Observatoire du 4 décembre 2003

 

LE PAKISTAN : UN BRÛLOT EN ASIE DU SUD

Exposé du général Alain Lamballe, Cheam 74 , ancien attaché militaire dans plusieurs pays d'Asie du Sud.


Au Pakistan, le pouvoir est disputé entre l'armée de terre, surtout lorsque son chef d'état major a fait un coup d'État, l'ISI (Interservices Intelligence), les partis politiques, les groupes islamistes et, dans leurs zones, les tribus traditionnelles. Le chef d'État, le général Pervez Musharraf tient le pays d’une main ferme. Il a remplacé les neuf généraux de l’armée de terre commandant les corps d’armées. Cela ne signifie pas pour autant que l’armée soit monolithique : certains généraux extrémistes ont été écartés ; plus généralement, la démocratisation du corps des officiers, après la défaite de 1970 devant l’Inde, a permis la montée dans la hiérarchie de colonels, voire de généraux qui, formés au départ dans des écoles religieuses, ont parfois des tendances islamistes.

D’autre part, l'ISI, commandé par un général, avait mis sur pied, avec l’aide américaine et contre l’URSS en Afghanistan, les Talibans assez largement islamistes. Le général Musharraf a limogé le responsable de l'ISI mais a-t-il pour autant un contrôle parfait sur son successeur ? Al Qaeda compte aussi de nombreux sympathisants dans la population.

Les leaders deux grands partis « classiques », Benazir Bhutto, plutôt « laïque », et Nazar Sharif, plutôt islamiste, sont en exil. De petits partis religieux, longtemps confinés dans les campagnes, ont remporté récemment un certain succès dans les régions proches de l’Afghanistan. Ces partis religieux ont d’ailleurs des contacts avec l’armée : le président peut avoir besoin d’eux pour affronter le terrorisme (les organisations extrémistes sont interdites), voire l’Inde au Cachemire (où chaque confrontation entraîne un accroissement du budget militaire, ce qui satisfait l’armée...).

Les quatre provinces : le Pendjab qui représente à lui seul la moitié de la population et dont la richesse est essentiellement agricole, le Nord-Ouest, le Balouchistan et le Sind, sont en rivalité aussi bien pour la répartition du budget que pour la distribution de l’eau. La pauvreté du pays en général ne facile pas les arbitrages pas plus que l'antique tradition de « civilisation de l’eau », liée au grand fleuve Indus.

L’économie du pays demeure assez dynamique. Il y a un peu de gaz naturel. Le tourisme est une source importante de revenus, l'agriculture traditionnelle reste essentielle dans l'économie du pays. L'armée contrôle l’industrie pour tout ce qui a rapport avec la défense.


Le Pakistan compte quelques secteurs de pointe : armement nucléaire et missiles développés avec des partenariats étrangers (Chine, Corée du Nord, ainsi qu’Arabie saoudite pour le financement). . Mais l’insécurité ne favorise guère l’investissement.

Les réseaux islamiques entretiennent quelques vingt mille medersas souvent financées par l’Arabie saoudite. Elles constituent autant de pépinières d'islamistes d'autant plus qu'elles attirent les familles pauvres : le repas de midi est gratuit… elles ne fournissent qu'une formation religieuse rudimentaire car les enfants, s'ils récitent le Coran en arabe… ne le comprennent pas. D’autre part, une opposition larvée entre la majorité sunnite et l’élément chiite entraîne l’existence d’organisations sectaires de part et d’autre, donc des heurts et des assassinats.

Depuis le partage de 1947, le Cachemire pose des problèmes de confrontation avec l’Inde et d’administration de la partie pakistanaise. La zone Nord a du être rattachée directement à la capitale Islamabad, le gouvernement ayant tenté d’utiliser « l’arme démographique » par l’envoi, en particulier, de Pendjabis, de vives tensions sont apparues là aussi entre sunnites et chiites.

L'Afghanistan et le terrorisme sont des questions brûlantes. Les Talibans et Al Qaeda franchissent aisément la frontière, par des pistes et sentiers difficiles à contrôler. Les habitants des « zones tribales » tendent la main à la population afghane proche (mêmes tribus, même langue, même religion sunnite). La frontière (« ligne Durand ») n’a pas été reconnue par Kaboul au moment de l’indépendance du Pakistan. Ces zones tribales sont administrées directement par Islamabad et non par la province (du Nord-Ouest). Sous la pression américaine, l’armée pakistanaise y intervient désormais directement ; les Américains qui ont un consulat à Peshawar sont-évidemment très attentifs à tous les mouvements de cette région.

Le Pakistan n'est pas le seul pôle islamique en Asie du Sud. Avec les musulmans indiens (cent cinquante millions) et le Bengladesh, l'islam sud-asiatique compte presque quatre cent cinquante millions de fidèles, face à quelques huit cent cinquante millions d'Hindouistes et de Boudhistes.


Notes de Jean Chaudouet et Henri Eyraud.