Réseau International - Groupe Asie
Décembre 2002

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Timor-Oriental : un espoir dans une Asie troublée !

Au milieu d’un monde en proie aux affres du terrorisme, d’une Asie qui remet en cause ses valeurs, d’une Indonésie qui se déchire, le Timor-Oriental vient d’accéder à l’indépendance. Le 20 mai 2002, ce territoire, colonie portugaise depuis trois siècles, province indonésienne durant vingt-trois ans, est devenue la République démocratique du Timor-Oriental.

La colonisation.

L’île de Timor fut occupée au XVIIème siècle par les Pays-Bas à l’ouest et par le Portugal à l’est. En 1945, Sukarno proclame l’indépendance des Indes néerlandaises et en 1949, alors que le Timor-Occidental devient indonésien, le Timor-Oriental reste administré par Lisbonne. Après la Révolution des œillets, les Portugais, peu soucieux de s’imposer un nouveau conflit colonial, abandonnent leur colonie en août 1975. Les Indonésiens l’occupent en décembre et l’annexent en juillet 1976, état de fait jamais avalisé par l’Onu mais reconnu par l’Australie en 1978.

Dans les années quatre-vingt, l’Indonésie réalise en dix ans ce que le Portugal n’a pas fait en trois siècles : développement économique et migration de colons musulmans des îles surpeuplées. L’armée indonésienne, garante de l’intégrité territoriale mais aussi soucieuse de protéger ses intérêts économiques, refuse toute sécession. Les combats contre les rebelles du Front révolutionnaire pour l’indépendance de Timor-Est (Fretilin) font de deux cent à trois cent mille morts.

En mai 1998, Suharto abandonne le pouvoir, en janvier 1999 Habibie accepte le principe de l’indépendance. Le 30 août, les Timorais se prononcent à 78,6% pour l’indépendance. Les milices pro-indonésiennes reprennent les massacres et la politique de la terre brûlée. Le 19 septembre 1999, le Timor-Oriental cesse d’être la 27ème province indonésienne.

Une démocratie fragile.

L’Onu déploie le 20 septembre 1999 l’International Force for East Timor (Interfet) qui sera relevée en février 2000 par 10.000 casques bleus. D’octobre 1999 à janvier 2002, le pays est sous la tutelle de l’Administration transitoire des Nations Unies au Timor oriental (ATNUTO). En août 2001, une Assemblée constituante de 88 membres est élue. Avec 55 sièges, le Fretilin obtient une victoire limitée qui lui impose de composer avec les autres forces politiques. En mars 2002, est définie une Constitution semi-parlementaire dans laquelle les responsabilités du président, élu pour cinq ans, sont limitées à la diplomatie et la défense. En avril, Xanana Gusmao devient président de la République, sans surprise et sans discussion, avec 82,69% des suffrages. Sa « politique de tolérance, de respect mutuel dans l’esprit de démocratie que nous sommes tous engagés à développer, » sera difficile à conduire car ses relations avec son Premier ministre, Mari Alkatari, secrétaire général du Fretilin, ne sont pas au beau fixe.

Un pays ruiné.

Toutes les infrastructures ont été détruites, la moitié des Timorais vit dans la pauvreté absolue (moins d’un euro par jour) et 80% des citadins sont au chômage. La moitié de la population est illettrée. La seule ressource actuelle est l’exportation du café. L’aide internationale est vitale. Les pays donateurs ont promis un milliard d’euros, qui seront débloqués sur présentation de projets. Le pétrole de la mer de Timor est un grand espoir. En juillet 2001, Timor et l’Australie se sont accordés sur la répartition de la redevance sur la base de 90/10, soit un pactole de 230 à 320 millions d’euros par an sur vingt ans. L’exploitation du gisement de Bayu-Undan sera réalisée par Philips Petroleum, société américaine qui doit investir 1,5 milliard d’euros en vue d’extraire, à partir de 2004, 400 millions de barils de brut et 96 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an.

Le Timor-Oriental est-il viable ?

Oui, si le jeune État dépasse ses conflits internes et si son contentieux avec l’Indonésie s’apaise. Oui, si l’aide internationale perdure jusqu’à l’arrivée de la manne pétrolière et si celle-ci est bien gérée. En revanche, cette indépendance peut être une incitation pour les peuples de l’archipel indonésien, Papous d’Irian Jaya (Papua), chrétiens des Moluques ou musulmans d’Atjeh !



François Toussaint, ( Cheam 1986), réseau international d’ARRI pour l’Asie

....et sur le Net :

Les atouts du Timor oriental dans le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/timormdv49
Timor oriental : Histoire et géographie : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/timor_est.htm