Observatoire des phénomènes mondiaux

Présentation du 13 mars 2002


AFGHANISTAN ET ASIE CENTRALE

Les forces américaines se sont installées en Asie centrale pour longtemps.

Au Kirgyztan, la base de Manas est prévue pour accommoder 3000 hommes et assurer la maintenance d'avions de combat et de transport.

En Afghanistan, les bases de Baghram et surtout de Kandahar sont le centre des opérations américaines dans ce pays.

Au Pakistan et en Ouzbekistan (à Khanabad), les Américains améliorent les pistes, les télécom, les dépôts et logements de leurs installations.

Selon les armes, les unités sont maintenant soumises à un tour de rotation de 3 à 6 mois. L'Inde est favorable à cette présence militaire américaine prolongée, comme le Pakistan pour d'autres raisons (Islamabad a fait le choix anti-islamiste). Pour l'instant, l'Iran, la Russie et la Chine, n'expriment pas publiquement leurs réserves.

Les survivants Taliban et Al Qaida ont tenté de se réorganiser dans les zones frontalières pakistano-afghanes (plusieurs petites actions de harcèlement, interceptions électroniques). Fin février, un millier d'entre eux commettent l'erreur de se regrouper dans un réseau de grottes de la région de Gardez, où ils sont encerclés et largement détruits par l'opération Anaconda menée directement (pour la première fois) par les forces US, au cours de la première quinzaine de mars.

Les cartes du Pakistan, Afghanistan, Kirgyztan.... sur le site de l'Encyclopédie Universalis :
La situation en Afghanistan et dans la région :

 

ETATS-UNIS : AFFAIRE ENRON ET REPRISE ECONOMIQUE

En février, l'affaire ENRON-ANDERSEN a fortement ébranlé la confiance du public américain dans les comptes affichés par les grandes sociétés les plus endettées. Le succès dans les années 90 de ce géant de l'énergie cachait une gestion aventureuse, une structure compliquée à souhait et les affirmations mensongères de ses dirigeants. Enron dut finalement déposer un bilan catastrophique, entraînant la majorité de son personnel dans la débâcle des fonds de pension maison, battant les records de faillites américaines depuis longtemps.


Les comptes de la société avaient été régulièrement certifiés corrects par les audits d'Arthur Andersen qui était également rémunéré (en millions de dollars) comme Conseil de la direction. Les principaux dirigeants d'Enron avaient largement financé la campagne présidentielle Bush-Cheney, avant de rechercher (en vain) leur protection dans la phase terminale. Ils ont su quitter le navire ou retirer leurs billes à temps. Le scandale ruine des milliers de personnes. Il mène Andersen à sa perte. Il éclabousse le vice-président Dick Cheney, jette un discrédit partiel sur Wall Street et oblige le président Bush à intervenir.

La reprise de l'économie américaine s'est cependant confirmée graduellement depuis le début de l'année. Tous les indices étaient au vert le 1er mars. La majorité des experts s'accordent toutefois pour juger le retour à la croissance encore fragile à court terme et probablement limité en 2002. L'Europe suit le mouvement avec le léger décalage habituel.

Sur le Net .... les dossiers sur l'affaire

STRATEGIE GLOBALE AMERICAINE

A Washington, pour la première fois, un "National Intelligence Estimate" conclut que les camions, avions et bateaux seraient maintenant des vecteurs plus probables que les missiles balistiques, lors d'une attaque NBC contre le territoire des Etats-Unis.
L'administration Bush envisage bien, à moyen terme, la réduction de l'arsenal stratégique américain de 6 000 têtes nucléaires à un niveau de 1 700 / 2 100, mais associée à une reprise d'essais nucléaires souterrains pour la maintenance. Washington veut, en outre, garder en stock désactivé une partie des armes décomptées. Moscou est en désaccord sur ce point et la négociation suit son cours.

Le président Bush vient de présenter un projet de budget 2002 en déficit, comprenant une augmentation de 50 milliards de dollars pour la défense (un total de 380 milliards pour le Pentagone).

LA "DOCTRINE BUSH", PRIORITE DES PRIORITES

En matière de défense et de sécurité, l'administration Bush a adopté après le 11 septembre 2001 des choix ouvertement "unilatéralistes", dont les prémisses sont les suivants :

(1) les réseaux de la mouvance islamique radicale, en majorité "dormants" dans plus de 50 pays, renaissent de leurs cendres ;
(2) ces réseaux cherchent à frapper de nouveau sur le territoire américain ;
(3) ils s'efforcent maintenant d'utiliser des armes NBC, au moins de façon rustique.

