Conférence du 30 janvier 2003 -


TYPOLOGIE DES ONG IMPLIQUÉES DANS LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

par Jean-Pierre SICARD, président de Novethic *

A côté des organisations non gouvernementales (ONG), de plus en plus nombreuses à s’exprimer lors des conférences de l’Onu, les grandes entreprises ont fait, à l’été 2002, une entrée remarquable lors de la conférence de Johannesburg. Elles ont publié une déclaration commune sur les moyens à mettre en œuvre pour tenir, à l’horizon 2020, les engagements pris pour le développement de l’accès à l’eau potable et à l’énergie des populations qui en sont actuellement privées.

Le moment est donc venu de faire le point sur l’état des rapports entre les ONG et les entreprises et, notamment, au delà de leurs positionnements critiques, sur leur utilité pour la promotion d’un développement durable.

Le monde hétérogène des ONG

Le monde des ONG est hétérogène et pas toujours bien fixé. Un nombre croissant d’entre elles se manifeste dans l’environnement des entreprises, leurs activités inférant quelquefois avec elles, allant jusqu'à contrarier leurs intérêts.

Au plan international, si les ONG restent mal définies, leur poids, mi-politique mi-économique, est ressenti comme croissant par les opinions publiques et leur légitimité est maintenant assurée par les institutions internationales.

L’organisation des grandes ONG, surtout de celles dites «sans frontières», est de plus en plus professionnelle. Elles sont grandes utilisatrices des nouvelles technologies, en particulier d’Internet et des logiques de réseaux, ce qui leur confère une grande réactivité. Leurs interventions sont protéiformes : actions de terrain, campagnes de dénonciation et de lobbying mais aussi concentration sur un objectif déterminé.

Entreprises et ONG : l’état des lieux

Dans le monde économique, les ONG se sont manifestées comme des contre-pouvoirs dénonçant l'action de certaines entreprises : rappelons le cas de Green Peace face à Shell.

Elles se sont faites investigatrices et dénonciatrices ; elles se sont avérées redoutables à cause de leur capacité d’action rapide à partir de véritables pôles d’expertises. Dans leur recherche de fonds, les ONG se servent des rivalités inter-entreprises et de leurs produits comme vecteurs de leur communication. C'est ainsi qu'elles parviennent à modifier les pratiques des entreprises. Elles

imposent des contre-expertises et, avec le temps, les ONG en arrivent à bien connaître le monde des entreprises.

Les évolutions en cours

Aujourd’hui, les entreprises ouvrent de plus en plus le dialogue avec les ONG dont l'image est devenue positive et les objectifs plus clairs. Il y a une meilleure compréhension réciproque. Le mécénat financier et la reconnaissance réciproque des compétences aboutissent à de véritables partenariats : audit, certification, concertation, échange d’expertise, rating, etc. mais sans que soit exclue la dénonciation de l'accord passé.

Le cas de Carrefour face à la Fédération Internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) illustre ce développement : la coopération a porté sur les pratiques sociales et environnementales et sur les circuits globaux d’approvisionnement.

Autre exemple : Nike et Corpwatch à propos de leurs usines au Viêt-Nam. Il en est résulté une amélioration des pratiques sociales mais les effets sont restés limités et le mouvement a été auto-entretenu.

Le classement des ONG

C’est une tâche très difficile ! On peut chercher à qualifier les ONG d’hostiles ou de coopératives, d’instruments de veille et d’information ou de manifestation et d’action, de concertation entre acteurs, de nationales ou d’internationales. On peut aussi les distinguer par leur secteur d’intervention : protection de l’environnement, pratiques commerciales et financières, protection des consommateurs, défense des droits de l’homme, du droit international et des droits sociaux.

On peut aussi les classer en fonction de leur impact potentiel, de leur notoriété, de leur zone d’influence… Novethic a tenté ce classement à l’intérieur de domaines d'activités qui se recoupent en partie. Jean-Pierre Sicard rappelle la volonté de la société civile de peser toujours davantage aux plans économique et environnemental, par le renforcement du pouvoir de nuisance des ONG et l’apparition de nouveaux champs de coopération avec les ONG. Il conclut en soulignant la nécessité pour les entreprises de s'inscrire avec les ONG dans une logique de dialogue et de progrès et non d'instrumentalisation.


Notes de Gabriel Schmidt

*Novethic : association gérant un site, de même nom, présentant les expériences d'entreprises européennes en matière de développement durable.