Conférence du 12 juin 2003 -


LA POLOGNE DEVANT L’ELARGISSEMENT DE L’EUROPE

par M. Jan Tombinski, Ambassadeur de Pologne

Les progrès réalisés depuis 1989

Le résultat du referendum de samedi et diman-che derniers sur l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne (59% de participation, 77% de OUI) se situe dans la logique des transformations engagées depuis 1989, sur les plans politique, économique, juridique, administratif. A noter que cette démarche n’a été remise en cause par aucun des quatorze gouvernements qui se sont succédés en quatorze ans.
Les liens institutionnels avec la CEE ont été ini-tiés en 1989 par Tadeus Mazoviecki, puis consoli-dés en 1991 par l’accord d’association signé en même temps que ceux de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Cet accord spécifiait qu’il s’agissait de « préparer le pays à l’admission fu-ture ». Mais personne ne pensait que les progrès vers l’adhésion seraient aussi rapides. Par exem-ple, le président Mitterrand parlait de « dizaines d’années ».
Deux facteurs majeurs ont contribué à accélérer l’évolution : la volonté politique régulièrement ex-primée par les dirigeants polonais et la guerre dans les Balkans, qui a rappelé à tout le monde que l’Europe centrale avait besoin de liens institution-nels pour éviter la renaissance des conflits et des nationalismes. Les dispositifs de « pré-adhésion », par exemple sur la formation des cadres, ont éga-lement facilité le processus.

De l’enthousiasme à une certaine inquiétude

Les véritables négociations pour l’entrée dans l’Union européenne amorcées en 1998, ont au début été marquées par un réel enthousiasme en Pologne et à Bruxelles. Puis sont apparues des inquiétudes de part et d’autre, liées à une conjonc-ture économique moins bonne que prévu, et du côté polonais à une certaine lassitude de l’opinion devant les nécessités de réformes de toutes sortes.
Les appréhensions portent aussi sur le mode de fonctionnement de l’Union élargie à 25. Il est clair que la conclusion des travaux de la Convention donnera lieu à bien des débats, et que la confé-rence intergouvernementale à l’automne 2003 sera difficile.
En ce qui concerne la question de la politique étrangère de l’Union, les pays candidats ont été un peu « piégés » : les pays d’Europe centrale étaient devant un choix entre les positions des différents pays de l’Union.
L’inquiétude se reflète dans le débat politique européen. Il y a beaucoup de choses à faire pour revenir au climat de « confiance européenne » qu’avaient engendré le succès du modèle euro-péen et la croissance économique (depuis 1991 les échanges commerciaux entre l’UE et la Pologne ont triplé). L’élargissement lui-même sera un fac-teur positif, puisqu’il va renforcer la position euro-péenne dans les affaires mondiales.

La dégradation des relations franco-polonaises au cours des années 90

Nous devons passer d’une phase sentimentale, marquée par une certaine inégalité - la France ne regardant pas la Pologne comme un véritable par-tenaire avec qui partager politique et destin -, à une relation fondée sur les intérêts communs, d’où la nécessité de trouver des accords sur les points de divergence qui peuvent exister, par exemple sur la sécurité européenne (pour nous les Etats-Unis et l’Europe ne constituent pas deux pôles), sur la politique agricole, sur la politique orientale de l’Union. Est en outre mal ressenti le fait que la France préfère parler avec la Russie qu’avec les pays d’Europe centrale, pourtant les plus directe-ment intéressés.
Nous devons montrer que nous ne bradons pas notre souveraineté regagnée il y a quatorze ans. C’est une question de fierté nationale.
Ne confondons pas sentiments et intérêts, par-lons franc et nous arriverons à des accords.

L’influence du Pape en Pologne

Concernant la prise de position de Jean-Paul II sur l’Irak, je souligne que le Pape ne peut qu’appeler à la paix. Mais le pouvoir politique peut être amené à prendre des décisions qui ne sont pas forcément en ligne avec l’Eglise, ni même avec la majorité de l’opinion publique.

La Convention européenne

La Pologne a pris des positions permettant d’avancer :

- Elle a soutenu la proposition franco-allemande d’une présidence stable de deux ans et demi, mais accompagnée d’un directoire de quatre pays (avec dosage petits-moyens-grands et répartition géo-graphique).
- Elle a appuyé la mise en place d’un chargé de la politique étrangère.
- Elle a plaidé pour une commission comprenant un représentant par pays membre, mais le com-promis proposé par Valéry Giscard d’Estaing (treize membres « senior » + quatorze suppléants) nous semble acceptable.


Notes de Claude Gaboreau