DEBAT du 1 mars 2003

 

LA COREE DU NORD : UNE MENDIANTE AGRESSIVE ?

Faute d’être écoutée, la Corée du Nord, placée en janvier 2002 sur « l’axe du Mal » a proclamé son intention de relancer ses recherches nucléaires et ses essais de missiles…

Une terre de violence

«Crevette coincée entre deux baleines», la Corée est habituée depuis des siècles aux déferlements réguliers des armées chinoises et japonaises. Chaque fois le pays, humilié, se renferme sur lui-même devenant le Royaume Ermite. Au XIX° siècle, le Japon s’y engage par la force et le dispute victorieusement à la Chine. Puis, cette Corée, annexée depuis 1910 par le Japon, perd en 1945 un colonisateur pour trouver deux protecteurs et une ligne de démarcation qui va fêter ses cinquante ans.

Depuis 1953, la Corée du Nord souffle le chaud et le froid : en 1972, reprise du dialogue et « accord de coexistence » sans suite ; en 1983, attentat de Rangoon contre le gouvernement sud-coréen ; 1985, Pyongyang signe le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) ; 1993, retrait du TNP et essai d’un missile Rodong 1 ; 1994, accord pour le gel du programme nucléaire civil ; 1998, menace de reprise du programme nucléaire et tir d’un missile vers le Japon ; 1999, gel des essais de missile à longue portée ; 2000, sommet « historique » entre Kim Jong-il et Kim Dae-jung.

Les menaces possibles

L’attaque classique : elle est évidente pour Séoul et ses 12 millions d’habitants à seulement 60 kilomètres de la zone démilitarisée. La Corée du Nord peut faire déferler un million d’hommes en armes et ravager un pays de 500 habitants au kilomètre carré, seize centrales nucléaires en service et quatre en construction.

L’arme nucléaire : deux ou trois engins proches de la bombe A qui a frappé le Japon en 1945, seraient dans l’arsenal de Pyongyang. La réactivation des installations nord-coréennes pourrait permettre la fabrication de quelques bombes supplémentaires à court terme. La réalisation d’une bombe H demanderait des moyens et des délais de mise au point et de développement. Échéance : de deux à cinq ans.

L’arme radiologique : arme nucléaire du pauvre, est un cocktail d’explosif classique et de matières radioactives « du commerce » (césium 137, strontium 90, etc.). Les divers ingrédients existent… un peu partout, il suffit d’un vecteur.

Les missiles : menace concrète du fait des tirs déjà réalisés en août 1998 en direction du nord du Japon et récemment en mer de l’Est (terme que les Coréens, du Nord comme du Sud, préfèrent à celui de mer du Japon !). Menace indirecte aussi par leur exportation vers des pays aux intentions mal définies.

L’immigration massive : une menace aux yeux des Japonais et des Chinois, qui « accueillent » déjà 300 000 réfugiés.

Les conditions de la paix

Retenons celles identifiées, en avril 1999, par le plan de Kim Dae-jung pour le « démantèlement des structures de la guerre froide » :

- Les deux Corée doivent passer de la confrontation à une politique de réconciliation et de coopération ;
- les États-Unis et le Japon doivent normaliser leurs relations avec la Corée du Nord. Sans une amélioration des rapports entre Washington et Pyongyang, les relations Nord-Sud ne progresseront pas ;
- le Nord doit mettre en place une politique d’ouverture et de réforme ;
- il faut éliminer armes de destruction massive de la péninsule et appliquer une politique de contrôle des armements ;
- passer d’une situation de cessez-le-feu à une situation de paix, préalable à la réunification.

La prise de fonction du président sud-coréen, Roh Moo-hyun, a été saluée le 25 février par le tir d’un missile nord-coréen. Washington n’envisage pas pour autant d’attaquer Pyongyang… au prix d’un million de morts.

Les obstacles à la réunification

C’est d’abord la Corée du Nord, avec son dictateur Kim Jong-il et son régime stalinien. La Chine ensuite, qui souhaite le maintien d’un État tampon l’isolant des troupes américaines.Puis le Japon, qui craint tout autant un afflux de réfugiés sur ses côtes que la concurrence d’une Corée réunifiée.

De leur côté, les États-Unis, apprécient l’épouvantail nord-coréen qui leur permet de maintenir des forces à portée de la Chine...

La Corée du Sud enfin, serait, selon certains, « prête à payer pour avoir la paix, pas pour avoir 25 millions de communistes sur les bras. » La réunification coûterait au Sud une amputation de 50%.de son PIB per capita.

La solution réside pour les Sud-Coréens dans un dosage subtil d’aides et de réalisations conjointes pour désarmer le Nord et lui permettre de ne pas mourir de faim. Le problème, c’est que cette attitude entretient le régime…

François Toussaint, Cheam 1986,
Responsable du réseau Asie d'ARRI



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