CLUB "REALITES INTERNATIONALES"
24 septembre 2003


L’ÉCLATEMENT DU MONDE ARABE

Par Antoine SFEIR Directeur des Cahiers de l’Orient.

Libanais de naissance, Français par choix, Antoine Sfeir dit sa reconnaissance aux Jésuites français qui ont été ses maîtres à l’université Saint Joseph de Beyrouth.
Sur la guerre d’Irak et sur la politique américaine au Moyen-Orient, il présente une thèse qu’il va s’efforcer d’illustrer.
Après 2000 ans marqués par l’absence de frontières, le Moyen-Orient moderne a été créé par les Français et les Britanniques en 1916 (accords Sykes-Picot) : les mandats de la SDN ont établi des frontières, elles ont moins d’un siècle.

Vers une nouvelle carte du Moyen-Orient

Aujourd’hui, il semble que les États-Unis, plus intéressés encore par la géopolitique que par le pétrole, veulent remodeler démocratiquement ( ?) la région, en modifiant les jeunes frontières pour aboutir à la carte suivante :

- au nord, un pays kurde, les Américains deman-dent aux Kurdes de se retirer de Kirkouk ;
- au centre, une Arabo-Syrie enclavée ;
- au centre sud, un pays chiite, encore que les Chii-tes irakiens ne forment pas un bloc monolithique : on peut distinguer un groupe de fervents irakiens, un autre tourné vers l’Iran, un troisième plus laïc ;
- au nord-ouest, une zone reconstituant le vilayet d’Alep des Ottomans, comportant la région de Mossoul où vit près d’un million de chrétiens, en relations étroites ou plus encore ( ?) avec le Liban ;
- une région druze dans le Golan et la Bekaa ;
- le « pays de Cham » c’est-à-dire de Damas, en-clavé, affaibli (quelle serait la résistance des Aboonites ?).

Des ambitions qui s'étendent

Il est possible également que les Américains vi-sent à remodeler le Golfe, car ils sont très présents dans les Émirats et surtout en Arabie saoudite ; voire à modifier le Maghreb en séparant en Libye la bande côtière et le sud, attirés par l’Egypte, et en faisant droit aux revendications des Kabyles, en Algérie surtout.

Une présence constante pour une "mission"

Les plans américains concernant le Moyen-Orient ne datent pas d'hier et, de ce point de vue l’administration Bush d'aujourd'hui n'innove pas.

En 1956, à la suite de la grave erreur des Britanni-ques et des Français dans l’affaire de Suez, les États-Unis imposent leur présence active face à l’URSS et entraînent l’Occident derrière l’Arabie saoudite contre l’Egypte de Nasser.

Après la guerre des six jours en 1967, ils s’engouffrent en Israël, prenant la succession de la France comme premier fournisseur d’armes.

Vers 1974, Kissinger et, vers 1977, Brezinski, déploient une politique dynamique.

Au Liban, au cours de la guerre civile, ce sont des interventions extérieures, elles-mêmes parfois ma-nipulées, des Palestiniens, des Syriens, des Israé-liens, etc., qui déclenchent des affrontements inter-communautaires (Chrétiens contre Druzes) voire les crises intra communautaires (entre Chrétiens, entre Chiites).

Après la révolution islamique en Iran, les États-Unis ne sont pas les seuls a pousser l'Irak à lui déclarer la guerre : Donald Rumsfeld porte en 1985, à Saddam Hussein, un message favorable de Reagan, tous les pays (URSS, France,...) lui livrent des armes.

Dans le Golfe, les États-Unis favorisent l’Arabie saoudite et le CCG (Conseil de Coopération du Golfe) en écartant le Yémen et l’Irak.La première guerre du Golfe a pour effet d’accélérer l’éclatement du monde arabe. L’effondrement de l’URSS lance chaque État en particulier les « dogmatiques » orphelins, dans une course aux bienfaits de Washington.

Les attentats du 11 septembre 2001 favorisent la percée des théories des néo-conservateurs, Perle, Wolfowitz, etc. « Dieu nous a élus, notre destin est de dire le bien et le mal » et le président Bush s’y rallie. Ben Laden et Saddam Hussein sont recou-verts de la même malédiction.

Résultat des États chroniquement en crise

Au total, le monde arabe se retrouve éclaté et confronté à de redoutables problèmes de société. Aucun peuple ne se sent véritablement représenté par son gouvernement, sinon peut-être les Palesti-niens ! Le concept d’État nation « à la française », qui avait assez bien réussi au Liban et en Syrie durant la première décennie des indépendances, a reculé devant la théorie (américaine ?) du commu-nautarisme.

Israël même n’échappe pas à une telle crise.

Notes de Jean Chaudouet