DEJEUNER-DEBAT du 26 novembre 2003

 

QUE SAIT-ON DE JÉSUS ?

Par Jacques DUQUESNE Ecrivain, journaliste

" La France est un pays imprégné de culture chrétienne et pourtant, chaque année, on en sait de plus en plus sur Jésus ", affirme d’emblée Jacques Duquesne, auteur d’un ouvrage intitulé tout simplement Jésus, écrit dans l’objectif de faire connaître à un large public l’état de la question.

Une chose est certaine maintenant : personne ne nie plus l’existence historique de Jésus, ce qui n’était pas le cas, dans certaines classes d’instituteurs, il y a à peine cinquante ans !

On en sait de plus en plus grâce aux avancées de la recherche

Les progrès de la recherche ont eu différentes causes : tout d’abord la recherche dans l’Église, celle réalisée par des clercs exégètes : elle est de moins en moins freinée par le contrôle tatillon du « Magistère ». En outre, de nombreux chercheurs et universitaires israéliens se sont particulièrement intéressés à l’étude du contexte politique, économique, sociologique et religieux, de l’époque du second temple, c'est-à-dire celle de Jésus. Des travaux archéologiques précis ont, par ailleurs, confirmé la réalité de certains faits rapportés dans les Évangiles, ainsi l’existence, longtemps contestée, d’une piscine à cinq portiques. Enfin, les progrès dans les traductions, grâce à l’usage de l’outil informatique. On a compris, par exemple, que le mot grec traduit habituellement par « rançon » devait, en fait, se traduire par « délivrance », ce qui donne une autre résonance à certains fondements théologiques de la « rédemption ». A coté de cela, restent certains débats épineux. Ainsi par exemple, le conférencier fut lui-même au cœur d'une question très sensible lorsqu'il affirma que, selon certains textes, Jésus devait avoir des frères…

Quelles sont les principales sources documentaires ?

Elles sont multiples et d’origines diverses. Issues des milieux « chrétiens », les références importantes sont les lettres de Paul, les Actes des apôtres, les Évangiles canoniques et apocryphes (notons que le manuscrit le plus ancien des Actes date du 4ème siècle alors que se sont écoulés treize siècles entre Platon et le plus ancien manuscrit de ses œuvres dont on dispose). D'origine juive, on compte principalement le Talmud de Babylone et les écrits de Flavius Josèphe. D'origine romaine, on dispose d'écrits de Pline le jeune, Suétone, Celse, Porphyre…

Comment travaille-t-on et interprète-t-on, aujourd’hui, ces différentes sources ?

Toutes ces sources, à des degrés divers, montrent que les rédacteurs avaient chaque fois en vue
un public bien défini, par exemple, une église locale, celle de Corinthe. Il s'agissait d’écrire " moins ce qui s’était réellement passé que ce que cela voulait dire, dans la mesure où cela voulait dire quelque chose ". C’est pourquoi il faut donc accepter que, de nos jours, il soit réellement impossible d’écrire une vie de Jésus, centrée sur la nature historique des événements, ceci dans le sens que nous donnons désormais à la notion « d’événement historique », au sens moderne et scientifique du terme.
Quelques exemples : si Marc, le seul évangéliste ayant écrit avant la chute du Temple, insiste sur la portée universelle du message de Jésus, c’est parce qu’il s’adresse avant tout à des Grecs. Mathieu, en revanche, qui a écrit après la chute du Temple (70 après JC), séisme immense pour les Juifs, tient compte d'un contexte nouveau où les Sadducéens, prêtres du Temple, ont perdu de fait tout pouvoir au profit des Pharisiens. D’où le caractère assez polémiste de l’évangile de Mathieu à l’égard des Pharisiens. Luc, syrien chrétien d’Antioche, très proche de Paul, écrit plutôt pour la diaspora. Quant à Jean, l’évangéliste le plus tardif, il exprime bien l’état de la pensée des chrétiens, vers l’an 100, après une certaine élaboration théologique, l'aboutissement d’une première réflexion sur la divinité du Christ, ceci après une recherche intense sur le « sens » donné par eux, dans leur propre mode de pensée, à « l’événement Jésus ».

Des critères exégétiques à l'adhésion personnelle

Jacques Duquesne présente ensuite, plus en détail, quelques critères utilisés dans le travail exégétique sur les textes : le critère d’embarras ou de contradiction, le critère de discontinuité ou de double différence, le critère d’attestations multiples…
Puis, à travers un débat très animé et prolongé avec la salle, Jacques Duquesne conclut sur ce que lui-même a personnellement reçu du message de Jésus. " L’exaltation de la vie, ceci dans la ligne de la judaïté de Jésus (pensons au sens à donner à l’Exode !) ; le fait que Jésus soit à la fois Homme et Dieu, le plus difficile à croire et à croire en outre sans être Docète (Jésus n’aurait pas été réellement Homme) ; la conviction que Jésus a changé l’image de Dieu : Dieu n’est plus une puissance cachée; Dieu n’est plus du « donnant-donnant » comme à l’époque de l’Ancien Testament : Dieu c’est du « donnant » tout court.


Notes de Jacques Guyard