DEJEUNER-DEBAT du 15 mars 2002

 

" NOTRE FOI EN CE SIECLE " A LA CITE UNIVERSITAIRE

Débat animé par Michel Albert, Jean Boissonnat, Michel Camdessus (Portraits en cliquant ici : )

NOTRE : signifie qu'il s'agit d'une œuvre réalisée ensemble ; FOI : nous qui sommes imprégnés de notre foi commune chrétienne ; EN CE SIECLE : foi qui nous fait dire que " l'histoire a un sens "

Tels furent les propos introductifs de Michel Albert, à qui succédèrent Jean Boissonnat et Michel Camdessus pour présenter l'ouvrage qu'ils viennent de publier et qu'ARRI tenait à saluer dans le cadre de la Cité Universitaire internationale de Paris. Une vingtaine d'étudiants avaient pu se joindre à ce déjeuner-débat exceptionnel.

Ayant rappelé que leur enfance commune avait baigné dans les maladies sociales et politiques des années 30, chômage, montée des totalitarismes, ils ont connu le drame physique et moral de la défaite 1940, ils ont participé à la reconstruction matérielle, morale et culturelle du pays. Ils ont surtout été les témoins dans leur jeunesse et, à propos de l'Europe d'une rupture dans l'histoire : pour la première fois des vainqueurs décident non pas d'exploiter au maximum le vaincu, mais de lui tendre la main et d'enclencher avec lui une coopération, de créer une Communauté profitable aussi bien au vainqueur qu'au vaincu. !

En effet, la CEE a formé un modèle inédit : un marché d'échanges libres, mais aussi des solidarités grâce à des prélèvements réalisés au profit de divers bénéficiaires, pour lutter contre les inégalités entre nations. Ses membres sont passés progressivement de six à quinze, dont quatre (Espagne, Portugal, Irlande et Grèce) étaient au départ peu développés. Demain, avec l'élargissement à l'Est, les perspectives sont semblables.

A travers ces constats, Michel Albert distingue un nouveau rôle pour le Christianisme : les déviances passées ont été reconnues et la séparation entre l'Eglise et l'Etat a provoqué une purification bénéfique. Devant la mondialisation, le Christianisme présente l'atout majeur d'être une religion de l'universel tout en reconnaissant la valeur unique, irremplaçable de la personne, aimée de Dieu.

Ce livre qui paraît au moment de la campagne présidentielle ne se présente nullement comme inspirateur de programme pour les candidats. Cependant il comporte concrètement et précisément des URV (Utopies à Réalisation Vérifiable) qui concernent la France, l'Europe et l'Eglise et les questions de développement. Jean Boissonnat explique que notre pays se trouve face à deux enjeux majeurs : la construction européenne et le renversement démographique de 2005-2006 qui va faire apparaître une inflexion des courbes à propos de l'emploi, des retraites, de la santé... ce qui nécessitera des décisions déterminantes en matière sociale. Jean Boissonnat ajoute que la France devrait procéder à une décentralisation hardie, accordant la priorité à la région sur le département...

En matière sociale la révolution économique récente a eu pour effet sur l'entreprise de transférer les pouvoirs à l'actionnaire et au consommateur au détriment du travailleur et du " manager ". Il faut concilier deux tendances : la nécessité d'accroître la flexibilité et la mobilité du travail et celle de sauvegarder la sécurité et la dignité des salariés...Que le travail ne tombe pas dans le statut de marchandise ! Cette perpective appelle donc une profonde réforme du droit du travail et devrait aboutir à une nouvelle définition du statut du travailleur dans la société. Il y a là une convergence entre les positions de l'Eglise et celles de diverses forces politiques. L'Europe a quelque chose à dire à ce sujet.

