OBSERVATOIRE DES MEDIAS ETRANGERS
février 2003


Un groupe de huit membres d’ARRI se partage la lecture de grands journaux, d’hebdomadaires et de mensuels de langue étrangère (Newsweek, The economist, Die welt, Corriere della serra, El pais, Africa international …et d’autres suivant l’actualité…) pour dégager tous les mois un panorama des articles donnant une impression de l’opinion étrangère sur les réalités internationales. Il ne s’agit que de traductions, sans prise de position ni interprétation.


LES PRINCIPAUX SUJETS RETENUS CE MOIS DE FEVRIER,


LE CONFLIT ENTRE LES ETATS UNIS ET L’IRAK (MILENIO, NEWSWEEK)
TENSIONS EURO-AMERICAINES (NEWSWEEK, HERALD TRIBUNE, THE GUARDIAN)
CONFLIT IRAKIEN : UN REVELATEUR POUR L’EUROPE ? (DIE ZEIT, HERALD TRIBUNE, EL PAIS)
IRAK : DOUTES SUR LES MOBILES DE LA POSITION DE LA FRANCE (EPOCA)



LES BREVES
Et "LA COTE D’IVOIRE : DE LA DEMOCRATIE A LA GUERRE CIVILE" (d’après DIE ZEIT)


LE CONFLIT ENTRE LES ETATS UNIS ET L’IRAK


MILENIO (quotidien mexicain)

Dans le style du vieil Ouest (extraits)

« Il faut que le monde dise à G.W.Bush, qu’il ressemble à un fanatique des westerns divinisant la loi du revolver et de la guerre, que nous vivons aujourd’hui au début du XXIème siècle et non plus au début du XIXème et qu’il faut arrêter de rêver aux bandits et aux justiciers.
On doit dire à l’Administration Bush qu’aujourd’hui il est temps qu’on respecte les décisions de l’ONU, que tout le monde souhaite que les pays soumettent leurs conflits non aux pistolets des plus forts, comme au temps du vieil Ouest, mais à la justice des tribunaux internationaux.
… ….
Les informations des inspecteurs de l’ONU, qui n’ont pas trouvé d’armes de destruction massive, ne satisfont pas Bush. C’est comme dans les westerns du vieil Ouest quand le shériff, voulant imposer son ordre alors que le juge demande justice au nom du peuple, se dirige vers la prison et fait sortir le détenu pour l’amener à la potence sous les vivats de la foule en colère. Bush de la même façon, rejetant les arguments de la communauté internationale et les évidences, ne lésine pas à inventer des preuves, pour montrer que Saddam Hussein se moque des inspecteurs de l’ONU et continue à posséder des armes de destruction massive, pour apporter une pseudo justification aux tonnes de bombes qui vont être déversées sur le irakiens, et alors là, certainement avec des armes de destruction massive. »

NEWSWEEK (3 février)

Regardons le bon coté (Fareed Zakaria)

« A Davos, une discussion sur le sens du mot "amour" a viré à une discussion sur les Etats Unis et la guerre d’Irak … comme toutes les autres discussions.
Saddam pourrait incendier ses puits de pétrole, le monde musulman pourrait s’incendier et toute la région pourrait être déstabilisée, mais les gains doivent aussi être pesés. Le peuple pourrait recouvrer sa liberté et son standard de vie, l’idéologie anti-occidentale pourrait être mise à mal, le Cartel du pétrole pourrait s’effondrer …
Ces dernières quarante années la peur du risque a paralysé l’occident. Et qu’en est-il advenu ? répression, terreur, un islam radicalisé. Je prends le risque du changement. »


TENSIONS EURO – AMERICAINES

NEWSWEEK (24 février)

Il n’est plus question de l’Irak (Extraits - Fareed Zakaria)

