DEJEUNER-DEBAT du 23 septembre 2003

 

L’ESTONIE ET L’ÉLARGISSEMENT DE L’EUROPE

par M. Andrès TALVIK, ambassadeur d’Estonie

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Une appartenance européenne remontant au XIIIème siècle


L’Estonie a été christianisée par Waldemar II, roi de Danemark, qui a régné sur le pays à partir de 1219. D’où le petit Danebrog qui apparaît sur les armoiries de Tallin qui est entrée dans la Ligue hanséatique en 1248, suivie par Narva et Tartu.

L’indépendance retrouvée après plusieurs siè-cles de domination étrangère


Au XVIème siècle, l’Estonie est passée sous la couronne suédoise, puis a appartenu à l’Empire russe à partir du début du XVIIIème. Sous Alexan-dre II, l’abolition du servage, concomitante de l’émergence du mouvement du Réveil National, a amorcé une transformation des conditions de vie et créé un cadre culturel de langue estonienne.

Mais ce n’est qu’après la chute de l’Empire russe que l’indépendance a pu être proclamée – le 24 février 1918 – puis confirmée par le traité signé avec la Russie en février 1920. Cette première République estonienne devait durer à peine vingt ans : le pays a connu successivement l’incorporation à l’URSS en 1940, l’occupation al-lemande de 1941 à 1944, le retour au sein de l’URSS après la guerre.

L’effondrement de l’URSS a permis à l’Estonie de recouvrer son indépendance, proclamée le 20 août 1991.

Cap sur l’Europe


Dès 1991, le gouvernement estonien a établi des relations diplomatiques avec l’Union euro-péenne. Les premiers documents fondamentaux (accord de libre-échange, accord d’association, demande d’adhésion) datent de 1995. En 1997, le Conseil européen a décidé d’ouvrir les négociations avec 6 pays candidats dont l’Estonie.

Le traité d’adhésion a été signé le 16 avril 2003. Le 14 septembre 2003, les Estoniens ont approuvé l’adhésion à l’UE par referendum : 67% de OUI, avec un taux de participation de 63%, alors qu’il ne dépasse pas en règle générale 60%.

Ce niveau de participation fait écho au réel dé-bat dans le pays entre pro- et anti-adhésion. Les « pro » faisaient valoir l’appartenance historique et géographique à l’Europe, le sentiment que l’adhésion constituait une sorte de réparation d’une injustice historique, la volonté de contribuer à une Europe ayant la capacité d’influencer la politique globale, d’assurer la sécurité générale, d’améliorer la qualité de vie de ses citoyens.

Les « eurosceptiques », quant à eux, mettaient en avant la crainte de la perte d’une indépendance gagnée après des siècles de domination étrangère, l’impact de l’UE sur le niveau des prix et le risque d’un afflux d’immigrés des anciens États de l’URSS cherchant à gagner l’UE.

En parallèle, l’Estonie a résolument adapté sa législation aux normes européennes, notamment en matière économique et commerciale où nombre de dispositions ont été inspirées par les textes al-lemands, suédois et finlandais. L’examen de ces dispositions par les experts de l’OMC et de l’OCDE n’a rien fait apparaître qui ne soit conforme aux normes internationales.

Dans ce domaine de l'environnement, l'ambas-sadeur, en réponse à une question, précise que l’Estonie a adopté des normes au moins aussi contraignantes que celles de Bruxelles.

La présence de populations russophones en Estonie

Faisant référence aux entretiens et aux visites effectués par des membres d'ARRI lors d'un voyage de l'association dans les Pays Baltes en 2001, plusieurs questions sont posées à l'ambas-sadeur sur la condition faite aux Russes dans son pays. L’ambassadeur tient à affirmer alors avec force que les Estoniens n’ont aucun sentiment de haine ni volonté de vengeance à l’égard des Rus-ses présents en Estonie. Il donne ensuite plusieurs précisions : la loi dispose, certes, que la seule lan-gue officielle est l’estonien mais, dans les zones à forte densité de population russophone, les autori-tés locales peuvent tenir les réunions en russe. En outre, des cours d’estonien gratuits sont dispensés aux russophones.

Pour accéder à la citoyenneté estonienne – se traduisant par le passeport normal dit « blanc » -, il est nécessaire d’être résident en situation régulière depuis cinq ans et de réussir à deux examens : l’un de langue, l’autre portant sur une connaissance minimale de la législation.

Le gouvernement a décidé de n’exercer aucune pression sur les Russes installés depuis longtemps en Estonie pour qu’ils demandent la nationalité estonienne : s’ils ne satisfont pas aux conditions du passeport « blanc », ils reçoivent un passeport « gris » qui leur donne tous les droits sauf le droit de vote au référendum et l’éligibilité au Parlement.

Après un ralentissement sur la fin des années 90, on constate une reprise des demandes de na-turalisation (+25% entre 2002 et 2001 ; il semble que la tendance se soit poursuivie en 2003). A ce rythme l’intégration de la population sera terminée sous six ou sept ans.

Notes de Claude Gaboreau