Michel Camdessus rappelle quant à lui ses années d'étudiant à la Cité Internationale. C' est là qu'il entendit parler d'Emmanuel Mounier, de François Perroux, de Teilhard de Chardin. C'est là qu'il prit goût aux affaires internationales et connut les révoltes des jeunes face aux guerres du Viet Nam et à celle d'Algérie...Aujourd'hui il s'indigne à propos de l'impossible suppression des paradis fiscaux qui ont certainement facilité le projet de Ben Laden. Plus que quiconque il comprend les protestations d'étudiants argentins venus crier leur désarroi dans la situation actuelle : de fait, la mondialisation a subi récemment une forte accélération et certaines discontinuités qui appellent des réformes et des utopies...

Sur le plan éthique en particulier, les engagements, la parole donnée doivent être tenus. Trop souvent apparaît un écart entre le discours et la réalité. C'est en particulier le cas de l'Aide Publique au Développement qui ne fait que décroître depuis plusieurs années. Et donc l'utopie consisterait en ce que chaque année ait lieu en France une conférence regroupant représentants du gouvernement, experts et ONG pour faire le point sur les réalisations effectives et les engagements pris. S'agissant de l'Eglise, Michel Camdessus propose que la collégialité s'instaure au niveau de la Curie. Pourquoi le Pape, à l'instar de grandes organisations mondiales n'associerait-il pas à son " gouvernement " vingt quatre personnes élues par les Conférences épiscopales du monde entier ?

Chacune des URV appelle réflexion : les invités d'ARRI se sont quittés en se promettant de les approfondir.

Notes de Jean Chaudouet

......et sur le net :

Semaines sociales de France (Boissonat): http://www.cef.fr/catho/actus/evenements/2000/20001116semsociales.php4
Présentation Camdessus : http://www.cepii.fr/francgraph/pageperso/camdessus.htm
Camdessus biographie : http://www.imf.org/external/np/omd/bios/fre/mdf.htm
Commissariat au plan (Michel ALBERT son cursus : http://www.plan.gouv.fr/historique/albert.html


Portraits et présentation du livre

Michel Albert

Michel ALBERTL'ouvrage a été écrit " ensemble ", en " amis de quarante ans ". Il est imprégné de notre commune foi chrétienne, catholique, non pas abstraite, mais incarnée dans nos engagements. Cette foi nous inspire en particulier que l'histoire à un sens.
Ainsi, à propos de l'Europe (chapitre IV) : pour la première fois, des vainqueurs, en 1945, ont décidé non pas d'exploiter au maximum le vaincu, mais, par une sorte de conversion, de tendre la main au vaincu, d'enclencher avec lui une coopération, de créer une Communauté, au profit et au vainqueur et au vaincu. Et il s'agit maintenant d'étendre au plan mondial un e telle expérience.
De fait, la CEE a formé un modèle inédit : elle a établi un marché d'échanges libres, mais en même temps a développé des solidarités, grâce à des prélèvements réalisés au profit de divers bénéficiaires, pour lutter contre les inégalités entre les nations. Le nombre des membres est passé progressivement de six à quinze, dont quatre (Espagne, Portugal, Irlande, Grèce) au départ peu développés. Pour demain, avec l'élargissement à l'Est, c'est-à-dire à des pays ex-communistes, les perspectives sont semblables.
Les auteurs distinguent un rôle nouveau pour la christianisme (chapitre III) : les déviances passées ont été reconnues, et la laïcité, la séparation entre l'Eglise et l'Etat, correspondent à une purification bénéfique. Devant la mondialisation, le christianisme présente l'atout majeur d'être une religion de l'universel, tout en reconnaissant la valeur unique, irremplaçable, de la personne, aimée de Dieu.

Jean Boissonat

Jean BOISSONNATLe livre résulte de l'histoire commune des auteurs : leur enfance a baigné dans les maladies sociales des années 30, chômage, montée des totalitarismes ; ils ont connu la défaîte de 1940, drame physique et moral ; après 1945, ils ont peu à peu participé à la reconstruction matérielle, morale, culturelle du pays.
Il paraît au moment de la campagne présidentielle. Il ne se présente nullement comme inspirateur de programmes pour les candidats. Cependant, il comporte quelques aspects concrets, plus précisément des " URV " (Voir ci-dessous ), " Utopies à réalisations vérifiables " (idée de Michel Camdessus). Elles concernent la France, l'Europe et même l'Eglise.