«… … L’Occident politique était un produit de la guerre froide. Il est douteux qu’il survive à la disparition de l’ennemi venu de l’Est. … …
Les démonstrations anti-américaines viennent principalement des pays qui, dans le passé, ont été les alliés les plus proches de l’Amérique. Ce n’est pas l’Irak qui fait problème, ce n’est qu’une divergence tactique, mais c’est bien l’Amérique dont la puissance pose un problème stratégique. Depuis 10 ans l’Europe a vu sa part de GDP diminuer ainsi que ses dépenses militaires. C’est aussi le cas au Japon quant à la Russie elle est devenue un vacuum.
Est-ce une victoire pour l’Allemagne et la France ? Elles ont divisé l’Europe, affaibli l’OTAN et rabaissé le Conseil de Sécurité … tout cela pour prévenir une action anti-Saddam. Washington a tardé à reconnaître sa propre force. Elle a toute liberté pour agir donc elle devrait montrer qu’elle peut agir seule mais qu’elle veut agir avec les autres. L’affiche de cette politique machiste et auto destructive est de Donald Rumsfeld. … … Il ne parle pas comme un leader mais comme un patron. Tout ceci provient d’une mauvaise diplomatie des deux cotés. Ce sera mauvais pour le monde entier. L’Occident uni dans le passé a enfanté la paix, l’Occident divisé a la guerre pour résultat. »

INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE (24 février)

En page éditoriale, un article de Régis Debré défend la position française au plan spirituel. En voici la conclusion (extrait) :
« … … D’où ce paradoxe : Le nouveau monde du Président G.W.Bush, post-moderne par sa technologie, semble pré-moderne dans ses valeurs.
Dans ses principes d’action, l’Amérique est deux ou trois siècles derrière la "vieille Europe". Comme nos pays n’ont pas pénétré en histoire en même temps, la brèche ne devrait pas nous surprendre. Mais entre les deux mondes, le séculier ou le fondamentaliste, le plus archaïque n’est sûrement pas celui auquel se réfère Donald Rumsfeld. »

HERALD TRIBUNE (11 février)

Ecraser la dissidence allemande. ( Extraits- William Pfaff)
Pourquoi les Etats Unis ont peur de l’Europe

« La théorie actuellement dominante à Washington identifie l’Europe comme le principal rival potentiel des Etats Unis. Quelque soient les difficultés actuelles de l’Allemagne, celle-ci restera l’économie dominante et le leader de l’Union Européenne, quoiqu’il arrive … … C’est la première fois qu’un gouvernement allemand a pris position contre Washington et refuse d’en démordre … …Le Chancelier qui a fait cela ne doit pas avoir de chance de s’en remettre… … Ce que Schröder a fait est d’autant plus dangereux que sa position reflète l’opinion populaire dominante en Europe… … Les partisans d’une Europe indépendante sont les pays fondateurs de la vieille communauté, probablement sans la Hollande et l’Italie, mais éventuellement avec l’Espagne… … L’Espagne est un pays ayant des ambitions, un passé impérial et un amour mesuré des Etats Unis… … »
Le journaliste poursuit en considérant que si une politique européenne commune sur les problèmes sérieux n’est pas concevable dans une Union à 25, les vieux pays fondateurs pourraient fort bien mener une politique étrangère commune avec la France et l’Allemagne en son centre.
« Washington voit en cela un danger en un sens bien réel. Cela explique que l’Administration Bush soit si déterminée à écraser la dissension allemande sur l’Irak. »


The GUARDIAN (12 février)

Tensions et déchirements (Editorial - résumé)

« Alors que l’on parle de désintégration de l’OTAN, d’une guerre de tranchées transatlantique et de l’effondrement possible "du rôle des Nations Unies" » Le Guardian rappelle que, avant même le problème irakien, les deux années de présidence de G.W. Bush ont accumulé les causes de tension :

