CLUB "REALITES INTERNATIONALES"
Réunion du 21 janvier 2003


RÉPONSES A LA VIOLENCE

par Jean-Marie Petitclerc *

Il n’y plus d’adultes. C’est sur ce cri d’alarme que Jean-Marie Petitclerc fut appelé à Chanteloup les Vignes par le maire, Pierre Cardo: « les parents sont cloîtrés derrière leurs volets, les travailleurs sociaux sont repartis, les enseignants ont abandonné la partie et les jeunes ne parlent plus qu’à coup de couteau ou de cocktails molotov… »

Tous deux travaillent alors à l’idée de médiation partout où les jeunes vivent : la famille, l’école, la rue. Dans chacun de ces lieux les adultes continuent de faire référence mais ils affichent un discrédit mutuel permanent : parents démissionnaires, enseignants incapables, aînés répandant l’amertume : « à quoi bon travailler, t’es dans un collège sans avenir ! »… un collège où il devient dangereux d’être en tête de classe… Les enseignants ne s’y trompent pas puisqu’ils n’y envoient pas leurs propres enfants. Ils n’habitent pas non plus ces quartiers difficiles !

La cohérence indipensable à l’éducation

Aujourd’hui, à Argenteuil l’association pilotée par Jean-Marie Petitclerc rejoint les jeunes là où ils sont : c’est la même équipe éducative qui va sur les places (inviter ceux qui sont dans la rue à différentes activités), à l’école (où l’on propose soutien scolaire, rencontres parents/enseignants…) et dans les familles (à qui sont proposés des groupes de parole, un service de médiation…). C’est ce droit à la cohérence que Jean Marie Petitclerc met en exergue de tout action éducative. Faute de cette cohérence, il n’est pas d’éducation possible !

Or, le savoir vivre ensemble et le respect de l’autre , qui s’opposent à la violence spontanée de toute relation, ne viennent que de l’éducation. « Ne tardez pas à vous occuper des jeunes, car eux ne tarderont pas à s’occuper de vous » disait Don Bosco en 1883 ! Aujourd’hui il s’agit d’urgence car depuis une dizaine d’années, il y a du nouveau. C’est, en particulier, l’absence d’intégration de tout repère ou limite : pour un blouson prêté et rendu sale, c’est un coup de couteau qui sera mortel… : l’agressivité ne se contrôle plus, elle ne se mesure plus. Par ailleurs, il y a quelque quinze ans on volait pour acquérir un objet convoité : aujourd’hui de nombreuses agressions ou destructions ne rapportent rien. Et face à ces nouvelles violences gratuites parfois, les réponses n’ont pas changé…

Nouvelles réponses face aux violences nouvelles

Jean-Marie Petitclerc propose alors un décodage en trois registres : la violence pour s’exprimer, la violence pour provoquer, la violence pour agir. Et des réponses qui s’échelonnent entre l’écoute, meilleure réponse à la violence pour


s’exprimer, la médiation face à la violence pour provoquer et se faire reconnaître (la relation duelle
entretenant potentiellement le conflit « ce sera lui ou moi »…) et la sanction qui comporte surtout l’idée de réparation face à la violence gratuite. Il s’agit d’articuler les trois modes de réponses en un dosage adapté à la complexité des situations.

Le travail d’équipe mené par Jean-Marie Petitclerc conduit aussi à mieux contrôler les réactions moralisatrices en cas de drame : comprendre que lors de la mort d’un des leurs, les jeunes réagiront forcément violemment si quelqu’un leur dit « il n’avait qu’à ne pas boire, ou ne pas voler, ou ne pas forcer un barrage… » Seule une parole de compassion est audible à ce moment là et peut éviter que le traumatisme subi n’entraîne des émeutes en chaîne.

De l’urgence aux orientations de fond

L’urgence serait d’être beaucoup plus attentif aux premiers délits sachant que 80% des adolescents arrêtés dès le premier délit ne récidivent pas… Et il faudrait d’abord réformer ce qui touche les plus jeunes (classes de 6ème, 5ème). Car si l’on ouvre comme prévu 1000 places dans des centres fermés très coûteux…que vaudra cet effort vis à vis des 1000 quartiers difficiles ou des dizaines de jeunes devraient pourvoir être pris en charge dans de telles structures ?

La politique de la ville devrait résolument être le lieux de tous les partenariats (éducation, entreprises, travail social, police, justice, urbanisme…) et l’on rêverait d’un Secrétariat d’Etat rattaché au Premier Ministre, ayant une vocation interministérielle, là où un petit ministère doté de peu de moyen finit par ne s’intéresser qu’aux problèmes d’urbanisme...On est loin du compte.

Au problème du dialogue inter-religieux, Jean-Marie Petitclerc répond qu’il n’est pas simple avec les musulmans croyants et encore plus difficile avec les musulmans pratiquants mais non croyants comme il en existe beaucoup. Il ne voit aucun musulman ayant accepté la sécularisation, ou ayant admis un point de vue autre sur Jésus, « leur prophète », même lorsque le dialogue est engagé…

Notes de Monique Guyard


Jean-Marie Petitclerc est prêtre salésien de Don Bosco. Depuis sa sortie de l’X, il s’est consacré au métier d’éducateur spécialisé. et fonde son approche de la violence sur les pratiques qu’il a développées plusieurs années à Chanteloup les Vignes. Il travaille actuellement à Argenteuil. Il propose aux enseignants comme aux cadres d’entreprise son analyse des mécanismes qui engendrent la violence ainsi que des réponses nouvelles qu’il a lui-même expérimentées avec les équipes qu’il dirige.