· Sur la France : notre pays se trouve en face de eux problèmes majeurs :
- la phase nouvelle de la construction européenne, liée à l'introduction de l'euro et à l'élargissement à l'Est.
- le choc démographique qui, vers 2005-2006, va avoir pur effet de " retourner les courbes ", à propos de l'emploi, des retraites, de la santé : ce choc va rendre nécessaires des décisions stratégiques déterminantes.

· Sur l'Union européenne (mais aussi encore sur la France) : depuis deux siècles s'est produite une redistribution des pouvoirs dans les sociétés modernes, elle a abouti, en particulier en France, à une concentration des pouvoirs sur l'Etat national ; mais au XXè siècle, cette concentration a pu conduire à l'hyper-nationalisme.

· Tant pour l'Union que pour la France, le fédéralisme apparaît riche de solutions quant à la distribution du pouvoir politique ; parallèlement à la construction européenne, la France devrait procéder à une décentralisation hardie, accordant la priorité à la région sur le département (qui est source de coûts excessifs). Ainsi les pouvoirs se répartiraient selon trois niveaux : la région, la nation, la Fédération européenne.

Sur la vie sociale : depuis plus d'un siècle, le combat des travailleurs est parvenu à renforcer la situation des salariés dans l'entreprise, à faire reconnaître que le travail n'est pas une simple marchandise. Mais la révolutions économique récente a pour effet, sur l'entreprise, de transférer les pouvoirs a l'actionnaire et aux consommateurs, au détriment du travailleur et du " manager ". La tâche consiste a rendre compatibles deux tendances lourdes :

- la nécessité d'accroître la flexibilité et la mobilité du travail, inévitables à cause des innovations techniques (par exemple : le téléphone mobile n'existait pas il y a dix ans).
- la nécessité de sauvegarder la sécurité et la dignité des salariées : le travail ne doit plus retombées dans le statut de marchandise.

Elle appelle donc une profonde réforme du Droit du travail, quant au temps partiel, à la définition de contrats spécifiques (" missions ", ect...), au couplage formation professionnelle - exercice d'une profession, à la participation syndicale, à l'épargne-temps, etc...

Cette réflexion sur le statut du travailleur dans la société aboutit à une convergence entre les positions de l'Eglise et celles de diverses forces politiques.
Sur l'énergie et l'environnement dans le monde. Comment favoriser le développement de tous les peuples, sans provoquer une dramatique détérioration de l'environnement par la généralisation de l'automobile et donc une consommation très accrue des énergies " traditionnelles " (hydrocarbures) ? A ce titre, un débat sérieux sur le rôle du nucléaire civil s'impose : des politiciens suédois, allemands, belges, semblent ces temps-ci prendre des décisions très imprudentes.
Enfin, l'Europe a " quelque chose à dire " au monde, du fait de son expérience, souvent douloureuse à propos : de la difficulté de relation en le politique et le religieux, du rapport entre l'économique et le social, de l'équilibre entre le singulier et le pluriel (cf. les idées de Vaclav Aavel sur les nations et la communauté fédérale).

Michel Camdessus

Michel CAMDESSUS(La Cité universitaire, pour lui, est un lieu précieux : il a entendu parler d'Emmanuel Mounier, de François Perroux, de Teilhard et Chardin, etc...) au moment de la guerre du Vietnam, du gouvernement de Mendes-France, de la guerre d'Algérie).
La mondialisation a subi récemment une forte accélération et mêle une discontinuité qui appellent des réformes importantes et .. des " utopies " (pas forcément non crédibles).

· Sur le plan éthique : les engagements, la parole donnée, doivent être tenus. Trop souvent apparaît un écart entre le discours et le réel. C'est ainsi que le discours officiel français, souvent excellent, convainc l'opinion publique, mais en réalité ; à propos de l'APD (Aide Publiques au Développement), notre appui constant à l'objectif de 0,7% du PIB a caché une réduction effective de 50% de notre effort entre 1990 et 2001.