Positions unilatérales de l’administration des Etats Unis à l’égard de l’Organisation des Nations Unies, du rôle de l’OTAN, … positions divergentes sur des sujets de l’importance des changements climatiques, de la Palestine, etc.
La confrontation sur l’Irak n’a donc fait que radicaliser des tensions croissantes alors qu’il ne s’agit, dans le fond, que d’un désaccord sur les moyens de désarmer l’Irak.
« Les Etats Unis et l’Angleterre doivent poursuivre dans la voie des inspections par l’Organisation des Nations Unies tout en maintenant la pression militaire et diplomatique. C’est actuellement une alternative raisonnable à la guerre et c’est aussi une politique à laquelle la plupart des états membres de l’O N U, de l’O T A N et de l’Union Européenne peuvent immédiatement se rallier … … »
Il est de l’intérêt de l’Angleterre de réduire les divisions actuelles … et puis, si les Etats Unis veulent continuer en refusant ce contexte, il faudra bientôt que le Premier Ministre Tony Blair décide où se trouve son intérêt : suivre Bush ou diriger la nation britannique »

LE CONFLIT IRAKIEN : UN REVELATEUR POUR L’EUROPE ?


HERALD TRIBUNE (3 février)

Les résultats des élections allemandes noient la flamme de l’alliance contre la guerre (résumé -Extraits -John Vinocur)
La position coordonnée avec Paris perd sa légitimité.

« Après la mascarade, la débacle : l’énorme défaite du Chancelier… … se produisant immédiatement après qu’une démarche de huit autres partenaires de l’U.E ait clairement exprimé leur refus de voir un tandem franco-allemand leur imposer son leadership sur l’Europe … … avec l’élargissement à l’Est et le nombre croissant de partenaires pro-américains, c’est une évidence indéniable que ni le nombre, ni les sentiments ne sont là pour que l’Europe soit disposée à se laisser guider sur la scène internationale par les très incertaines visions du couple franco-allemand. »
John Vinocur poursuit en citant Klaus Naumann : « L’initiative franco-allemande est le plus mauvais coup jamais porté contre l’établissement d’une politique commune de sécurité. » et conclut son article en faisant le pari que sur le sujet de l’Irak, la mascarade et les échecs de Schröder, la France saura évoluer « La France, avec sa capacité à réussir des situations diplomatiques ambiguës devrait finalement soutenir l’Amérique plus fermement que ne le feront la Russie et la Chine. »

DIE ZEIT (9 février)

La Grande Bretagne prend congé de l’Europe et de l’Euro (résumé - extraits)

Malgré des sondages de popularité très défavorables et la manifestation de plus d’un million de citoyens anglais contre la guerre T . Blair ne se détourne pas de sa route : Il considère la fin du régime de Saddam Hussein comme "un acte humanitaire" qui se combine avec l’intérêt de relations stables dans la région du Golfe et le combat contre les opérations terroristes transnationales.
« La Grande Bretagne flaire sa chance : les cartes du jeu de l’Europe vont à nouveau être battues. C’est pourquoi les Anglais ne sont pas allés plus loin, de façon plus approfondie. Une Europe à 25 réduira à néant une intégration profonde. A la place, l’Europe sera amenée dans l’avenir à des coalitions variables qui s’assembleront selon des exigences spécifiques. Une Europe carolingienne et une Europe atlantique se dresseront…et Londres est confiant, dans cet environnement, on pourra bien s’y retrouver. L’idée d’une Europe à plusieurs vitesses qui est à nouveau réchauffée ne l’effraie plus. »
Rien ne met Blair plus en rage que les "manœuvres frivoles" de Chirac qui enfonce un coin entre l’Europe et les Etats Unis, car pour lui c’est un "jeu extrêmement dangereux".
… … Pour des raisons politiques, Blair voulait faire le saut de l’Euro. Ce plan d’avenir est à présent relégué au passé.
La France et l ‘Allemagne ne peuvent plus, à l’avenir, conduire l’Europe : c’est la preuve apportée par la lettre des 8 et la déclaration de Vilnius 10.
Si la France, l’Allemagne et le Benelux s’associent plus étroitement, s’ils excluent des Etats comme l’Italie ou l’Espagne auxquelles ils sont liées par l’Euro, il manquera dans ce noyau européen la Grande Bretagne, il manquera des muscles militaires.
Il n’y aura pas d’adieu britannique à l’Europe, mais un combat pour une autre vision européenne.

