CLUB "REALITES INTERNATIONALES"
Petit déjeuner « Ethique et entreprise » du 10 avril 2003


LA SOCIETE VIGEO ET LE DEVELOPEMENT DURABLE

Par Nicole NOTAT, présidente de Vigeo, société qui évalue les entreprises dans le domaine du développement durable.

Nicole Notat a créé Vigeo à partir du constat de l’accélération de la mondialisation faisant apparaî-tre d'importantes évolutions en particulier :

- un transfert vers les entreprises de certaines responsabilités des pouvoirs publics ;

- la prise de conscience par l’opinion publique de l’existence d’une série de biens communs uni-versels dont il est nécessaire de prendre soin.

Il en résulte qu’aujourd’hui les véritables acteurs globaux sont les entreprises, qu’il y a un décalage entre les réalités, les procédures et les moyens mis en œuvre et que ceci appelle des réponses d’ensemble alors que le curseur entre responsabili-tés publiques et entreprises s’est déplacé.

De fait, les entreprises internationales ont déjà intégré ces problèmes. Il leur faut s’assurer contre chaque risque ou le prévenir (marée noire, amiante,…). Elles se trouvent aussi confrontées aux questions de la transparence et de la crédibilité.

Ainsi la performance de l’entreprise porte-t-elle sur de nouveaux points et c’est sur l’évaluation de cette performance que travaille la société Vigeo.

S’agit-il de rhétorique ou d’action ?

Nicole Notat répond à Jean Gandois, hôte de cette réunion, qu’elle est très sollicitée par des cadres dirigeants, notamment des secteurs sensi-bles tels que la grande distribution. Certes, il y a de l’emphase dans les discours, mais il ne manque pas de croyants fervents. Nombre de cabinets d’audit se préoccupent de ces nouvelles questions qui n’étaient pas abordées il y a cinq ans.

De fait, les risques économiques encourus par les entreprises sont en très grande augmentation. Dans leur rapport au développement durable, cer-taines d’entre elles se trouvent prises au dépourvu.

Quand le souci de ces nouvelles préoccupations ne vient pas de l’intérieur, il vient de l’extérieur. La législation, utile comme incitation, se doit cepen-dant de garder de multiplier les critères quantita-tifs : leur arbitraire au regard de l’extrême diversité des situations concrètes nuirait à l’attention due aux aspects qualitatifs. Pour l’application de ces récents développements au domaine financier, il apparaît nécessaire de revenir sur certaines régle-mentations publiques.

Quant aux PME, elles sont également concer-nées, particulièrement en tant que sous-traitantes d’entreprises multinationales. Il est clair, par ailleurs, que la légitimation des instances
représentatives des entreprises pour interférer dans ces questions est liée à l’acceptation d’une certaine responsabilité.

Concernant les rapports de Vigeo avec le GRI –Global Reporting Institute- installé à Amsterdam, et labellisé par l’Onu, Nicole Notat indique qu’il est envisagé un partenariat serré mais que les deux sociétés n’ont pas le même champ d’action. Le GRI est une association internationale créée pour pro-mouvoir la communication des entreprises. Elle promeut la structuration de la communication et la définition d’indicateurs. Vigeo travaille sur la me-sure d’indicateurs entreprise par entreprise. Mais la nécessité d’un bon référentiel est évidente : il faut rassembler des normes, principes, recommanda-tions de portée universelles : Onu, UE, OCDE,… et prendre en compte non seulement l’environnement universel de l’entreprise mais les règles nationales, les règles des groupes…

En résumé, les objectifs sont, pour le GRI : construire le développement durable, pour VIgeo : évaluer le développement durable.

Et la lourdeur des rapports annuels ? Sans cesse croissants, les rapports annuels intégrant ces nouvelles données ne vont-ils pas devenir dé-courageants ?

Il faut admettre que le temps nécessaire aux en-treprises pour fournir l’information demandée doit être limité pour rester acceptable. Mais il faut tenir au principe de non-discrimination, tout en considé-rant que les applications locales peuvent être diffé-rentes comme le sont tous les contextes. En outre, la liberté d’association et donc de création d’ONG est un principe universel fondamental.

Interrogée sur l’état présent de Vigeo, Nicole Notat rappelle que la notion de développement durable s’est déployée depuis 1987 à partir des questions d’environnement. Le concept s’est en-suite considérablement enrichi. Il inclut le dévelop-pement économique et social global ainsi que la qualité et la fiabilité de la puissance publique.

Vigeo exerce le métier d’évaluation et de nota-tion ce qui exige en amont une clarification des méthodes. Elle exclut, par déontologie, d'avoir pa-rallèlement une activité de conseil aux entreprises. La société propose deux produits différents :

- la notation de masse qui concerne aujourd'hui 350 valeurs et pourrait atteindre 600 valeurs fin 2004,

- l’évaluation et la notation de l’entreprise pour un domaine ou une zone donnés en vue de pro-mouvoir de bonnes pratiques d’entreprises.


Notes de Gabriel Schmidt