DEJEUNER-DEBAT du 2 octobre 2002

 

LE VERITABLE VISAGE DE L’ISLAM

par Ghaleb BENCHEIK Docteur es sciences

Le cycle de conférences « le monde islamique, une incompréhension à dépasser » a démarré avec une conférence magistrale. Près de soixante-dix participants ont pu apprécier les éclairages que l’intervenant a donné sur l’islam, tant d’un point de vue historique que théologique et l’importance, qu’il a souligné, du dialogue inter-religion. Cette première conférence sera suivi de cinq autres suivant un programme que l’on peut se procurer au secrétariat de l’Association..

Ghaleb Bencheik rappelle en guise d’introduction : « On ne peut se prévaloir d’un idéal religieux pour déverser la haine. Aucune cause, si noble soit-elle ne peut justifier l’assassinat d’innocents ; servir Dieu, c’est servir l’humanité entière ».

Puis il lève les malentendus les plus courants entretenus à travers une terminologie utilisée par les fanatiques ou les ignorants, mais aussi, hélas ! par nombre de personnalités intellectuelles, politiques et même... religieuses.

Ainsi, le djihad n’est pas une « guerre sainte » ; il n’y a pas de guerre sanctifiée ni sacralisée. Autre exemple, une fatwa n’est pas un appel au meurtre, c’est un avis religieux, une condamnation émise par les autorités religieuses musulmanes...

Ghaleb Bencheik regrette que ces mêmes autorités ne s’expriment pas plus fortement, surtout depuis le 11 septembre 2001, à propos des dérives fanatiques. Elles n’insistent pas assez sur le fait que selon la théologie islamique l’homme est “ vicaire ” de Dieu sur terre. Dieu à qui l’homme ne se “ soumet ” pas selon certaines mauvaises traductions du mot “ islam ” mais auquel l’homme se remet avec confiance et dans la paix.

Dans son rappel historique, le conférencier fait apparaître que l’opposition courante islam-occident n’est pas pertinente… En effet, de 711 à 1492, l’islam était bien présent en Occident comme en témoigne le califat de Cordoue. A cet égard il faut se souvenir que le mot Maghreb signifie Occident et que la présence de l’Islam en France transparaît à travers la toponymie : Narbonne, Carcassonne, Ramatuelle ont des consonances qui ne trompent pas. Pour autant la présence massive de l’islam en France est un phénomène récent.

L’hostilité actuelle tient au fait qu’au cours des siècles le monde musulman a perdu de son avance et fut victime, lors de son déclin, d’une certaine colonisation qui l’a plongé dans une grande léthargie aidée en cela par “ un maraboutisme aliénant ”.

Autre précision concernant les tensions observées en France : la difficulté vient en partie du fait que le tissu social des musulmans est éclaté entre une minorité s’apparentant à la « jet set » et une majorité plutôt prolétarisée, souvent ghettoïque et même, selon le conférencier, désislamisée. La religion sert de « carburant à la révolution ».

L’islam a besoin d’un « aggiornamento » à propos de la liberté de conscience, de la laïcité, de la condition féminine, de la démocratie... A l’égard de la laïcité, le conférencier estime que l’islam devrait être particulièrement adapté car il n’a pas de structures cléricales susceptibles d’être rivales des autorités de l’Etat. Mais à l’inverse cette situation est préjudiciable au dialogue nécessaire entre autorités politiques et religieuses ! L’islam a aujourd’hui en France une difficulté persistante à convenir d’une structure représentative. L’éclatement des tendances au sein du monde musulman ne facilite pas les choses. Ainsi, dans bien des cas, les musulmans sont réduits à une quasi clandestinité. De façon sous-jacente à cette question se pose celle de la modernisation de l’islam qui nécessiterait un important travail théologique. Car si les divergences avec le judaïsme et le christianisme ont porté sur la doctrine, il reste entre ces trois grandes religions un fond commun concernant la révélation de Dieu. Ghaleb Bencheik la définit comme une et indivise avec une coloration et des facettes différentes selon que le récipiendaire en fut Moïse, Jésus ou Mahomet. L’idéal abrahamique fait d’accueil, d’ouverture, d’amour puissant et sans retour, constitue l’essentiel de l’héritage commun.

En l’absence de ce retour aux véritables sources, les dérives sont nombreuses comme celles qui consistent à isoler certaines sourates du Coran créées dans un contexte de guerre (entre Médinois et Mecquois par exemple) pour mieux entraîner tout le texte sur le versant de l’agressivité. Il en est de même pour certains textes pauliniens non replacés dans leur histoire : on mesure alors que l’essentiel de la révélation divine est occulté.


Notes de Pierre Coulhon