DEJEUNER-DEBAT du 11 septembre 2003

 

UN 11 SEPTEMBRE EST-IL POSSIBLE EN FRANCE ?

C’est la question posée par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) lors de sa journée d’études du 11 septembre dernier.

La cible « France »

Les cibles atteintes après le 11 septembre sont hors d’Europe et l’attentat suicide s’est banali-sé. Pour François Heisbourg, directeur de la FRS, une « bonne » cible doit être accessible, recéler une charge symbolique et induire des pertes impor-tantes. Même si « Saddam Hussein semble avoir tué ben Laden », Al Qaida n’a pas été détruite et l’on peut crainte une attaque.

Pour ben Laden, « Un immigré intégré est un musulman perdu pour l’omma » (communauté islamique transfrontières). Les Wahhabites, en particulier, refusent l’intégration. Selon Antoine Sfeir, directeur de la revue Les Cahiers de l’Orient, la République française, citoyenne et laïque, oppo-sée au « communautarisme », est bien une cible.

Nos banlieues passent de l’émeute à l’islamisation. Lucienne Bui Trong, ancien com-missaire des renseignements généraux (RG), Cheam 95, a vu évoluer les banlieues des émeutes à la violence au quotidien puis à l’islamisation. En 2000, on répertoriait 909 quartiers sensibles dont 245 lieux de violences et 160 « zones de non droit ». « Réislamisés », les jeunes interrogent : « Pourquoi me demandez-vous de m’intégrer ? » La politique de la ville, sa « naïveté », a favorisé les associations « d’intégration » qui, en réalité, visent à instaurer une communauté spécifique et n’a pas inversé la « ghettoisation ».


Défense civile : ambitions et réalités

Cible du terrorisme, la France avait déjà mis en place un dispositif anti-terroriste. Le 11 septembre a entraîné une adaptation du renseignement (de meilleures relations entre services) ; du pilotage et de la coordination, avec la création du Conseil de sécurité intérieur, rattaché à la présidence de la République. Doté d’un secrétariat permanent, il est chargé de l’analyse des menaces. Police et gen-darmerie sont coordonnées par le ministère de l’intérieur, responsable de la sécurité et de la dé-fense civiles. Les moteurs de la chaîne opération-nelle sont les Préfets de zone de défense.

Orchestrée par le Secrétariat Général de la Dé-fense Nationale (SGDN), la mise en ordre de ba-taille a concerné en particulier les transports (sur-veillance de l’espace aérien et des aéroports, sécu-rité portuaire, etc.), la santé publique (risque nu-cléaire, radiologique, biologique et chimique ou NRBC, chaîne alimentaire et réseau d’eau pota-ble), les télécommunications, (renforcement du réseau sécurisé de transmission avec 4 000 abonnés). Le nouveau plan « Vigipirate » prévoit une posture permanente de sécurité et quatre ni-veaux de vigilance. Les plans spécifiques (Piratox, Piratom, Piranet) sont en cours de révision.

La réponse opérationnelle à la menace NRBC prévoit : un programme d’équipements communs, la définition d’une doctrine d’intervention et de pro-cédures, la création d’une École de défense civile à Cambrai - école d’état-major à vocation intermi-nistérielle -, l’organisation d’exercices spécifiques.

Concernant le rôle des armées, le terrorisme de masse a rapproché les défenses extérieure et intérieure. Notre défense dispose de moyens adap-tés mais limités (40 000 hommes hors de l’hexagone). Le Centre opérationnel des armées (COA) coiffe l’organisation territoriale interarmées qui participe au socle permanent de protection avec 35 000 hommes. Les armées n’agissent plus sur le territoire national en « substitution » mais en « complémentarité » des autres forces. Leur nou-veau contexte d’emploi exige un cadre juridique.


Bilan et perspectives

Le changement de culture de la haute admi-nistration est perceptible mais des lacunes subsis-tent : défense civile sans crédits propres, absence d’organisation opérationnelle 24h/24h, absence de prévention des crises, absence de centres opéra-tionnels, système d’information obsolète, formation insuffisante des sapeurs-pompiers et des services d’urgence avec peu d’exercices sur le terrain; l’absence de réserve. Il faut insuffler l’esprit de défense (prise de conscience de la menace et en-traînement au «savoir réagir») dans la population.

« S’organiser pour décider et agir », c’est l’essentiel pour le général Jean Rannou, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air. Il faut savoir ce qui peut arriver (Quoi ? Quand ? Comment ?), prévenir les actions terroristes, organiser la détec-tion pour donner l’alerte, désigner des autorités responsables ayant la compétence et la capacité de décider, orienter la recherche et le développe-ment.


En conclusion

Face à l’hyperterrorisme, il y a une prise cons-cience de la menace, il existe des structures de prévention et d’alerte, des moyens de défense. Mais qu’en est-il de la menace « communauta-riste » : port du voile, violences à l’égard des fem-mes ? N’est-ce pas là un insidieux terrorisme de masse ?

Notes de François Toussaint