EL PAIS (15 février)

Aznar face aux européens (Nicolas Sartorius - Fondation Alternatives, Diego Lopes Garrido - Député)
« Pourquoi tant de hâte à envahir l’Irak ? Nous pensons que l’Administration Bush prolonge une ligne, initiée sous Reagan, visant à transformer au profit exclusif des Etats Unis l’ordre issu de la seconde guerre mondiale… Il faut dire très fort que ce n’est pas la politique des Etats Unis mais celle d’une Administration à l’extrême droite du parti républicain. Ce ne fut ni la politique de Clinton ni même celle de Bush père. Le pétrole irakien n’est qu’un élément d’une stratégie de domination qui n’apportera à moyen terme rien de bon pour le peuple américain.

En effet cette politique a été la division de l’Europe en deux : On est passé de la division par le rideau de fer à une division liée à la relation transatlantique. La question de fond est que l’Europe ne s’unira vraiment que lorsque priorité sera donnée à l’intérêt de l’Union Européenne et que les pays ne seront plus satellisés par une puissance extérieure.

Dans cette perspective, l’attitude du gouvernement Aznar ne pouvait être plus néfaste. Et en outre elle n’apporte rien à l’intérêt de l’Espagne. Aznar a contribué à fragiliser l’unité européenne sans obtenir quoi que ce soit en échange.
En ce qui concerne l’aide que les Etats Unis ont apporté pour lutter contre le terrorisme de l’ETA, il faut se souvenir que, jusqu’au 11 septembre ce sujet ne les a guère intéressé. Seule la France nous a aidé avec efficacité. Concernant la convergence économique, c’est l’Allemagne qui a collaboré de manière décisive. »


IRAK : DOUTES SUR LES MOBILES DE LA POSITION DE LA FRANCE


EPOCA (Revue espagnole d’actualités hebdomadaire – 23 février)

La France soigne ses intérêts

« La France, un des pays les plus opposés à une guerre menée par les Etats Unis contre le régime de Saddam, est aussi l’un des pays bénéficiant de la plus grande présence économique en Irak. Elle a des pré-contrats d’exploitation de pétrole brut qu’elle pourrait perdre après la guerre.(*)
… … Mais de même que les Etats Unis n’ont pas pu prouver, de manière convaincante, de relation entre l’Irak et l’organisation terroriste Al Qaida, ou que ce pays arabe produit et entrepose des armes chimiques et de destruction massive, les motivations de la France pour s’opposer à son invasion sont loin d’être purement humanitaires.
(*) Pré-contrats de forage dans les champs pétrolifères de Majnoon (réserve de 30 milliards de barils) et de Nahr Umar, convoités par Exxon Mobil, Chevron Texaco et BP Amoco en cas de conflit (EPOCA - Marta Alvarez-Montalvo).

La défense du client (Extrait - E.J.G.)

« … … Une des spécialités les plus rentables de notre voisin d’outre Pyrénées est la technologie militaire. L’industriel est Thales, connu auparavant sous le nom de Thomson CSF, la division de défense de l’entreprise publique Thomson qui, avec la privatisation, s’est transformée en l’actuelle Thales. L’un des principaux clients de cette compagnie est l’Irak à qui Thomson a vendu une technologie de défense, particulièrement des systèmes de radar et de poursuite aérienne, domaine dans lequel elle est une des sociétés les plus en pointe dans le monde.
… … Thales, de plus, pratique une politique commerciale agressive qui lui facilite la conquête de clients. Cette façon de faire, jointe à la compétitivité des produits vendus, ont motivé les accusations de quelques sénateurs américains qui examinent comment l’entreprise française a gagné peu à peu du terrain sur ses rivales américaines, mais aussi comment elle s’est constituée un portefeuille de clients parmi lesquels certains pays figurant sur la liste noire des pays considérés comme terroristes par les Etats Unis. »


