusée de pollution en Bretagne. Les acheteurs n’ont pas à se plaindre.
… … …
Si on accuse la PAC de leur faire payer leurs achats, une première fois comme contribuables et une seconde comme acheteurs, est-ce si important lorsqu’il s’agit de 1 % des dépenses de l’U E contre 1,5 % en Amérique…
Finalement, déclare Mr Gaymard, il est abusif de relier la PAC à la situation, pitoyable, des agriculteurs du tiers monde : l’U E accorde un libre accès aux produits agricoles (avec des phases d’attente pour le sucre, le riz et les bananes) des 49 pays les plus pauvres. Mr Vaile peut répondre que des pays comme le Brésil sont affectés par la PAC mais les besoins de ce grand pays industriel ne sont-ils pas sans aucun rapport avec ceux du Bangladesh ou de la Mauritanie ? Par ailleurs l’U.E achète 40 % des exportations agricoles du Brésil, à comparer aux 15 % des USA.
… ……
Dans son discours d’Oxford Mr Gaymard avait un encore meilleur argument : Les pays industriels, en dehors de l’U.E, ne sont pas prêts à éliminer leur aide agricole. Ils ne se sont pas engagés à le faire dans les forum internationaux et ne croient pas que ce serait dans l’intérêt des pays en voie de développement. En conséquence et telle fut sa conclusion, "cessons de rêver". »


ARGENTINE ET VENEZUELA : LA SORTIE DES CRISES ?


Dans l’ "Observatoire des médias étrangers" de décembre 2002, EL NACIONAL et EL MUNDO avaient permis une approche de la grave crise politico-économique que traverse le Venezuela. Aujourd’hui, EL PAÏS relate l’initiative du Président du Brésil pour l’aider à sortir de la crise… THE OBSERVER avait traité des conséquences du refus de l’Argentine de rembourser une échéance de sa dette. Le journal mexicain MILENIO relate qu’un accord avec le F M I est en vue…


EL PAÏS

Un groupe de pays amis aide à résoudre la crise vénézuélienne

« Le nouveau Président du Brésil, Luis Ignacio Lula, vient de créer un groupe de pays amis qui va aider le Venezuela à sortir de la crise profonde dans laquelle il se trouve plongé.
Ce groupe est composé du Brésil, du Chili, de l’Espagne, des Etats Unis, du Mexique et du Portugal. "Il m’a fallu du temps pour convaincre Hugo Chavez d’accepter la présence des Etats Unis" a déclaré L.I. Lula. L’opposition du Président Chavez s’est félicitée de la création de ce groupe de pays amis, se réjouissant de la pluralité du groupe, tant géographique que politique.
Ce groupe des amis va aider le Venezuela à sortir de la crise politique dans laquelle il se trouve depuis deux mois. Ses propositions devraient permettre d’envisager une consultation électorale, mais pas le projet de référendum voulu le 2 février 2003 par l’opposition et considéré comme anticonstitutionnel par le Président.
Hugo Chavez a ouvert la porte à une possibilité de référendum après le 19 août 2003, comme le prévoit la constitution à mi-mandat de la présidence, soulignant que c’est lui qui est à l’origine de cette disposition. Par ailleurs il a déclaré que s’il perdait, il s’en irait. »

MILENIO

L’Argentine et le F M I vont signer un nouvel accord

« L’Argentine, qui a été défaillante dans le remboursement des dernières échéances de sa dette, vient de renégocier un accord avec le F M I, avec de nouvelles modalités qui devraient donner de l’oxygène à l’économie argentine. Obtenant un nouveau rééchelonnement de paiement de sa dette, elle devra prendre des mesures concernant l’émission de sa monnaie, le contrôle de l’inflation et la restructuration de son système financier. Ces mesures devraient permettre de pouvoir envisager une croissance de 2 à 3 %, après deux années de très grave crise et de récession importante. »


DES MEDIAS SOUS CONTROLE

DIE WELT (12 janvier 2003)

