Observatoire Europe du 1 avril 2003


LA CRISE EUROPEENNE DANS LA CRISE INTERNATIONALE

Intervenant désormais en alternance avec l’Observatoire des phénomènes mondiaux d’ARRI, l’Observatoire des réalités européennes, animé par Robert Toulemon, a tenu sa première séance dans les locaux de la Représentation de la Commission européenne.

L’exposé initial a repris les thèmes de la note préliminaire mise en circulation (note qui figure actuellement sur notre site Internet www.arri.fr) : crise internationale se doublant d’une crise européenne, répercussion sur les travaux de la Convention, travaux communautaires et menace de récession.

Des partenaires divisés
Sans doute de la gravité des évènements pourrait-il naître un sursaut. Mais force est, au préalable, de reconnaître que l’Europe n’a pas pesé sur la politique américaine par une attitude commune. Les Anglais se sont affranchis des consultations préalables prévues par le traité de Maastricht et d’Amsterdam, le couple franco-allemand jouant à part de son côté. A preuve d’ailleurs, cette commémoration du traité de Versailles avec les drapeaux des deux pays mais sans drapeau européen. Le comportement est le même quand il s’est agi d’examiner l’avenir de la PAC (Politique Agricole Commune).

L'Onu remis en cause
Au plan international, cela devrait conduire à une réforme de l’Onu, peut-être avec des ensembles régionaux, pour parer à l’éparpillement de décisions entre trop de nations disparates, sûrement avec une élaboration juridique plus poussée du droit d’ingérence et des droits de l’homme.

La convention face à l'élargissement
Au plan européen, les travaux de la Convention n’ont pas été perturbés à l’excès, si l’on met à part l’important sujet de la politique étrangère. En tout cas, le constat des limites de la politique intergouvernementale devrait favoriser l’émergence d’une personnalité juridique de l’Union se superposant aux États. Sans doute aussi aurait-il été préférable d’être plus nuancé à propos de l’attitude des pays de l’Est et d’éviter de trop marquer la différence entre le centre et la périphérie dans la construction européenne.

Les menaces de récessions
Ni l’affaire irakienne, ni même celle des rapports politiques entre pays membres, ne devraient occulter la situation économique et sociale devenue de plus en plus préoccupante.

Des points de vue à porter au débat
Jean Wahl, dans la discussion, qualifie d’invraisemblable le fait que les chefs d’État européens aient pris position sans même se consulter au préalable, créant de surcroît un sentiment d’exclusion chez leurs partenaires. Il note par ailleurs que, en deçà de l’avance institutionnelle, importe beaucoup l’effort d’harmonisation au moyen de politiques communes.

La nécessité de se parler est effectivement perçue comme impérative par plusieurs intervenants, l’utilité du dialogue informel, voire le recours à une personnalité tutélaire comme le fut Spaak. Certains ont regretté que l’on ait eu davantage un jeu politique qu’un jeu diplomatique dans le dossier irakien. Préoccupations électorales ou divorce entre gouvernement et opinion publique ?

Mais pour l’Europe, ce qui est clair est le manque d’implication populaire dans sa construction. Le travail des associations pourrait y remédier et les vingt propositions d’ARRI ont été les bienvenues. Dans le même ordre d’idée, il faut mentionner la carence de l’enseignement pour véhiculer l’idée européenne auprès des jeunes.

Philippe Marchat voit trois infirmités dans la démarche européenne : l’habitude de se cantonner dans le court terme, sans vision à long terme ; la carence des médias sur les sujets européens ; le grave retard pris en matière de défense par rapport aux États Unis. D’où cette formule : il faudrait pour l’armement une CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier, à l’origine de l’Europe). Il a été ajouté par ailleurs comme handicap de l’Europe, le vieillissement des activités économiques dans nos pays, spécialement en Allemagne.

On se réconfortera en se souvenant que le traité de Rome a vu le jour dans un contexte international agité à l’époque de Suez et Budapest. On constate que certaines coopérations fonctionnent très bien, par exemple l’aéronautique et l’aérospatial, et que l’OCCA est efficace en matière d’armement : le porte-avion franco-britannique en est un symbole.

Pour résoudre le problème du nombre de commissaires, Robert Toulemon suggère des ministres sectoriels au sein d’un présidium exécutif dont la désignation impliquerait le Parlement européen, car le problème fondamental reste bien celui de l’arbitrage entre le concept fédéral et le concept intergouvernemental, entre la Commission et le Conseil.

Notes de Luc-André Leproux