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NEWSWEEK (24 février)

Une nation attachée à sa foi (Extraits - Dirk Johnson)

… … Anne Summers, 35 ans, ingénieur en logiciel suit de près les débats sur l’Irak ; mais aussi elle prie. A Willow-Creek, dans une méga-église "non-denominationnal" (= tous cultes protestants) dans une banlieue chic de Chicago, il n’y a ni croix ni vitraux. On se croirait dans un centre de congrès contenant 4 500 places plus une cafétéria équipée de la télévision câblée. Anne Summers est là. Elle déplore cet état de chose mais elle est néanmoins pour la guerre : Bush et Powell sont chrétiens "et je crois que Dieu a béni ce pays". Cette attitude déconcerte le monde, surtout l’Europe. … …

Les critiques sont surtout alarmés par la tendance présidentielle à estomper les différences entre sa foi personnelle et les grandes lignes politiques. … …
En vérité l’Amérique est divisée. Moins de 50 % des Américains vont à l’église et ils deviennent de plus en plus laïques. Les opposants à la guerre se réfèrent aussi à leur foi … mais le sport, le capitalisme, font aussi partie de la foi et la force militaire est acceptée comme un outil de politique étrangère. »

DIE ZEIT (13 février)

Bruxelles laisse mourir de faim (extraits)

« Le magazine français "l’Expansion" a baptisé Poul Nielson, Commissaire européen pour l ‘aide au développement, l’invisible. Et pourtant il y aurait une raison de le connaître : il administre de l’argent , beaucoup d’argent : 21 milliards d’Euros … et la somme dont l’Union Européenne prive le tiers monde chaque année.
Poul Nielson a déclaré, lors de sa première audition au parlement, "Nous avons l’obligation d’obtenir de meilleurs résultats". Cela fait trois ans et demi "et rien ne s ‘est amélioré" déclare un haut fonctionnaire travaillant pour le Commissaire Nielson. Toujours plus de bureaucratie et un défaut de plus en plus grave : La guerre de tranchées à l’intérieur de la Commission. La Commission Prodi a éclaté les responsabilités concernant l’aide au tiers monde entre plusieurs directions générales … …
Rien que pour l’agrément d’un projet, il faut un minimum de quatre années… …
Les gouvernements nationaux ont aussi leur responsabilité : Ils ont toujours refusé à la Commission les compléments de personnel nécessaires. Leurs ministères du développement disposent de quatre à huit fois plus de gens que les autorités de Bruxelles par millions d’Euros d’aide à gérer… … Ils ont empêché ce qu’ils ont cent fois promis : Une véritable politique européenne pour le tiers monde. »

RZECZPOSPOLITA (quotidien polonais – 19 février)

Position de l’église polonaise sur l’entrée du pays dans l’U.E (Interview du cardinal Joseph Glemp)

« … … Le processus dans lequel nous sommes engagés est une intégration dans un marché qui est commun à la plupart des pays européens et non une intégration européenne. L’Union Européenne est dans une phase de construction politico-économique qui, quand elle sera achevée, pourra être une étape vers une intégration qui sera du domaine de l’âme. Ce n’est pas là une simple question de calculs, de comptabilité comportant perte ou profit, ce qui n’est pas une intégration.
L’intégration c’est le sentiment d’avoir en commun culture, union, solidarité, assistance, accueil et d’être Européen comme on se sent Polonais. Je pense que cette étape arrivera. Le processus de rapprochement et de mise en communauté des peuples se déroule historiquement de telle manière que cette grande machine ne peut s’arrêter. Aussi je me considère "Eurofataliste".

Qu’est-ce que cela signifie ? du pessimisme ? "Non, le destin peut ne pas aller vers le paganisme, mais vers le christianisme".
Est-ce de l’optimisme ? "Oui, de l’optimisme. Voyez-vous, telle est la volonté de Dieu, …le projet de Dieu est que, après les épreuves des guerres, les pays européens se mettent à œuvrer en commun".»

