Observatoire du 25 septembre 2003

 

L'APRES GUERRE EN IRAK, LA CRISE EN COREE

L'Irak

Il est vain de vouloir réécrire l'histoire, hasar-deux de prédire l'avenir et le présent lui-même est difficile à interpréter. Parmi les événements ac-tuels, la question de l'Irak est celle qui suscite les passions les plus fortes, beaucoup dans l'auditoire formulent des hypothèses quelque peu impruden-tes. Le conférencier s'emploie à proposer les scé-narios probables et à distinguer le plausible de l'incertain.

Les Américains ont-ils échoué ou sont-ils en passe de réussir ?

Ils ont des ressources énormes en argent, en hommes et en matériels mais le coût d'une mobilisation totale donne le vertige. Quatre milliards de dollars par mois est le prix à payer aujourd'hui et l'on estime à quatre vingt-sept milliards les besoins pour 2004, 80% pour les troupes, 20% pour la reconstruction. Les cent vingt-sept mille hommes sur place, soit le triple pour le repos et la relève, suscitent le besoin d'une organisation gigantesque. Les Irakiens, qui coûtent cinq fois moins cher, devront être formés. Les forces sont actuellement enlisées et peu efficaces, on sait qu'une certaine peur les tenaille. Et le théâtre irakien n'est pas le seul. Au total, les Amé-ricains cherchent à se faire seconder par des puissances amies, c'est pour eux vital, voire désespéré, car ils doivent contrôler les turbulentes puissances voisines.

Le statut de la France dans cette affaire

Après une campagne de dénigrement sous-traitée à 'l'empire Murdoch", les choses vont une peu mieux et notre ambassade n'y a pas peu contribué. La France a assoupli sa position : la menace du veto a disparu, les délais de rétroces-sion du pouvoir aux Irakiens s'allongent, l'exigence de démocratie reste dans le flou et le discours sur l'Onu ne s'écarte pas trop de celui du belligérant principal. A-t-on eu tort ou raison, allons-nous le payer très cher ? Ce sont des questions sur les-quelles on sera mieux fixé dans un prochain avenir.

Le rôle de l'Onu

Tout le monde admet que les casques bleus sont inefficaces dans des opérations de guerre ou de guérilla urbaine et, probablement, contre le ter-rorisme qui se manifeste aujourd'hui mais les gran-des instances des Nations unies (FAO, Banque mondiale, Unesco, etc.) vont rendre de grands

services pour la reconstruction dans un pays paci-fié. Aujourd'hui, de l'Onu qui s'implantait, il ne reste qu'une petite cellule après le récent attentat qui l'a cruellement frappée.

Quel système politique peut-il être envisagé ?

On sait que les Chiites, divisés en quelque cinq factions, sont environ 60% ; les Kurdes et les Turk-mènes du Nord, de 20 à 25%, les Sunnites (pro-Saddam), à Bagdad et aux alentours, 20% ; les Chrétiens (Assyro-Chaldéens), quelques pour-cent. On devrait aller vers "un pays fédéralisé" où chaque communauté aurait une autonomie relative. La création d'un gouvernement central ne connaît pas à l'heure actuelle de solution.

Globalement, la situation est aujourd'hui très difficile. "Je ne suis pas très optimiste pour l'Améri-que". L'appui international n'est pas acquis, les coûts sont gigantesques, la guérilla, les attentats kamikazes montés de l'extérieur (Arabie Saou-dite ?) créent une situation dramatique. Enfin les élections à venir risquent d'engendrer des gesticu-lations imprévisibles et la crise internationale peut se prolonger de ce fait même.

La Corée du Nord

Selon le conférencier, la crise causée par l'ar-mement nucléaire de la Corée est mal suivie en France. Elle est devenue internationale et pousse déjà la région à une course aux armements. Elle suscite pour l'instant un réarmement dans la ré-gion. Le traité de 1961 entre la Chine et la Corée du Nord, est interprété par les Chinois à leur ma-nière. Ils cherchent à obtenir la dénucléarisation moyennant des aides économiques, tout en proté-geant la Corée du Nord, et font en sorte que son régime se rapproche du leur. Les États-Unis et la Chine travaillent la main dans la main. La Corée du Nord, capable de traiter l'uranium et de fabriquer des armes atomiques, a été placée sur "l'axe du mal".

Mais on ne sait pas trop où en est cette filière secrète d'uranium, même si les capacités de missi-les existent à coup sûr. La diplomatie est en route. L'échec partiel de la conférence des 26-29 août laisse la porte ouverte à d'autres négociations. Moyennant une aide alimentaire, des subsides économiques et une garantie américaine de sécuri-té, les Coréens du Nord pourraient montrer quel-que souplesse : ils accepteraient en fin de compte de désarmer avec, en contrepartie, la fourniture de centrales non proliférantes.


animé par le général (2S) Henri Eyraud, notes d'Henri Douard