Réseau International - Groupe Asie
Novembre 2002

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L’ISLAM INDONESIEN

L’Indonésie comprend vingt-sept provinces, deux Régions spéciales (Aceh et le sultanat de Jogyakarta) et le district de la capitale, Jakarta Raya.
Un attentat vient d’ensanglanter Bali, l’une des îles les plus calmes du bouillant archipel indonésien. C’est l’occasion de remettre en perspective les clivages religieux et ethniques locaux.

Une décennie de violences

L’islam indonésien était réputé tolérant, ou tout au moins maîtrisé, sous les dictatures successives de Sokarno et de Suharto. L’islam, religion d’État, cohabitait avec les autres religions. L’Etat se voulait laïque et multiculturel. La carte d’identité mentionnait la religion de chacun. Dans les années 90, le retour de Suharto à la pratique de l’islam se conjugua avec le développement des luttes centrifuges dans l’archipel. Ces dix dernières années, l’intégrisme musulman, exutoire aux problèmes internes ou montée de l’intolérance, s’est manifesté dans le sang : révolte d’Aceh, province musulmane ultra-intégriste du nord de Sumatra ; lutte pour l’indépendance de l’Irian Jaya, aujourd’hui Papua ; violences inter religieuses dans l’archipel des Moluques, peuplé de catholiques ; violences interethniques au Kalimantan, province indonésienne de Bornéo, sans parler des exactions au Timor-Oriental. La chute du Suharto en mai 1998, le chaos politique et la crise économique qui suivirent n’ont fait qu’aggraver les tensions internes.

La marche chaotique vers la démocratie.

La transition fut assurée par un séïde de l’ancien régime : le vice-président Habibie. L’Assemblée nationale a été renouvelée en juin 1999 : 462 des représentants furent élus et 38 désignés par les forces armées, qui n’ont pas le droit de vote. Le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), nationaliste et de tendance hindouiste, de Megawati Sukarnoputri, obtint 31% des sièges, le Golkar, parti conservateur d’Akbar Tandjung, président de l’assemblée, 24%. Le Parti du développement uni (PPP), parti musulman d’Hamzah Haz, 11% des sièges, arriva juste devant le Parti du réveil national (PKB), proche d’Abdurrahman Wahid (10,2%). Le Parti du mandat national (PAN) d’Amien Rais recueillit moins de 7% des sièges.

En octobre 1999, est intervenue l’élection du président de la République (pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois) par le congrès qui regroupe les 500 représentants de l’assemblée et 200 membres désignés. Madame Megawati, vainqueur des élections mais femme et non musulmane, fut écartée de la magistrature suprême et dû se contenter de la vice-présidence.

Le président Wahid ayant fait rapidement preuve de son incapacité, sera destitué en juin 2001 et remplacé par Madame Megawati qui se prépare d’ores et déjà, aux élections présidentielles de 2004. Son actuel vice-président, Hamzah Haz, est favorable à un État islamique.

Les forces musulmanes.

Bien que la majorité des Indonésiens se réclament d’un islam modéré, l’islamisme a relevé la tête après le départ de Suharto en 1998. Les partis musulmans modérés disposent d’organisations puissantes et de milices. Wahid, musulman modéré d’orientation laïque, est avant tout l’ancien chef du Nahdlatul Ulama, association musulmane à dominante rurale (30 à 40 millions de membres) qui revendique 200 à 400.000 miliciens. Amien Raïs, musulman religieux et moderniste, est proche de l’autre association musulmane, la Muhammadiyah (25 millions de membres). En mai 2001, ce sont des miliciens partisans de Wahid qui ont attaqué des bâtiments publics et des lieux symboliques de l’opposition au président : un temple protestant, soit-disant fréquenté par des partisans du PDI-P, une mosquée et un campus universitaire de la Muhammadiyah.

Les mouvements extrémistes sont minoritaires mais très actifs : le Front Pembela Islam (FPI, Front des défenseurs de l’islam) veille au respect de la loi islamique et veut chasser les Américains du pays ; le Front Hisbullah (Front du parti de Dieu), a les mêmes objectifs ; le Mouvement pour la jeunesse islamique (GPI) recrutait des combattants pour la Jihad en Afghanistan. Le plus virulent reste le Laskar Jihad (combattants de la guerre sainte), milice islamiste soutenue par les Wahhabites indonésiens d’origine arabe. Son objectif : imposer l’islam en Indonésie. Proche de certains militaires, Laskar Jihad combat les chrétiens aux Moluques, à Célèbes (Poso) et au Papua. Son chef, Jafar Umar Thalib, formé en Afghanistan, arrêté en mai 2001, se défend d’avoir eu des liens avec Ben Laden. Leur dissolution, annoncée le 15 octobre dernier, doit encore être confirmée par leur désarmement.


En 1995, le président Wahid, qui s’était penché dès l’indépendance sur le dilemme de la cohabitation de l’islam, religion d’Etat, et de la République, déclarait : “ … une société islamique en Indonésie serait une trahison de la Constitution car elle ferait des non-musulmans des citoyens de seconde zone”. Pour mémoire, la devise de la République des Etats-Unis d’Indonésie est “ Unité dans la diversité ”.

François Toussaint, ( Cheam 1986), réseau international d’ARRI pour l’Asie