La question irakienne fait l’objet de nombreux articles dans la presse russe qui informe ses lecteurs sur les débats à l’ O N U et à l’ O T A N, sur les déclarations successives des pays européens, sur la position des Etats Unis. L’hebdomadaire VLAST’ donne un panorama complet de la situation, avec des extraits de la presse étrangère, des articles de fond et des sondages d’opinion, dont celui du 23 février repris infra est représentatif.


Sondage sur l’Irak : "Vous êtes pour qui ? pour l’Amérique ou pour l’Europe ?"

Yuri Vorontsov, Président de la "Commission russo–américaine de coopération en affaires" :
« La Russie doit prendre une position conforme à ses intérêts et ne soutenir ni les Etats Unis ni l’Europe. »
Sergueï Mironov, Président du "Conseil de la Fédération de Russie" :
« Le plus important c’est de ne pas aller jusqu’à l’usage de la force. »

Emil Païn, Président "Contre les problèmes ethno-politiques" :
« En ce moment nous ne devons prendre parti pour personne. »

Andreï Kozyrev, Ministre des Affaires Etrangères de 1990 à à 1996 :
« Il nous faudrait soutenir la France, mais sans nous mettre en avant. »
Irina Khakamada, Vice Présidente de la Douma d’Etat :
« La Russie doit défendre ses intérêts. Notre intérêt consiste à contrôler le conflit. Aucune opération militaire ne doit pouvoir commencer sans l’aval de l’O N U. »

INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE (23 février)

Les cinq péchés capitaux de la France envers l’Irak (André Gluksman)

1 Démolition : Le duo franco-allemand s’intitule "Europe", prétend parler pour 25 pays, mais n’en représente que 3 dont la Belgique. Sa critique de l’arrogance peut lui être renvoyée.
2 Scandale moral : La coalition France – Allemagne – Russie se prétend axe moral, le camp de la paix, alors que ses pieds sont fermement plantés dans la guerre de Tchétchénie.
3 Démagogie plutôt que démocratie : Paris et Berlin recyclent des arguments des mouvements de paix stalinistes, avec des sondages à 80 %.
4 Impuissance : Faire traîner les inspections ne fera qu’aider un dictateur à gagner du temps. Pourquoi se concentrer sur Saddam ? Parce que c’est le plus effrayant, un brandon proche d’un baril de poudre.
5 Attendre et ne rien voir …

INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE (23 février)

Nos hommes d’Etat préfèrent le Plan Martial… (Paul Krugman)

« Le Plan Marshall fut le sommet de l’Amérique avec un acte sans précédent historique : Il fournit une aide considérable aussi bien à ses alliés qu’à ses ennemis vaincus. Ce n’était évidemment pas de l’altruisme pur mais la poursuite lumineuse d’intérêts à long terme. L’encouragement de la prospérité et de la stabilité était aussi important que la puissance militaire dans la lutte contre le communisme.
On peut craindre que les dirigeants actuels ricaneraient devant une telle politique.
… …
Quel budget a été alloué à la reconstruction de l’Afghanistan ? Zéro. »

NEWSWEEK (3 mars)

Il est temps que la Chine monte d’un cran (Extraits - Fareed Zakaria)

« Le gouvernement américain continue de dire que les nouvelles de Corée du Nord ne constituent pas une crise. Et pourtant ce pays a annoncé qu’il remettait en route son réacteur nucléaire à Yongbyon afin de produire du plutonium. Le plutonium est une clé qui permet de fabriquer des bombes nucléaires et on estime qu’elle pourrait en détenir 6 dans un proche avenir. Ce plutonium se vendra probablement sur des marchés libres car la Corée du Nord vend tout ce qu’elle peut. … …»
« Délibérément la Chine depuis 30 ans n’est pas intervenue à l’étranger, en réaction contre la politique de Mao, qui s’alliait à la canaille du tiers monde telles que la Libye, la Syrie et Cuba. Son seul geste de politique étrangère valable a été son ouverture aux Etats Unis en 1972. Aujourd’hui seules deux puissances peuvent résoudre la crise coréenne : La Chine et … les Etats Unis.»