La puissance de la propagande

« Aux Etats-Unis même la machinerie de la propagande tourne à plein régime. L’expression magique au pentagone est "contrôle décentralisé" de la presse, l’accent étant mis sur "contrôle". En Virginie, sur la base militaire de Quantico a été ouvert un camp où les représentants de la presse peuvent apprendre non
seulement à ramper dans le sable ou a survivre à une attaque au gaz, mais aussi à entretenir de bons contacts avec les soldats. Et les commentaires des journalistes qui y sont passés montrent que cela marche.
Le gouvernement Bush ne peut s’encombrer de critiques dans son propre pays sur la déclaration de la guerre. On fait la vie dure aux critiques : des manifestations pour la paix regroupant plusieurs dizaines de
milliers de personnes n’ont droit qu’à des brèves dans les médias, les principaux opposants à la guerre abaissés au rang de traîtres ou d’idiots.
Le plan de Donald Rumsfeld, qui mentionnait expressément l’Allemagne, prévoyait de payer des journalistes pour des articles favorables et d’organiser des manifestations de soutien à la campagne irakienne. "Si nous voulons que notre politique soit couronnée de succès nous devons la vendre de manière convaincante aux peuples de ce monde", déclare le Président de la Commission des Affaires Internationales au Congrès ».

ITOGUI (hebdomadaire russe – décembre 2002)

La liberté en projet (Alexandre Tchoudoev)

Le Président Poutine a réuni au Kremlin les principaux représentants des médias russes. Il leur a annoncé qu’il ne signerait pas les amendements, à la loi sur les médias, qui imposeraient un contrôle plus strict de l’activité des journalistes.
« On peut affirmer que, pour une question aussi délicate que les relations entre le pouvoir et les médias, le Président a choisi d’avoir une attitude particulièrement souple et pragmatique …

On a compris au Kremlin : après la prise d’otage du Nord-Ost, le pays est entré dans une nouvelle réalité où l’on doit procéder à une révision des bases du travail, non seulement des forces de sécurité, mais aussi de toutes les autres institutions politiques et sociales, y compris les médias …
Il est à prévoir que "le travail de mise en forme" ne sera pas simple. En effet le pouvoir et la presse ont par tradition leurs propres représentations des degrés de liberté.
Où se situe la frontière au-delà de laquelle commence "l’absence de liberté", ou celle de "la liberté sans borne" qui peut conduire à des tragédies humaines. C’est un sujet de débats.
De l’avis du Président, il faut voir les choses avec plus de recul : les forces de sécurité doivent sauver les gens, et les médias les informer. »


LES BREVES

NEWSWEEK (13 janvier)

Les dollars et les diplômes (Anna Kushment)

« Les Américains construisent des multinationales au sein d’une activité traditionnellement hostile au profit. Et ces multinationales gagnent de l’argent.. "Sylvan Learning Systems" est à la tête de six Instituts, qui accueillent 60 000 élèves soucieux de leur carrière, en Amérique du Sud et en Europe. La "Apollo International" est installée au Brésil, en Inde et à Mexico. Elle compte avoir 100 000 élèves dans dix ans.

Les écoles dans le monde ont augmenté de 18 % et les Universités n’ont pas suivi. Ces nouveaux Instituts ont supprimé les sports, les clubs d’étudiants, les longues vacances d’été et souvent les dortoirs.

L’enseignement est fréquemment dispensé "en ligne". A la Banque Mondiale on estime que ces Instituts ne remplaceront pas les Universités traditionnelles mais ils peuvent les motiver et les rendre plus attentives au marché du travail.
A leur tour, Columbia, Princeton et la London School of Economics ont crée leurs propres Instituts d’enseignement "en ligne" et ont l’intention d’en tirer profit. L’enseignement s’adresse surtout à des adultes.
Les étudiants ont souvent des difficultés à obtenir des visas et ont du mal à payer leur logement dans des Universités occidentales. Ces Instituts offrent une solution. »

NEWSWEEK (20 janvier)

La dégradation de l’économie des Etats Unis conduit G. Bush à envisager de prendre des mesures pour sa relance qui sont déjà très controversées.

