Réseau International - Groupe Asie
14 mai 2002

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L’ASIE CENTRALE SOUS LES PROJECTEURS

Par Patrick DOMBROSKY (Cheam 1993)

L’Asie Centrale : ses cinq pays

L’Asie centrale, est sous les projecteurs de l’actualité depuis le 11 septembre 2001, ou plutôt le 7 octobre, date de l’engagement militaire des Etats-Unis face en Afghanistan. C'est une entité géopolitique apparue récemment, qui comprend cinq Républiques musulmanes, issues de l’ex-URSS, et la partie Nord de l’Afghanistan, peuplée de Tadjiks, d’Ouzbeks et de Turkmènes. Les Républiques musulmanes ont accédé à l’indépendance après 1991 et ont souvent conservé pour chefs politiques d’anciens responsables communistes. Après l’instauration d’une relative liberté, de la presse en particulier, entre 1993 et 1995, un net retour à l’autoritarisme se manifeste. L’islamisme est important avec un Parti de la renaissance islamique (PRI) qui prône le rassemblement de tous les musulmans quelque soit leur appartenance ethnique. Il faut rappeler la césure qui existait entre l’islam officiel (sous la coupe de Moscou) et l’islam officieux. (Présentation de Yasha Haddaji, étudiant en relations internationales).

Le Kazakhstan (capitale Astana), quinze fois la France pour quinze millions d’habitants, est riche de minéraux et surtout d’hydrocarbures. Son PIB par habitant s’élève à 4 378 dollars. Ses réserves de pétrole, estimées entre douze et dix-neuf milliards de barils, sont les premières de la région. Cette richesse en fait un pays convoité par ses voisins et dont l’équilibre dépend des relations entre population russe et population kazakh minoritaire. Par ailleurs ce dernier est gravement atteint par la pollution de la mer d’Aral.

Le Kirghizistan est un petit pays (capitale Bichkek) qui exploite ses ressources hydrauliques et cultive le pavot. En décembre 2001, la base de Bichkek-Manas a été mise à la disposition des forces américaines de l’opération Liberté immuable : trois mille hommes et leurs moyens de combats. Cette base, à seulement deux-cent quatre vingt kilomètres de la frontière chinoise, est plus proche de celle-ci que de l’Afghanistan. En mars, une révolte populaire a été durement réprimée par la police du président Akaïev, faisant cinq morts parmi les manifestants qui réclamaient la libération d’un député incarcéré sans motif légal.

L’Ouzbékistan (capitale Tachkent), peuplé de vingt-deux millions d’habitants, est sous le contrôle du despotique président Karimov. Le pays, qui a reçu une aide de cent quatorze millions d’euros de Washington en novembre 2001, accueille des militaires américains sur la base de Karshi-Khanabad. Sur ses 447 400 km2 elle a une densité de 55,6 habitants au km2, le PIB par habitant s’élève à 2 053 dollars.

Le Tadjikistan (capitale Douchanbé) compte six millions d’habitants pour une surface 143100 km2, son PIB par habitant s élève à 1 041 dollars. Après avoir connu un conflit intérieur au moment de son indépendance de 1992 à 1997, il connaît aujourd’hui plus de tranquillité avec un gouvernement d’union nationale. Le pays accueille près de vingt mille soldats et garde-frontières russes.

Le Turkménistan (capitale Achkhabad) est sous la coupe d’un régime autoritaire. Sa superficie 488 100 km2 abrite une population de 4 737 000 habitants, son activité dégage un PIB de 2 550 dollars par habitant. Ses réserves pétrolières sont de l’ordre de trois milliards et demi de barils.

Les conséquences du 7 octobre 2001.

Conséquences avérées :

Le retour de la Russie, puissance asiatique, face aux Etats-Unis avec l’accord pour l’aide aux forces américaines et son intervention au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) auprès de la Chine et des Républiques d’Asie centrale.
La faiblesse de la région en infrastructures : deux cent cinquante millions de dollars ont été investis pour reconstruire la «base» mise à la disposition des forces américaines par le Kirghizistan.
Le fractionnement des mouvements islamistes de la région.

Conséquences probables :

La réinsertion afghane dans le jeu régional et international après une longue parenthèse de 1973 à aujourd’hui.
Le renforcement des trafics (armes, drogue, etc.).
La rationalisation du jeu pétrolier. D’une part, les Etats-Unis et l’Iran devraient normaliser leurs relations et, d’autre part, la voie afghane est désormais ouverte.

Conséquences possibles :

L’émergence d’un certain nationalisme.
L’effacement de certains acteurs, tel l’Iran.
La limitation de la coopération et de l’intégration de l’Asie centrale.

Conclusions :

Un paradoxe : les Etats-Unis ne vont pas durer dans la région.
Un regret : l’Union européenne est absente, elle n’a pas de projet global.
Un espoir : les Etats sont stabilisés.


Notes de François Toussaint (Cheam 1986)