DEJEUNER-DEBAT du 22 octobre 2002

LA GESTION DES RESSOURCES EN EAU DANS LE MONDE

par Gérard PAYEN Directeur général de SUEZ

L'un des scandales de ce siècle, c’est l’existence d’un milliard de terriens privés d'accès à l'eau douce, et constamment en danger… or l'être humain boit 80% des maladies qu'il contracte, et l'on constate aujourd'hui 30.000 décès d'enfants par jour du fait de l'eau impropre à la consommation. L’accès à l’eau à été l’un des principaux sujets abordés à la conférence de Johannesburg à laquelle a participé le conférencier.

La problématique

Les Nations Unies ont proposé pour le 21ème siècle ce que l'on appelle "les objectifs du prochain millénaire". L’un de ces objectifs vise à « diviser par deux en quinze ans le nombre des terriens qui n'ont pas accès à l'eau potable ».

La conférence de Johannesburg a crû pouvoir en ajouter un autre : diviser par deux le nombre d’hommes et de femmes non desservis par un système de collecte des eaux usées.

En fait, au cours des dix dernières années, malgré les efforts non négligeables qui sont faits par les gouvernements et par les institutions internationales, le nombre des terriens non desservis n'a pas baissé. Il a même légèrement augmenté. Or la population totale de la planète va continuer à croître et tendre vers huit à neuf milliards en 2050 (contre six aujourd’hui) avec une population urbaine qui risque d’exploser. Dans ces conditions, on pourrait déplorer que le budget "eau" de la Bird ait été divisé par deux en 10 ans …

Quelques exemples

A Buenos Aires quatre millions d’habitants sur dix n'avaient pas accès à l'eau en 1994. Au cours des sept années suivantes Suez, retenu par le gouvernement pour y distribuer l’eau a investi 1,7 millions $, maintenu le prix de l’eau et permis à 1,6 million d’habitants de plus d’y avoir accès.

A La Paz, il y avait 400 000 personnes non raccordées. Suez a remporté l’appel d'offres lancé par le gouvernement pour remédier à cette situation. Cinq ans après, tout le monde est raccordé sans augmentation de tarif.

En Afrique du Sud, sept millions d'habitants ont été raccordés à l’eau en cinq ans et Suez a contribué à ce résultat pour le tiers d’entre eux.

Ainsi au total, Suez a raccordé sept millions d'habitants dans le monde au cours des dix dernières années et exploite aujourd’hui un réseau d'environ cent trente millions de clients.

La doctrine

L'eau est un bien public : c'est à l'État qu'il incombe d’en faire la répartition. Suez n'est pas favorable à la privatisation de l'eau mais préfère le régime de la concession.

La desserte des quartiers difficiles (notamment les bidonvilles) peut se faire dans le cadre d’une péréquation appliquée à toute l'agglomération mais en évitant les subventions qui ne profitent souvent qu'aux riches.

L'objectif retenu à Johannesburg impliquerait que 400 000 personnes soient raccordées chaque jour pendant ce siècle… Les États et les collectivités locales peuvent se retrousser les manches !

Quelques réponses aux questions

L'eau minérale en bouteille coûte 500 fois plus cher que l'eau du robinet, et l'eau du porteur d'eau coûte probablement 10 fois plus. Il est normal de faire payer l'eau, précisément pour éviter les gaspillages, mais cette notion est variable selon les pays. Ici, il faut absolument interdire de prélever dans les nappes phréatiques un débit supérieur à celui qu’elles reçoivent ce qui limitera les forages profonds… Là, il faudra limiter le prélèvement des eaux de rivières…La désalinisation coûte encore aujourd'hui très cher et, sauf dans cas très particuliers comme celui des îles, cette option n'est pas généralisable à grande échelle même si le prix du m 3 d'eau désalinisée est en baisse continu.

Il faut certainement se réjouir des résultats du sommet de Johannesburg (injustement décrié par la grande presse), pour plusieurs raisons : la présence de chefs d'États et de gouvernement, de présidents de grandes entreprises et de responsables d’ONG a manifesté la prise de conscience des uns et des autres que le développement durable et l’accès à l’eau étaient véritablement l’affaire de tous. Il y a eu une véritable prise de conscience notamment des besoins des pays les plus pauvres. Les acteurs ont manifesté une réelle volonté d'agir sur le terrain au niveau de quelques objectifs concrets. La formule du partenariat public-privé a été reconnue comme très prometteuse. Johannesburg fut donc une étape vers le nouveau sommet prévu en 2003 à Kyoto. Gérard Payen nous a appris que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan , avait chargé Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, d'une mission particulière pour préparer ce qui concerne les objectifs retenus en matière d’accès à l’eau potable.

Notes de Jacques Bourdillon

......et sur le net :

http://www.lemoniteur-expert.com/archives/contenu/voir_article.asp?num_article=20020201-627