DEJEUNER-DEBAT du mai 2002

 

ETATS BALTES : VERS L'ADHESION A L'UNION EUROPENNE
Viviane du Castel Analyste géopolitique

Un an après le voyage d'ARRI dans les Pays-Baltes, Viviane du Castel fait le point, pour nous, de la situation de ces pays au regard des initiatives récentes de leur grand voisin russe. L'adhésion à l'Union européenne est une priorité pour les Etats baltes, soucieux de mener à bien la mise en place de l'état de droit, comme de résoudre leurs problèmes sociaux par un développement économique inscrit dans les perspectives à long terme de l'Union européenne. Les trois pays orientent leurs politiques budgétaires en ce sens.

L'Estonie est indiscutablement la mieux préparée. Son gouvernement s'est fixé comme objectif de préparer le pays à l'accession en janvier 2003. Les retombées de son adhésion devraient lui permettre de conforter les réformes actuelles, car ce pays doit encore relever certains défis (diversification des partenaires commerciaux, plan énergétique à long terme, prise en compte de la fracture sociale...). L'orientation économique ultra-libérale des gouvernements successifs a permis de réorienter massivement le commerce extérieur vers l'Union européenne depuis 1995 (année de l'adhésion de la Finlande et de la Suède à L'Union européenne). Cette tendance s'est encore accentuée depuis la crise russe de 1998.

La Lettonie, qui connaît actuellement une croissance record, a également choisi l'ouverture sur le monde et le rapprochement accéléré avec l'Union européenne. Toutefois, la Lettonie est confrontée à un double défi :
- renforcer la compétitivité de son économie, en accélérant les réformes structurelles et les privatisations.
- poursuivre (pendant une génération au moins), une politique systématique d'intégration de la minorité russophone dans la nation lettone.

Enfin, la Lituanie, à l'économie moins développée et plus fragile, est celle qui profite le plus des retombées économiques du Traité de Nice. La coalition au pouvoir depuis octobre 2000 n'a pas su relancer les privatisations et les restructurations, pourtant indispensables. En effet, la compétitivité de l'économie lituanienne dépend à la fois de la modernisation des équipements et de la diversification de ses marchés à l''exportation, où la part de la Russie reste aux alentours du tiers. En outre, le calendrier et les modalités précises de la fermeture de la centrale nucléaire d'Ignalina (la plus grosse centrale de type Tchernobyl en Europe) font encore l'objet de discussions acharnées avec la Commission européenne...

Ombre du tableau : les sondages montrent dans les trois Etats baltes une érosion du soutien des opinions publiques à l'adhésion à l'Union européenne, moins par crainte de perdre leur identité nationale, semble-t-il, que par appréhension devant les conséquences sociales des mises à niveau estimées indispensables par l'Union européenne.

La politique de sécurité des pays baltes est déterminée par leur volonté d'adhérer à l'OTAN, aussi rapidement que possible. Cette adhésion constitue un but essentiel, les gouvernements des trois pays considérant que seule l'adhésion à l'OTAN peut garantir à long terme leur sécurité.

L'Estonie et la Lettonie souhaitent une adhésion conjointe des trois Etats baltes, basant leur approche sur la coopération interbalte. Mais de son côté, la Lituanie prône l'intégration pays par pays. En effet, Vilnius considère que l'intérêt stratégique du Pays lui donne l'avantage aux yeux des décideurs de l'OTAN.

Le problème posé par le territoire de Kaliningrad, exclavé au bord de la Baltique, entre la Pologne et la Lituanie, pèse lourdement dans l'examen de la demande d'adhésion à l'OTAN des Etats baltes.

En outre la décision du Président russe Vladimir Poutine de mettre en œuvre la construction du " système du tube balte " pour relier les gisements pétroliers du grand nord russe au nouveau terminal de Primprsk, sur le golfe de Finlande vise à réduire considérablement le transit de ses exportations en hydrocarbures par les ports de Ventspils en Lettonie, de Butinge en Lituanie et de Tallinn en Estonie, ce qui inquiète ces trois pays.

Chacun des trois Etats baltes a une relation particulière avec la Russie. Ainsi, l'Estonie mène une politique d'indifférence face aux exigences de la Russie et, parallèlement, diminue chaque année sa dépendance économique à l'égard du marché russe. En Estonie, la minorité russophone ne représente que 28% de la population. Un programme systématique d'intégration de cette minorité est mis en œuvre. Ainsi, les "non-citoyens " d'Estonie ont le droit de vote aux élections locales, ce qui n'est pas le cas en Lettonie.

La Lettonie entretient des relations nettement plus tendues avec Moscou. A la suite des déportations particulièrement massives de Lettons effectuées par les Soviétiques après 1945 et de l'afflux d'ouvriers russes organisé dans le cadre de " l'industrialisation soviétique " du pays, la minorité russophone, en diminution, représente encore 46% de la population. Mais le temps œuvre dans le sens de l'apaisement. A Riga, on constate que les jeunes russophones sont maintenant bilingues et non plus seulement les Lettons (à l'époque soviétique, c'était l'inverse..).