LE SOIR (quotidien Wallon - 22 février)

Les civils fuient en masse le centre du Burundi
« Près de 60 000 civils ont fui leur habitation du centre du Burundi, depuis le 17 janvier, en raison d’affrontements entre l’armée et des rebelles des Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD), a-t-on appris de source administrative et militaire.
… …
Les FDD , principal mouvement rebelle burundais, ont signé le 3 décembre dernier un accord de cessez- le-feu avec le gouvernement, qui devait officiellement entrer en vigueur le 30 décembre dernier. Cette entrée en vigueur a été repoussée à une date non déterminée. La trêve, qui était théoriquement effective trois jours après la signature de cet accord historique de cessez-le-feu, est de moins en moins respectée sur le terrain. Une guerre civile oppose depuis 1993 l’armée à des mouvements rebelles hutus. Cette guerre a déjà fait 300 000 victimes environ, essentiellement des civils selon les Nations Unies. »

NEWSWEEK (3 mars)

Aux commandes (G.Wehfritz et B.J.Lee)
Le trajet de Roh

« Le Président de la Corée du Sud l’a-t-il préparé à la "Maison Bleue" (résidence du Président) ?
Roh c’est l’enfant pauvre qui a réussi. Devenu avocat il s’enrichit, puis en 1987 il devient avocat des Droits de l’Homme et prend des risques pour faire campagne contre Chun Doo Hwan, un général de la ligne dure, qui s’était emparé du pouvoir en 1980. Roh a maintenant 56 ans. Il succède à Kim Dan Jung le 25 février. Son calendrier domestique est bien rempli mais la crise nucléaire va marquer, sinon dévorer, son mandat à la Présidence. Son offre de médiation n’est bienvenue ni à Washington ni à Pyong Yang … … Il n’a pas d’expérience en Affaires Etrangères et parfois ses messages sont stupéfiants. Exemple : Une Corée du Nord détenant le pouvoir nucléaire est préférable à une Corée du Nord qui s’effondrerait. … … »


LA COTE D’IVOIRE : DE LA DEMOCRATIE A LA GUERRE CIVILE


Il est difficile, d’appréhender le rôle de chacun des acteurs d’un conflit ivoirien où, constate DIE ZEIT, « les desseins criminels d’éléments armés se mêlent aux revendications d’un important groupe ethnique marginalisé et où des intérêts internationaux entrent en collision avec une politique intérieure ivoirienne marquée de national-chauvinisme. » Le journal allemand, avec le recul d’un observateur non engagé, met en scène les événements et les hommes qui ont fait dériver la Côte d’Ivoire de la démocratie à la guerre civile.


DIE ZEIT (11 février)

Côte d’Ivoire : On n’approche pas de la paix

« Le Président Laurent Gbagbo vient une fois encore de confirmer sa réputation de tacticien roué : Dix jours après l’accord de paix de Paris, il s’en est félicité et l’a enterré en même temps, en le qualifiant de "bonne base pour poursuivre le travail". … …
Les acteurs dominants de la rébellion sont d’anciens soldats ivoiriens qui font partie de l’entourage immédiat du général putschiste Robert Gueï, assassiné le 19 septembre 2000. Garde prétorienne à l’époque où il était Président, ils ont constitué une sorte "d’armée dans l’armée" qui se désignait comme une "Cosa Nostra". La rupture entre cette garde et le général est intervenue en 2000 quand Gueï, qui voulait se présenter aux élections présidentielles, soumit à référendum une loi réglementant l’origine des candidats à la Présidence, dont le résultat était d’empêcher le leader de l’opposition du Nord, Alassane Ouattarra, de se présenter. Le parti de Ouattara, le "Rassemblement des Républicains", proche de la garde prétorienne réunie autour de l’ancien sous-officier Ibrahim Coulibaly, monta sur les barricades et dut fuir à l’étranger, essentiellement au Burkina Fasso.