La "doctrine Bush" qui émerge depuis le discours sur l'état de l'Union (29 janvier) et le discours des 6 mois (11 mars) a donc deux priorités absolues : détruire, partout dans le monde, les réseaux terroristes, anciens ou nouveaux, et interdire l'aboutissement des programmes d'armes NBC dans les "rogue states". Outre l'Afghanistan et l'Asie centrale, l'action américaine s'étend, pour l'instant, à :

- "l'axe du mal", l'Irak (qui tente de se protéger en manoeuvrant l'ONU), l'Iran (Khatami demande un appui à l'Europe) et la Corée du Nord (Bush ayant besoin de la coopération chinoise), trois pays qui subissent désormais pressions et menaces.
- plusieurs pays "faibles"- Pakistan, Philippines, Géorgie, Yémen, etc.- qui acceptent le "package" d'une aide américaine contre le terrorisme (équipements et formation, présence du renseignement US et d'une centaine de militaires des Forces spéciales).

Depuis novembre 2001, le "gouvernement secret" américain (hauts fonctionnaires de permanence dans un site secret, équipé et protégé) est activé et un réseau périphérique de senseurs nucléaires et radiologiques est déployé.

DICK CHENEY VISITE 9 PAYS ARABES, ISRAEL ET LA TURQUIE (11-20 mars)

En Irak, le régime de Saddam Hussein est ouvertement menacé, les Américains le soupçonnant d'avoir repris ses programmes NBC. Saddam a chassé depuis trois ans les inspecteurs ONU et concentre ses ressources sur la défense du régime. Le pays a exporté légalement ("Oil for food") pour 30 milliards de dollars de pétrole en deux ans, principalement vers la Russie, l'Egypte et la France. S'y ajoutent environ 2 milliards USD par an de profits d'exportation clandestine, notamment à travers la Syrie.

Après Londres, le vice-président Dick Cheney doit se rendre en 10 jours en Jordanie, en Egypte, au Koweit, aux Emirats, en Arabie Saoudite, à Bahrein, Qatar, Oman, au Yemen, en Turquie et en Israel. Le but de cette tournée est d'expliquer la "doctrine Bush" et en particulier la nécessité d'agir contre l'Irak de Saddam Hussein. Le 10 mars, la Turquie et la Jordanie mettaient en garde Washington contre ce projet. Les ministres des AE arabes, réunis au Caire le même jour, pressaient l'Amérique de s'employer uniquement à faire cesser la violence en Palestine. La récente initiative de paix séoudienne, qui sera sans doute soutenue par l'essentiel du monde arabe au Sommet de Beyrout (27 mars), a également été lancée comme un contre-feu visant à détourner les Etats-Unis de leur projet.

Dick Cheney en Jordanie :

ISRAEL-PALESTINE : L'INITIATIVE DE PAIX DU PRINCE ABDALLAH

Tandis que le terrorisme palestinien et la répression israélienne rivalisent de violence, la politique de force d'Ariel Sharon n'aboutit pas. Elle est critiquée par un nombre croissant d'Israéliens et ses excès sont condamnés par le Secrétaire d'Etat américain (qui revient à la nécessité d'un "Etat palestinien"). Elle rend peut-être impossible à résoudre un conflit qui était déjà quasi-insoluble.

Selon un bon observateur, "ou bien on a des guerres civiles à l'intérieur des communautés - les Israéliens déracinant la plupart de leurs colonies, les Palestiniens détruisant le Hamas et les pays arabes neutralisant leurs intégristes - ou bien tout cela finit en une guerre de civilisations (entre musulmans et juifs)".

En proposant une nouvelle version de "la paix contre les territoires", le Prince Abdallah, chef d'Etat de facto de l'Arabie Saoudite, a voulu opposer à cette apparente fatalité un principe de paix qui pourrait sauver à long terme les gouvernements arabes "modérés". En même temps Riyad visait à améliorer l'image de l'Arabie Saoudite, endommagée par les récents événements et par la crise de ses relations avec les Etats-Unis. Il définissait enfin une "politique de paix au Proche-Orient" au moment où le vice-président Cheney vient dans la région pour convaincre, au contraire, que la priorité devrait être de renverser le régime irakien.

CRISES INTERIEURES GRAVES

Sans entrer dans le détail, n'oublions pas qu'une douzaine de pays sont actuellement plongés dans des crises intérieures dramatiques ou dangereuses. C'est le cas, en Amérique latine, de l'Argentine (où le niveau de vie moyen vient de chuter de moitié), du Vénézuéla et de la Colombie (où le rebondissement de la guerre civile vient d'influer fortement sur les élections).

Le dossier du Courrier International :

En Afrique, il s'agit du Zimbabwe (où Robert Mugabe est prêt à tout pour s'accrocher au pouvoir), en Angola (où la disparition de Jonas Savimbi ne résoud pas tous les problèmes), à Madagascar (où la succession s'opère selon des modalités très discutables), en Algérie (avec une certaine reprise des assassinats aveugles) et au Congo (Zaïre), pays "riche" qui est pillé non seulement par ses adversaires (Rouanda et Ouganda), mais aussi par ses "alliés" (Angola, Zimbabwe), ainsi que par plusieurs fournisseurs militaires douteux (Corée-Nord, Soudan, Libye) et par des intermédiaires privés (israéliens, libanais, français, belges, américains et chinois).


