DEJEUNER-DEBAT du 5 novembre 2003

 

QUE SAIT-ON DE MOÏSE ?

Par Jean BLOT Secrétaire général du Pen Club

"Il n’est d’histoire que de l’âme" (Saint-John Perse).

Se distinguant de la chronologie pure, l’histoire note les changements dans la relation des hommes entre eux et au monde : donc les progrès de l’âme. Avec Moïse, un événement essentiel est survenu : certains l’appellent Révélation de Dieu et d’autres Révélation de l’esprit...

Trois points méritent d’être soulignés

La sortie des juifs de la Maison d’Egypte mar-que la fin du polythéisme : fait mineur sur le plan chronologique mais aux conséquences historiques considérables. Dans le polythéisme, le sacré est partout, tout est interdit, tout est à craindre, les dieux sont multiples et terribles (le crocodile est le symbole des dieux égyptiens).

Le retour au désert : dans ce paysage mysti-que, où il n’y a rien, Dieu peut être entendu. La civi-lisation du "regard" se transforme en civilisation de "l’ouie" (Ecoute Israël, l’Eternel est ton Dieu) ; or l’ouie est plus proche de l’âme.

La relation au prochain va conduire à la morale car, pour survivre dans le désert, se rapprocher de son prochain est obligatoire.

Les dix Commandements et la Bible ont modifié la compréhension du monde. Ils sont encore au-jourd’hui pour le moins d'actualité. Moïse réel ou mythique, un simple chef de tribu, fut le facteur dé-clenchant des progrès de l’âme.

L’historiographie de Moïse.

Nos sources sont principalement la Bible Yah-viste années 1 100-1 000 avant Jésus-Christ, Elo-histe vers 900, le Deutéronome datant du VIIème siècle et les documents sacerdotaux du Vème siè-cle).

Dans le Talmud, par ailleurs, on trouve une inter-prétation des faits décrits précédemment. Moïse est présent aussi chez les écrivains juifs comme Philon d’Alexandrie (règne d’Auguste) qui veut rapprocher Platon du Judaïsme et faire de Moïse un héros à l’Antique et comme Flavius Joseph (37-96 après JC) dans son « Histoire des Juifs ». Toutes ces sources sont nettement plus tardives que les dates suppo-sées de la vie de Moïse.

Histoire objective

Les Hyksos, peuple sémitique venant de Ca-naan, envahissent l’Egypte et gouvernent entre 1 700 et 1 580 (les rois pasteurs). Puis, ils sont chassés et la dynastie égyptienne revient. Au cours du règne d’Akhénaton, le transfert de la capitale de Thèbes à Tell-Amarna et l’institution du culte du dieu

Soleil révolutionnent la société. Il ne s’agit pas de monothéisme mais de monolâtrie. Par la suite, au moment de la reprise du pouvoir par le clergé de Thèbes, les juifs auraient été chassés d’Égypte et Moïse aurait emmené une tribu nouvellement consti-tuée. La présence des Hébreux en Égypte est une certitude car la stèle de Méneptah, datant de 1 235, commémore la destruction d’Israël (élimination des Hébreux et de leurs semences). On peut donc affir-mer qu’il y avait des Hébreux vers 1 350 et l’épisode de Moïse se situerait autour de l’an 1 300.

Histoire mythique autour de Moïse

Malgré les persécutions, le nombre des Hébreux augmentait. Aussi le Pharaon ordonna-t-il l’infanticide des jeunes mâles. Mais, Moïse est sau-vé des eaux par une princesse inconnue, fille de Pharaon. Ces eaux rappellent incontestablement les eaux de l’accouchement et symbolisent une nais-sance exemplaire. Le Talmud dit que la présence de Dieu est de nouveau sur la terre et qu’une ère nou-velle commence. Moïse (sauvé des eaux) eut une éducation égyptienne mais sa mère lui apprit son origine hébraïque et lui enseigna le respect d’Abraham, de Jacob, de leurs descendants et l’existence d’un dieu invisible.

Un jour, il aperçut un juif battu. Il tua l’agresseur. On n’explique pas ce meurtre commis par quelqu’un qui a enseigné «tu ne tueras pas ». Mais ses consé-quences sont considérables. Moïse dut fuir dans le désert du Sinaï. Les épisodes suivants sont la vision du buisson ardent et la révélation du nom de Yahvé qui lui donne la mission de conduire son peuple en Canaan. Il résista longtemps à l’appel et finit par s’incliner. Après l’épisode des dix plaies d’Égypte, Pharaon céda puis se rétracta. Mais les Hébreux purent traverser à pied la mer Rouge qui engloutit les armées parties à leur poursuite. Au pied du Si-naï, Moïse reçut de Dieu le Livre de la Loi. Arrivent ensuite, l’épisode du veau d’or et l’errance pendant 40 ans afin que disparaisse l’ancienne génération qui avait douté, permettant à la nouvelle d’entrer en Canaan. Moïse nomma alors son successeur, Jo-sué, monta sur le mont Nebo d’ou il pût contempler la terre promise et y mourut.

A cette date, Dieu entre dans l’histoire, donne une morale qui va faciliter les rapports de l’homme à l’homme. Israël s’engage à devenir théophore c’est à dire peuple élu, porteur du message divin.

En conclusion, la Terre promise n’est pas au-delà du Jourdain, mais elle est au-delà de l’amour, au delà de l’espoir, elle n’est pas quelque chose de l’ordre du réel. « Qui sème Israël, récolte l’humanité ».

Après ce propos, partant de l’interprétation hé-braïque de la Bible, d’autres intervenants pourront exposer les versions chrétienne et islamique.

Notes de Maurice Samsoen