Conférence du 4 mars 2003 -


LA RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE DES ENTREPRISES

par Daniel LEBEGUE

Au 21eme siècle, la réflexion de l’investisseur n’est plus, comme autrefois, limitée au seul domaine économique (rendement, endettement, risque, taux de retour sur l’investissement) elle prend désormais en compte d’autres dimensions : éthique (droits de l’homme, refus de la corruption, déontologie professionnelle), sociale et sociétale (valorisation du capital humain employé), environnementale (air, eau, ressources rares, qualité de vie). On y ajoute parfois la dimension de l’engagement à long terme des actionnaires : à l’époque de François Bloch-Laîné et de Maurice Pérouse, la Caisse des dépôts ne participait pas, par principe, aux assemblées générales des entreprises dont elle détenait une part de capital ; aujourd’hui une telle attitude serait considérée comme de la négligence.

Les motivations de la prise en compte des dimensions extra-économiques

Tout d’abord, la loi impose à l’entreprise un rapport annuel environnemental et sociétal qui prévoit, par exemple, un comité intersyndical sur la gestion de l’épargne salariale… Les exigences des clients, des salariés et, plus généralement, de l’opinion publique sont également pris en compte. D'ailleurs, si l'on s'en tient à des sondages récents, la nouvelle hiérarchie des valeurs donne la priorité à la protection des salariés et à la qualité des services rendus avant la bonne gestion financière.

Il ne faudrait pas pour autant négliger le point de vue des professionnels qui s’interrogent sur la crise boursière (sans doute plus structurelle que conjoncturelle) et qui privilégient désormais le moyen et le long terme. Certains clubs d’entreprises vont jusqu'à préconiser maintenant un moindre rendement sur le court terme, s’il est démontré que le moyen terme s'en trouve amélioré.

L’évolution des pratiques

Le rôle des analystes n’est plus le même : ou bien on se réfère à des analystes spécialisés (les financiers et les autres) ou bien on demande aux seuls analystes financiers d’apprécier les performances de l’entreprises dans les autres domaines que celui de l’économie. Les Norvégiens, très en pointe, préconisent la double analyse. La formation des analystes tient compte de cette tendance. Il apparaît, à cet égard, de nouveaux acteurs de la notation comme Vigéo présidé par Nicole Notat.

Les institutions internationales (la Bird par exemple) ont décidé de noter non seulement les entreprises mais également les projets qu’on leur demande de financer : comme autrefois, en fonction de leur rentabilité mais aussi en fonction de leur impact sur l’environnement. Certains secteurs d’activité (tabac, armes, énergies polluantes) pourraient devenir des secteurs exclus alors que dans le même temps apparaissent aussi des critères d’inclusion (santé, environnement). Progressivement une fraction non négligeable de l’épargne investie est déterminée par ces nouveaux critères (12% aux États-Unis contre 1% en Europe).

Les investisseurs institutionnels (CDC, Dexia, Les Mouvements mutualistes) sont désormais attentifs aux observations qui sont faites sur la responsabilité sociale des entreprises. Les grandes entreprises se dotent de nouveaux collaborateurs : « les chargés de relations avec la société civile ».

Questions en cours

De nouvelles normes comptables sont à créer pour tenir compte de toutes ces évolutions.

Les boycotts ne sont pas impossibles.

Le service public : sujet important, mais très mal compris par les Français. Il ne doit pas devenir un ghetto et le monde marchand est capable d’assumer ses responsabilités d'intérêt général.

Quant au nucléaire, Daniel Lebègue évoque le cas de la Finlande qui vient de décider démocratiquement la construction d’un nouveau réacteur.

Concernant l’Institut du développement durable, placé sous la tutelle de six ministères, Il communique avec six Instituts de recherche et on se propose de lui associer des entreprises, des Ong et des collectivités locales.

En conclusion :

On peut penser que le mouvement de remise en question des critères de gestion de l’entreprise pour le 21eme siècle que nous venons de décrire va être porté par une véritable vague de fond analogue à celle qui dans les années 60 a soutenu le mouvement consumériste.


Notes de Jacques Bourdillon

Daniel Lebègue a été Directeur du Trésor avant d'être Directeur Général de la BNP 1987 à 1996. Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations depuis 1997 il vient de quitter ses fonctions pour prendre la présidence de l’Institut du développement durable et des relations Internationales.