Observatoire des phénoménes mondiaux

Présentation du 18 décembre 2002

LA QUESTION IRAKIENNE

Concernant la question irakienne, les Etats-Unis envisagent d’intervenir seuls avec la Grande Bretagne laissant l’Europe s’enliser dans les « dividendes de la paix ».Si l’opération se déroule rapidement avec écroulement du régime, ralliement assez général du peuple irakien, la « super puissance » visera à maîtriser toute la région. Mais si un enlisement se produit sur une période d’un an ou deux, les Etats-Unis risqueront une usure de leur crédit international au moment où, semble-t-il, va s’aggraver le problème de la Corée du Nord, plus épineux peut-être que celui de l’Irak.

Des relations franco-américaines malaisées.

Malgré un accord sur l’analyse du régime de Saddam Hussein, il n’y a pas de confiance réciproque : interrogation française sur les visées américaines à propos du pétrole irakien, divergence de sensibilités sur les questions du Proche Orient…
De son côté, l’administration Bush a un regard particulier sur l’Union européenne : vis-à-vis de l’euro et vis-à-vis des nouveaux membres de l’Union (satellites potentiels des Etats-Unis…). Une sorte de fossé semble se creuser entre les Européens et les Américains pour qui l’influence de la Chine et du Pacifique s’accroît. S’y ajoutent de fortes divergences culturelles : pour l’Europe, par exemple, préférence pour l’État Providence et répugnance à l’égard des épreuves de force internationales ; s’agissant de la signification du 11 septembre, proximité dans l’émotion mais fortes divergences sur l’analyse.

Des relations plus méfiantes entre Etats-Unis et Arabie Saoudite.

La méfiance s’est installée depuis le 11 Septembre, mais surtout depuis que les Etats-Unis ont appris que la Chine avait vendu des missiles par l’intermédiaire de l’ambassadeur de Ryad à Washington. Une multitude de questions entretiennent cette méfiance, en particulier :

- la question du pétrole et de certains liens entre les familles Bush et Ben Laden ;

- le rôle politique des saoudiens d’origine yéménite, généralement regardés comme inférieurs (les Ben Laden ne le sont-ils pas ?) ;

- la politique des Etats-Unis concernant leurs bases stratégiques au Proche Orient ;

- La circulation de l’argent saoudien : à cet égard certaines organisations humanitaires sont soupçonnées de jouer un rôle ambigu… Un expert rappelle : «en Orient tout est ambigü».

L’avenir de l’Irak

Selon la résolution du Conseil de sécurité, Hans Blix, chef des inspecteurs doit, présenter son rapport avant la fin janvier. Les Etats-Unis disposent d’informations qui ne leur ont pas été transmises par l’Irak : dispersion de leurs stocks d’armes de destruction massive, création d’installations souterraines de protection d’armes spéciales, embarquement de produits biologiques sur des camions se déplaçant sans cesse… L’Allemagne et l’Espagne entrant en janvier au Conseil de sécurité, l’Europe en sera-t-elle renforcée ? Concernant Saddam Hussein d’autres hypothèses circulent : que la Russie le renverse avant les Etats-Unis ? Qu’il démissionne ?

LA TURQUIE ET L’UNION EUROPEENNE

Le sommet de Copenhague a décidé de faire attendre les Turcs à cause probablement :

- du résultat des élections en Turquie : personne ne sait très bien ce que feront les « islamistes modérés » même si M. Erdogan est certainement un dirigeant très intelligent ;

- des pressions des États-Unis qui ont besoin de la Turquie pour intervenir en Irak car, selon le proverbe arabe, « Dieu a créé la géographie et Satan a créé l’histoire ».

M. Erdogan compte sur des atouts forts comme l’amitié des Etats-Unis, la démographie, la jeunesse des Turcs par rapport au vieillissement des Européens. De leur côté, les quinze sont divisés. En France, MM. Giscard d’Estaing, Bayrou, Madelin se sont déclarés opposés à l’entrée de la Turquie. Edouard Balladur, quant à lui, réaffirmait récemment sa théorie des « cercles » : seule une partie des quinze sont membres pleinement (euro, Schengen…), donc l’Europe politique pourrait être limitée. Un autre groupe, « l’Europe économique », pourrait compter la Turquie. Plus généralement, si la Turquie devait entrer, quelles objections pourrait-on opposer à l’Afrique du Nord, à l’Ukraine, au Liban, à Israël… Qu’est-ce alors que l’Europe ?

D’autre part, si l’Europe a besoin d’immigrants, en fait de gens compétents, ne s’en suivra-t-il pas une coupure avec le monde arabe au profit de l’Orient non arabe (Turquie, Inde) ?

Henri EYRAUD
Notes de Jean Chaudouet