Incontestablement les insurgés bénéficient de sympathies dans le Nord essentiellement musulman, ce qui est à mettre en regard de la politique intérieure ultra nationaliste, de Gbagbo, qui a, entre temps, acquis une triste réputation sous le nom "d’ivoirité".

L’élection présidentielle d’octobre 2000 s’est terminée par des combats de rue, le général R.Guei voulant se maintenir au pouvoir par coup d’Etat … L.Gbagbo est devenu Président. Mais à peine était-il au pouvoir que les partisans du parti RDR de A.Ouattara réclamaient de nouvelles élections. Le résultat a été des combats de rue avec quelques centaines de morts, beaucoup d’atteintes aux droits de l’homme par les forces de sécurité et "le massacre de Youpogon", perpétré par la gendarmerie. Le procès des coupables présumés se termina avec leur acquittement par défaut de preuve.
L’impunité pour les forces de sécurité et les persécutions contre les étrangers et les "nordistes", ont conduit à une prise de distance à l’égard de ce gouvernement. Les insurgés utilisèrent à leur profit ce sentiment de marginalisation dans les régions du Nord qu’ils occupaient.
La population de la capitale du Nord, Korhogo, constate avec étonnement qu’elle a maintenant à faire à une armée rebelle qui ne pille pas, contrairement à ce qu’elle a connu avec les troupes en uniforme. D’où la bienveillance avec laquelle est vue la demande des insurgés d’une Côte d’Ivoire dans laquelle tous les Ivoiriens seraient réconciliés.
… …
Naturellement on pourra objecter à la décharge du gouvernement ivoirien que le pays ayant la plus forte proportion de population étrangère du monde doit avoir une loi sur l’immigration et qu’il est légitime qu’il cherche, à minima, de s’en sortir grâce à une nouvelle législation sur les passeports.

Mais cela ne justifie pas les atteintes quotidiennes à la personne et aux biens des étrangers par les forces de sécurité . La culture de l’impunité est une conséquence du putsch de 1999, qui a permis à des soldats mal payés de constater qu’ils pouvaient changer les choses à leur convenance, par la force. Inversement, la Gendarmerie, qui soutenait L.Gbagbo et avait joué un rôle essentiel dans l’élimination de R.Guei, retire de cette solidarité avec le FPI un engagement du gouvernement à passer sur toutes les fautes de son personnel – y compris les "escadrons de la mort" qui se recrutent dans la gendarmerie et sont pour le moins très proches de la femme du Président

Comment peut se résoudre cette crise ? Il n’y a pas pour l’instant de réponse.

Gbagbo a affaibli le contenu de l’accord de paix de Paris et atténue la participation des rebelles dans le gouvernement de transition. Il s’appuie pour ce faire sur la constitution.

La France, ancienne puissance coloniale, faute d’une stratégie pour le règlement du conflit, se retrouve de nouveau assise entre deux chaises. Fidèle à la doctrine "Ni ingérence, ni indifférence" la France s’est refusée tout d’abord à mettre ses soldats, stationnés à Abidjan, en marche contre les rebelles, ce qui a conduit aux protestations de la population du Sud. Finalement les Français ont néanmoins arrêté l’avance des rebelles, pendant que le Ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin, en s’efforçant de réaliser une médiation, se voyait confronté à une clique de gouvernement qui le bafouait publiquement.

… … Le sommet provisoire de cette confrontation entre ex-puissance coloniale et ex-colonie est le mandat de l’ONU aux soldats français, qui se réfère au gouvernement de transition et non plus au Président, et confie à l’armée française des missions de police. Plus d’un observateur voient en ce mandat le troisième front. »


Odile Boulloche – Bernard Chadenet – Claude Gaboreau – Guy Girod Genet – Michel Kavyrchine - Henri Moullier – Marion Ordonneau – Yves Stalla-Bourdillon – François Treilhou – André Troesch