En Asie, outre l'Indonésie et les Philippines, il faut signaler l'Inde : la tension dangereuse entre l'Inde et le Pakistan à peine désamorcée en janvier, un épisode très sanglant de guerre religieuse a fait des centaines de morts au Gujarat, proche du Pakistan. Au Népal, la guérilla "maoiste" s'en est pris au forces de l'ordre, sous un un régime royal affaibli par le massacre de 2001

 

EUROPE

Monnaie unique : les monnaies nationales ont maintenant disparu. Le changement s'est bien passé. Au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs, l'événement a eu un certain impact. Il reste à s'habituer à cette nouvelle échelle de valeur marchande et, surtout, à harmoniser les politiques économiques et fiscales nationales des douze pays. La Convention pour l'avenir de l'Europe a également commencé ses travaux comme prévu.

A la veille du Sommet de Barcelone (15-16 mars), l'Italie de Silvio Berlusconi et d'Humberto Bossi a créé quelques difficultés politiciennes. La France et l'Allemagne sont dominées par des intérêts électoraux. Le Royaume-Uni par ses choix stratégiques plus pro-américains qu'européen. Paris est seul contre ses 14 partenaires sur la question de l'ouverture du marché de l'électricité. Londres, Rome et Madrid bloquent la définition d'une dimension sociale dans les orientations européennes à dix ans.

Une information anecdotique, mais pas indifférente : selon la police belge, environ deux millions de passeports européens vierges ont été volés en quelques années. Ils se négocient à quelques milliers d'USD et sont les plus utilisés dans le monde pour la fabrication de faux passeports.

COMMERCE INTERNATIONAL

Mi-janvier, l'Union européenne gagnait en appel la procédure OMC qui l'opposait aux Etats-Unis sur les exemptions de taxes à l'exportation. L'UE pourrait de ce fait décider légalement certaines mesures de compensation. Il semble néanmoins que Bruxelles et Washington n'aient pas épuisé toutes les recherches d'un arrangement négocié préférable à une guerre commerciale.
Le 5 mars, le président Bush décidait de protéger l'industrie américaine de l'acier, dont la restructuration a trop tardé, en imposant des droits de douane de 18 à 30 % sur les importations (ALENA exceptée). Washington prétend utiliser les clauses de sauvegarde prévues par les accords de l'OMC. Mais ce prétexte est abusif, comme dans le cas des "sanctions" américaines appliquées depuis deux ans aux tubes d'acier exportés par la Corée du Sud, qui viennent d'être condamnées à l'OMC le 8 mars.

Sur l'acier, l'Union européenne, le Japon, l'Australie et la Nouvelle Zélande, ont immédiatement porté plainte devant l'Organisation. La Russie, la Chine, Taiwan, la Corée-Sud et le Brésil pourraient en faire autant. La crédibilité du discours américain sur les vertus du libre-échange est mise en question.

MONDIALISATION

Opposé au Forum de Davos/New York, celui de Porto Alegre (51.000 présents dont une participation française de niveau élevé) a fait moins de bruit et moins de fureur cette année. Le forum social mondial a demandé la suppression de l'OMC et l'annulation de la dette du tiers monde, sans mesurer les effets pervers que ces mesures pourraient avoir. L'amalgame fait entre l'Argentine, pays en banqueroute pour mauvaise gestion et les pays africains les plus pauvres est injuste. Le contrôle de l'usage des dons serait-il une mesure raisonnable ou une manifestation de néocolonialisme ? Et quels Etats respectent le taux de 0,70 % du PNB demandé par l'ONU aux pays riches pour l'aide aux pays pauvres ?

Le forum économique mondial de New York semble lui avoir été paralysé par des dissensions entre les représentants des 144 pays, l'accord de principe sur un nouveau cycle de libéralisation des échanges ne parait pas avoir beaucoup avancé.

CLONAGE THERAPEUTIQUE

La société écossaise PPL Therapeutics annonce la naissance (fin 2001) de cinq porcelets génétiquement modifiés, dans le cadre d'un programme de mise au point d'organes transplantables à l'homme. Il s'agit d'une étape décisive, quoiqu'encore partielle, de cette recherche.
Les scientifiques britanniques vont être autorisés, sous certaines conditions, à cloner des cellules souches d'embryons humains pour développer la recherche médicale. Les lignes de cellules qui pourraient en résulter devront être déposées dans une banque de cellules souches.

Sur le Net ....140 rapports sur le sujet à l'Assemblée Nationale !!! :
Les sites sur le sujet proposé par le CHU de Rouen:

Henri EYRAUD