 

(Michel Albert). En vue de la conférence de Monterrey, une étude de la Commission a montré que l'écart entre les 20% des plus riches et les 20% des plus pauvres de la planète est passé de 1 à 30 en 1960, à 1 à 90 en 2000. Plus généralement, les " grandes fêtes " que sont les conférences mondiales de l'ONU (Rio, Pékin, le Caire, etc...) donnent lieu à des engagement des Etats, sur l'aide, la dette, etc.. qu'ils s'empressent ensuite de ne pas tenir.
Et donc " l'utopie " consisterait en ce que chaque année ait lieu en France une conférence entre le gourgenement, les ONG représentatives, divers experts, etc... : on y ferait le point entre les réalisations effectives et les engagements pris dans divers domaines, la lutte contre la pauvreté, l'égalité garçons-filles dans l'éducation, l'approvisionnement en eau potable, etc. Ainsi l'opinion publique saurait mieux où nous en sommes.

· Sur la mondialisation :le marché tend à ce qu'on produise plus et mieux, il n'a pas que pour objet d'assurer la répartition et l'équité. Et donc la mondialisation appelle un renforcement du droit, la mise un plan de processus publics communs (par exemple une éco-taxe, la taxation des dépenses de produits pétroliers, la taxation des ventes internationales d'armes).

(Michel Camdessus) La suppression des paradis fiscaux (c'est grâce à eux que Ben Laden a pu financer son projet).
- Pourquoi pas dans le gouvernement de l'Eglise catholique elle-même ? Il se pose à l'évidence un problème d'équilibre entre la primauté du pape et la collégialité des évêques, d'insuffisance d'échanges entre la tête et les membres. Pourquoi le pape, un peu à l'instar des grandes organisations mondiales, n'associerait-il pas au gouvernement de l'Eglise vingt quatre personnes élues par les Conférences épiscopales régionales ?

Jean Chaudouet

Présentation des Utopies à Réalisations Vérifiables

"L'impossible d'aujourd'hui est le réalisme de demain". Cela s'appelle l'utopie !

Pour nos sociétés de l'instant, qui regardent difficilement vers un futur; les auteurs proposent 20 utopies (avec un modeste petit "u") à réalisation vérifiable......car devant à leur avis être adoptées par des gouvernements soucieux de l'intérêt à long terme de leur pays. De plus ils formulent pour gagner l'adhésion des dirigeants des intiatives pouvant être lancées sans délais.

Voici ces 20 Utopies à Réalisation Vérifiable qu'ils appelent dans leur livre des URV :

1 - pour une écotaxe européenne
2 - pour un retour au nucléaire civil
3 - pour une politique de sécurité
4 - pour une fédération de l'Europe
5 - pour en finir avec les paradis fiscaux
6- pour promouvoir la région
7 - pour la suppression des cabinets ministériels
8- pour un statut du travailleur
9 - pour l'éthique dans le gouvernement d'entreprise
10 - pour le développement humain
11 - pour préparer l'Europe à l'immigration
12 - pour l'accès de tous au crédit
13- pour un statut des ONG
14- de l'eau potable pour tous
15 - pour le respect de nos engagements
16- pour une taxation des ventes d'armes
17 - pour réconcilier morale sexuelle et spiritualité
18- pour réhabiliter les patriarches
19 - pour former ensemble les maîtres en religion
20 - pour un diaconat des femmes

Le président d'aRRi avec les 3 intervenants

 

aRRi dans la continuité de ce déjeuner-débat a décidé de consacrer un cycle de réflexion autour de certaines de ces URV. Le premier débat de ce cycle "Le nucléaire : Quel avenir ?" traitera de l'URV numéro 2 "retour au nucléaire civil".
Il aura lieu le jeudi 30 mai de 18 à 20 heures à l'IPSEC 16 place du Général Catroux 75017; et il sera animé par Georges VENDRYES ancien directeur au Commissariat à l'énergie atomique.