Réseau International - Groupe Amériques
Novembre 2002

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Irak – Etats-Unis : des questions

Les protagonistes

D’un côté une dictature militaire, née d’un putsch sanglant, avec un président, Saddam Hussein qui s’est voulu plébiscité par 100% des électeurs, montrant l’absence totale du processus démocratique, l’opposition ayant été muselée ou éliminée par la violence.

De l’autre, un président d’un état démocratique, peu porté vers la guerre, disposant d’une majorité à l’assemblée mais pas au sénat, contre-pouvoir institutionnel puissant aux Etats-Unis. George W. Bush, issu du milieu pétrolier du Texas, fils de président, ne semble pas avoir la connaissance de l’étranger qu’avait son prédécesseur. Il s’appuie sur l’équipe dirigeante de la Maison Blanche, elle-même faisant appel à des experts par pays.

Nature du danger

La pression exercée par les Etats-Unis sur l’Irak repose sur l’accusation de développer des armes qui peuvent mettre en péril les autres pays du globe :

- des fusées longues portées, supérieures au SCUD qui pendant la guerre du Golfe étaient tombées sur Israël. Ces nouvelles armes pourraient éventuellement atteindre l’Europe.
- des armes chimiques : des gaz déjà utilisés lors de la guerre du Golfe.
- Des armes biologiques dont certaines souches fournies par les Américains pendant le conflit afghan pour contrer les Russes.
- L’arme atomique : si l’Irak n’a pas l’industrie nécessaire pour produire la bombe atomique, il semble que ce pays se soit axé sur des produits irradiants ou un assemblage en kit avec l’aide de savants occidentaux.

Nécessité de preuves

Si certaines de ces armes étaient connues, voir utilisées lors de la guerre du Golfe, il est reproché à l’Irak d’avoir considérablement développé son arsenal.
Après la guerre du Golfe, il avait été décidé par l’O.N.U. d’envoyer une équipe d’experts contrôler les sites où l’Irak pouvait produire ou stocker des armes d’agression. Cette équipe d’experts a fonctionné pendant plusieurs années mais, après de nombreux incidents et sur les accusations de Saddam Hussein que certains des experts mandatés par l’O.N.U. travaillaient pour la C.I.A., elle a été arrêtée.
L’Irak rejetant les accusations américaines comme étant dénuées de fondement, les U.S.A. ont présenté des photos prises par satellites. Depuis l’acceptation par l’Irak de recevoir une nouvelle mission d’experts pour visiter les sites sensibles, le rôle de l’O.N.U. dans cette crise s’est trouvé renforcé. Il en a été de même de la position de la France qui fait de cette inspection un préalable à toute intervention militaire.

Les étapes à franchir

Le président américain a commencé depuis des semaines une préparation psychologique de son peuple à cette guerre qu’il juge nécessaire et qu’il rattache à l’action anti-terroristes.
Sa première préoccupation est l’opinion publique américaine en cette période d’élection au milieu de son mandat qui peuvent changer la majorité des deux assemblées. L’opinion américaine semble partagée entre ceux qui suivent le président avec un désir latent de revanche du 11 Septembre et de se protéger de nouveaux dangers et ceux pour qui cette guerre lointaine n’est pas comprise et qui trouvent que la situation économique du pays devrait être la priorité politique de leur gouvernement.

George Bush a franchi une étape importante aux U.S.A. en obtenant une liberté d’action en Irak du congrès par une large majorité faite de voix républicaines mais aussi de votes démocrates qui n’ont pas voulu s’opposer à la politique du président en cette période électorale.
L’opinion internationale a été sensible au peu de respect américain face à l’O.N.U.. Cet organisme international, pour les américains, est dominé par une majorité de pays pauvres et tiers-mondistes. Il parle mais n’agit pas et ne fait pas peur. Mais les américains ne veulent pas se trouver isolés et sentent la nécessité d’un soutien international pour effectuer une opération militaire. Ils comptent sur l’Angleterre de Tony Blair comme un relais en Europe. Comme support logistique, ils ont besoin de s’appuyer sur la Turquie, d’anciens états de l’ex-U.R.S.S. et des pays arabes tels que le Koweït et l’Arabie Saoudite.

Reste à obtenir un vote du conseil de sécurité de l’O.N.U. où la position française fait obstacle car elle pourrait rallier les votes de la Chine et de la Russie. Pourtant les U.S.A., par des négociations directes avec la Russie de Poutine qui a misé sur l’aide américaine pour le développement économique de son pays et avec la Chine qui ne peut éviter une crise profonde qu’en maintenant un taux de croissance économique élevé et des exportations sources de devises, peuvent espérer neutraliser ces deux pays au cas ou il faille passer outre l’O.N.U. comme cela fut le cas pour l’intervention de l’O.T.A.N. en Bosnie.

La position française qui favorise l’inspection avant toute intervention militaire paraît un chemin trop long. Pour les militaires américains, pour des questions de climatologie, l’attaque devrait se situer en décembre/janvier. Le jeu de l’Irak et la lenteur de l’O.N.U. vont tendre à dépasser cette période, d’ou le durcissement des positions américaines pour que l’Irak refuse les termes qui lui seront imposés.
Les américains misent sur une guerre courte appuyée par des armes de haute technicité qui amènera l’effondrement d’un pays pas encore remis de la précédente guerre du Golfe.

Des questions

Claude LEGOUIS
avec la participation des correspondants ARRI aux Etats-Unis

.....et sur le Net :

Le Monde diplomatique sur l'Irak : http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/irak
Informations générales sur l'Irak : http://www.imarabe.org/perm/mondearabe/pays/irak-index.html
Elections américaines :