DEJEUNER-DEBAT du 20 juin 2002

 

PALESTINIENS ET ISRAELIENS

par Théo KLEIN Président d’honneur du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif)

Théo Klein a connu la Résistance, la solidarité qui a permis de cacher des juifs, la nécessité d'agir, l'opportunité de rencontrer les autres. Il évoque le préambule du traité Faysal-Weizmann (1919) : il y est question de parenté raciale, et de liens d'amitié, entre les deux peuples juifs et palestinien. Puis il rappelle qu’à la conférence du Caire (1922), la nation juive était présentée comme un élément de civilisation et comme une base de la paix avec les Etats arabes. Cette paix fondée, sur quelque chose qui a existé, est donc possible, elle peut exister à nouveau.

Mais il y a la peur, les deux peuples ont peur l'un de l'autre et désireraient vivre côte à côte mais chacun pense que l'autre ne le veut pas… les Palestiniens ont peur du Grand Israël, les Israéliens ont peur qu'Israël soit rayé de la carte du monde. Tsahal est prête à occuper la Palestine, et se permet d'y pénétrer à tout moment, le monde arabe est perçu comme vaste et puissant, il possède l'arme du pétrole, il menace l'existence et la légitimité de l'État d'Israël.

L'originalité de l'État hébreu face à la Palestine, à l’Europe et au reste du monde réside dans sa multiplicité d'origines et d’histoires. L’Europe est perçue comme ayant à l'égard d'Israël des exigences qu'elle n'a pas à l'égard des Arabes ; il y a contre Israël des condamnations de l'Onu votées par des États qui ne respectent pas les droits de l'homme.

Théo Klein affirme :

Il y a nécessité évidente d'une reconnaissance solennelle et réciproque d'un peuple par l'autre. Le voyage de Sadate à la Knesset fournit un excellent exemple : ce qui importait n'était pas tant ce qu'il a dit, mais l'endroit où il l'a dit, sa présence auprès du peuple hébreu.

En Israël, existe un consensus unique sur la sécurité, c'est sur ce thème que Sharon a été élu mais on voit que cette sécurité est loin d'être totale et qu’elle a une face négative : les Palestiniens la subissent comme une humiliation, ce qui les encourage à continuer des actions "terroristes".

Au delà de ce consensus "sécuritaire" dont il a montré les limites, les Israéliens apparaissent divisés sur la vision à long terme : il y a les partisans du "Grand Israël", et ceux qui préconisent le retrait sur les frontières de 67 et l'abandon des "implantations" en territoire palestinien.

Connaissant bien Ariel Sharon, Théo Klein lui a écrit dès son élection à la tête de l'État, pour qu’il appelle Arafat à proclamer l'État Palestinien, Sharon n'a pas répondu. L'État Hébreu est une vraie démocratie, fière de sa Cour Suprême, mais elle est dotée d'une loi électorale absurde (la proportionnelle intégrale) qui favorise l'émiettement des petits partis et qui empêche le chef de l'État de choisir lui-même ses ministres. La seule institution centralisée est une armée bien organisée devenue la véritable colonne vertébrale de l'État

Côté palestinien : il y a un vide historique, une absence totale de structures. Arafat est davantage le symbole de la lutte que celui d'un État en formation et d'un avenir démocratique. Pourtant, il y a, parmi les Palestiniens, des avocats, des ingénieurs, des médecins, des journalistes, des intellectuels, des ouvriers, bref, tout ce qu'il faut.

Concernant la paix

Théo Klein est contre les solutions imposées et préfère de beaucoup "créer les éléments de la confiance réciproque", il est possible de rassembler côté israélien et côté palestinien des gens qui seraient partisans d'un espace économique et culturel méditerranéen porteur d'avenir … le vrai rôle de l’Europe (sans pouvoir militaire) serait plutôt de s'affirmer comme une puissance méditerranéenne. Citoyen français et citoyen israélien, il ajoute que le Crif a soutenu aussi bien Rabin que Netanyahou, Barak et Sharon. Théo Klein rappelle qu’un État juif existe pour la première fois depuis Nabuchodonosor.

Les voisins arabes sont solidaires des Palestiniens mais ne sont absolument pas d'accord pour accueillir des réfugiés. Ils pensent que le maintien des camps est utile comme symbole de l'injustice subie…et cette politique porte aujourd'hui ses fruits.

La démographie joue évidemment en faveur des Palestiniens, c'est la raison pour laquelle Théo Klein est favorable à la création de deux États et au repli sur la frontière de 67 .

Autres influences

Le Vatican, préoccupé par la sécurité des chrétiens et la situation des Lieux Saints, a reconnu Israël et prêche l'apaisement (rôle très positif à propos de Bethléem). Théo Klein a, d’autre part, cru devoir rappeler aux Israéliens les bienfaits de la loi de 1905 en France (séparation de l'Église et de l'État).

Terre promise ? Peuple élu ?

Pour Théo Klein, de nombreux rabbins ont déjà répondu : depuis la Torah, depuis Moïse, nous sommes porteurs d'un message, nous avons des devoirs et non des privilèges : ce message éthique, universel, il faut à la fois le lire le relire, le garder, le transmettre.

Notes de Jacques Bourdillon