"high roller" (M. Hirsh, Tamara Lipper)

« G. Bush a fixé "la première mise" très haute. Il voulait connaître d’une façon précise les obstacles à un boom économique rapide. Son entourage l’a assuré qu’il fallait mettre fin à la double taxation des dividendes ; Bush qui est un reaganiste en économie et en Affaires Etrangères, a été convaincu.
De là est découlé son plan de 10 ans applicable dès 2003. Il est presque deux fois plus important que ce à quoi ses amis s’attendaient. Dans un Sénat partagé 51-49, George Bush a besoin de tous les votes.
Les critiques ne manquent pas, même chez les républicains. Stephen Friedman, qui succède à Lindsey comme "Chief Economic Adviser", s’oppose à ce plan. John Snow, le futur Secrétaire du trésor, qui succède à O’Neil, est un bon vendeur. Il en aura besoin. »

L’économie vaudou (Allan Sloane)
« Cette baisse des impôts priverait le Trésor de 33 milliards de dollars par an et nous devrions continuer à payer des années d’intérêt sur notre dette. Cette idée n’aura pas de suite ; C’est de l’économie Vaudou. »

DIE ZEIT (5 janvier 2003)

A propos de la "vieille" et de la "nouvelle" Europe

« La déclaration du Ministre de la Défense des Etats Unis, Rumsfeld, sur la "vieille" et la "nouvelle" Europe contient une vérité amère pour les Français et les Allemands.
… …. Il ne s’agit pas de désavouer les traditions européennes auxquelles participe aussi l’Europe de l’Est dans une proportion non négligeable, mais au contraire, il s ‘agit de mettre en doute la capacité future des nations dirigeantes de l’Ouest de l’Europe. La deuxième attaque a pour but de mettre en évidence les jeunes démocraties européennes de l’Est comme noyau de "la nouvelle Europe".
… …Pour les Etats Unis, ce sont des partenaires idéaux d’approche alors qu’ils considèrent l’Europe de l’Ouest comme de plus en plus immobile et inflexible. Pour les mêmes raisons, les Etats Unis s’appuient sur la Turquie : si le processus de démocratisation continue et si l’économie turque croît à une allure rapide, ce pays appartiendra dans une dizaine, une vingtaine d’années, aux puissances les plus fortes et les plus dynamiques. »


CONNAISSEZ-VOUS CONDIE RICE ?


NEWSWEEK (16 décembre)

Connaissez-vous Condie Rice ? G.W. Bush l’a nommée "National Security advisor" dès son élection à la Présidence. Elle a 48 ans, elle est noire, bûcheuse, issue de la classe moyenne de l’Alabama et joue du piano. Personne aux Etats Unis ne doute actuellement de sa puissance.

Le pouvoir tranquille de Condie Rice (Evans Thomas)

« Le vice Président Cheney avait été trop loin en déclarant que le retour des inspecteurs de l’O N U en Irak ne pourrait apporter qu’un confort illusoire. Au gouvernement on est un peu consterné et on dépêche Condie Rice auprès du vice-président qui rectifie son attitude dans un discours ultérieur. L’intervention de C. Rice demeura confidentielle.
Elle a été appelée l’anti Kissinger. Elle n’est peut être pas un génie de "stratégie globale" mais personne ne doute actuellement de sa puissance.
Imperturbable, bien habillée, discrète, elle est très proche du Président. Elle se contente de poser des questions, de clarifier les arguments qu’elle présente au Président. Lui, est un riche garçon blanc du Texas, paresseux en classe. Elle, est issue de la classe moyenne en Alabama, noire et bûcheuse en classe. Elle fera son chemin à l’aide de bourses. Diplômée de l’Université de Denver à 19 ans, elle passe un Master à Notre Dame (Université) puis enseigne à Stanford ; Elle travaillera ensuite pour Colin Powell. Bent Scowfrot la découvre et elle poursuit sa carrière au National Security staff où elle est chargée des affaires russes. Elle retourne ensuite à Stanford comme la plus jeune "principale" et la première noire choisie pour ce poste.

En 1998, C. Rice avait suivi un séminaire de politique étrangère pour le Gouverneur du Texas (G.W.Bush). Ils s’étaient entendus immédiatement.


Odile Boulloche – Bernard Chadenet – Claude Gaboreau – Guy Girod Genet – Michel Kavyrchine - Henri Moullier – Marion Ordonneau – Yves Stalla-Bourdillon – François Treilhou – André Troesch