Observatoire du 15 mai 2003

 

QUELQUES ASPECTS DE TROIS CRISES

Les provocations de la Corée du Nord

En avril, pendant la guerre d'Irak, des contacts secrets ont eu lieu à très haut niveau entre dignitaires nord-coréens et chinois. La Chine a ensuite organisé une rencontre à trois, Pékin, Pyongyang et Washington, pour renouer les contacts entre Américains et Nord-Coréens. Bien que les États-Unis aient interrompu les pourparlers, les deux côtés ont pris soin de souligner qu'il n’y avait pas rupture. Washington et Pyongyang sont donc entrés dans un processus de négociation. La Corée du Nord veut avant tout obtenir des garanties quant au maintien de son régime politique mais aussi une aide alimentaire et énergétique plus importante qu'auparavant ; l'objectif des États-Unis est de dénucléariser la Corée du Nord et éventuellement de changer son régime politique. Ces perspectives suscitent des réactions diverses chez les pays voisins.

La Corée du Sud redoute une réunification qui bouleverserait son équilibre démographique et ruinerait sa prospérité économique. Elle souhaite le maintien dans son pays de la présence militaire américaine (36 000 hommes) mais aussi que les États-Unis se gardent de toute attitude offensive envers la Corée du Nord. Elle veut développer les pourparlers sur la coopération économique nord-sud.

Le Japon appréhende lui aussi toute réunification de la Corée qui créerait, dans sa proximité, un État de près de 70 millions d’habitants. Alors que la population japonaise reste très anti-nucléaire, le gouvernement japonais évolue vers une politique de défense plus vigoureuse, impliquant un abandon du concept strictement défensif de son dispositif militaire (Article 9 de la Constitution de 1947).

La Chine souhaite, elle aussi, éviter l'unification de la Corée, dénucléariser la péninsule et dissuader les États-Unis d'entreprendre une action de force. Elle voudrait que le régime nord-coréen évolue en prenant modèle sur elle.

L’épidémie de pneumonie atypique en Asie

L’épidémie, apparue dans la province de Canton en novembre 2002, s’est répandue à Hongkong et en Chine sans que le gouvernement chinois ne prenne la moindre mesure préventive, cherchant plutôt à dissimuler l'épidémie. Elle s’est donc étendue de par le monde atteignant, avant qu’on ait pu prendre soin de l’enrayer, plusieurs pays asiatiques et le Canada. Ce n’est qu’en avril 2003 que les Chinois se sont résolus, sous la pression internationale, à reconnaître la gravité de l'épidémie, à autoriser l’OMS à enquêter sur place et à mobiliser sa population. Encore semble-t-il que cette décision n’ait pas été prise sans de sérieuses divergences de vues au sein du nouveau pouvoir chinois. Cette attitude a porté atteinte à l’image de la Chine et de son régime dans le monde.

Plus tardivement, Taïwan, pays développé comme l'Europe, a été fortement menacé à son tour, alors qu'il reste exclu, sous la pression de Pékin, de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), même à titre d'observateur.

L'épidémie, et les mesures prises pour la limiter, ont paralysé, en Asie Orientale et en Chine, les transports aériens et maritimes, le tourisme et l'hôtellerie, retardé de nombreux contacts et les décisions économiques qui en dépendaient. Mais il est encore trop tôt pour évaluer l'effet de cette crise sur la croissance régionale.

Perspectives d’après guerre au Proche-Orient

« Deal » entre Saddam et les Américains ? Si surprenante que soit cette rumeur, elle s'appuie sur plusieurs constatations : toute la famille de Saddam Hussein a disparu sans que les Américains ne semblent attacher d'importance à les retrouver. Il n’y a pas eu non plus de résistance militaire organisée à Bagdad et des ordres de dispersion auraient été donnés aux 15 000 fedayins qui emplissaient la capitale. Saddam a peut-être trouvé refuge dans une tribu fidèle que les Américains se gardent de contrôler.

Le bras de fer américano-syrien. Les États-Unis reprochent à la Syrie, d’une part, d’avoir donné refuge à des dirigeants irakiens, d’autre part, d’apporter son soutien aux mouvements Hamas, Djihad islamique et Hezbollah toujours actifs au Liban sud. Les bureaux de ces organisations terroristes semblent avoir été fermés à Damas. Mais le secrétaire d’État Colin Powell, lors de sa visite dans la capitale syrienne n'a proféré aucune menace d'opération militaire.

La feuille de route. Proposée par les États-Unis et l'Union européenne pour jalonner l’évolution pacifique des rapports entre Israël et Palestiniens, elle affiche clairement l'objectif : créer un État palestinien. L'acceptation "sous conditions" d'Ariel Sharon est-elle crédible ? Israéliens et Palestiniens seront-ils capables d'arrêter la violence des extrémistes des deux camps ?


Notes de Jean Duhamel et Henri Eyraud