DEJEUNER-DEBAT du 18 février 2003

 

LA GUERRE ISRAELO-PALESTINIENNE EST-ELLE SANS ISSUE ?

par Emile SHOUFANI, curé de Nazareth

Quand le Christ est entré à Nazareth, on lui a donné à lire dans la Torah le passage d'Isaïe : « Voici que le Seigneur m'a oint de son esprit, il m'a envoyé chez les pauvres pour proclamer une année salutaire ». Il y a là le point de départ universel de Nazareth qui compte aujourd’hui 75 000 habitants Palestiens avec à la périphérie environ 40 000 Juifs. La moitié de la population du centre ville est chrétienne, à majorité orthodoxe. L'entente a toujours été bonne avec les musulmans alors que les politiques ont semé la discorde avec la construction de la fameuse mosquée… La 17° !

Nazareth est le coeur de la communauté de 180 000 arabes qui est restée en 1948 à l'intérieur du pays, 780 000 d'entre eux ont quitté l'Etat d'Israël.

 

Le problème palestinien est un conflit qui touche l'appartenance à la terre; à laquelle s'ajoute l'émotion religieuse, spirituelle, historique et la force des rêves.

Etre avec

Je n'aime pas beaucoup le mot identité qui enferme; je préfère de beaucoup l’expression « participer ». Ainsi, je participe au monde chrétien qui vient des temps apostoliques. Mais ici, notre christianisme s'exprime en arabe, et nous sommes au cœur du monde musulman. Cette double appartenance nous éloigne du communautarisme d'autant plus que nous somme aussi dans le monde juif ! Nous sommes israéliens depuis 54 ans: choix politique indispensable que celui d’être d'accord avec l’état d'Israël tel qu'il existe. Nous sommes aux côtés du judaïsme d'aujourd'hui, qui reste dans la continuité du salut, et non, comme le pensent certains chrétiens, en rupture avec un judaïsme historiquement dépassé.

J’ai eu aussi la chance de faire mes études en France entre 1964 et 1971, période extrêmement féconde : c'était la fin du Concile et l’époque des événements de 1968. Revenant dans mon pays, je me suis senti arabe au moment de la guerre de 1967; je me suis rendu aussi à Dachau et ce fut le chemin d'une autre compréhension des malheurs du monde juif. Tous les peuples du Moyen Orient furent humiliés, blessés par l'histoire et c'est là un point commun pour mieux comprendre la réalité .

Une paix toute proche : Oslo

Depuis 1967 la communauté arabo-israélienne a pris conscience que la solution du problème était dans l'existence de deux Etats et les accords d'Oslo furent le point de départ d'une grande espérance. Malheureusement elle a laissé la place au doute et l'exigence palestinienne du retour a été ressentie comme une nouvelle menace pour Israël.

L’assassinat de Rabin a mis au grand jour la question suivante : a- t-on le droit de donner à des non-juifs une part de cette terre d'Israël, don de Dieu au peuple juif ? Du côté palestinien aura t-on le courage de dire aux trois millions de réfugiés : vous ne reviendrez pas, vous serez peut-être indemnisés mais vous devez vous installer dans d'autres pays ; or de tels propos n'ont jamais été tenus aux palestiniens.

La peur de l’autre

Les événements d'octobre 2000 déclenchés par la visite de Sharon sur l'Esplanade, ont convaincu les deux pays, que le compromis d'Oslo n'existait plus. Aujourd'hui nous sommes dans une méfiance totale, une fermeture chez les palestiniens, une démolition totale de leur Etat, de leurs infrastructures, de leur jeunesse, de leurs dirigeants. Par la force, il faut faire plier l'autre. Le peuple juif se sent menacé dans son existence biblique et dans son existence d'état, et la menace vient des palestiniens, du monde arabe et plus loin du monde musulman. Cette peur paralyse toute réflexion et tout dialogue ; les israéliens désorientés vont vers Sharon.

Du coté palestinien on ne voit pas non plus comment retrouver le chemin de la paix. Dans la violence action, réaction, le terrorisme ne mène à rien sinon à détruire tout ce que les Palestiniens ont construit pour leur cause juste. Emile Shoufani d'ajouter : "Je suis pour la résistance dans les Territoires, mais pas pour se faire exploser dans les cafés ou les restaurants. Pour moi, le peuple palestinien ne peut plus exister s’il n’a pas un Etat à lui dans des frontières reconnues. De même un Etat israélien doit pouvoir vivre en sécurité avec le départ de tous les colons, condition indispensable à la stabilité de la région".

Changer de terrain…

Il faut que les deux peuples reconnaissent l'histoire de l'autre et se regardent autrement pour arriver à une trêve, en se situant sur un tout autre terrain. C’est l'objet du mouvement lancé pour se retrouver ensemble à Auschwitz dans un lieu qui rappellera les valeurs humaines supérieures. Il s’agit de réunir au mois de mai prochain 300 personnalités juives et arabes pour aller au-delà de la conjoncture actuelle. Ce projet est étendu à la France qui a un rôle très important au Moyen Orient. L’association « Mémoire pour la paix »est le support de ce projet...


Notes de Pierre Coulhon