DEJEUNER-DEBAT du 16 avril 2002

 

FAUT-IL AVOIR PEUR DES OGM ?
avec Etienne LAVILLE

En vue de mieux satisfaire ses besoins, l’homme s’est attaché tout au long de son histoire à améliorer la nature, les plantes et les animaux. Depuis plusieurs centaines d’années, il procède à des manipulations sur les espèces végétales (le maïs à partir de l’an 1000 environ) ou animales (le mulet par exemple) ; ces manipulations se faisaient dans le cadre de la fécondation, naturelle ou artificielle. Mais la nouveauté de la transgénèse, qui date d’une vingtaine d’années seulement, est qu’elle transgresse les mécanismes de la fécondation en permettant d’aller chercher un gène dans le génome d’une plante pour le placer dans celui d’une autre, souvent très différente.


Cette manipulation ponctuelle est parfaitement contrôlée, mais elle n’est pas sans difficultés. Il faut :

- savoir reconnaître qu’un gène, présent dans toutes les cellules d’une plante donnée, exprime une qualité intéressante ;
- isoler ce gène à l’état pur, sans l’altérer, en allant le chercher dans une cellule de la plante donneuse ;
- le multiplier ensuite pour en disposer d’une quantité suffisante (on utilise pour cela une bactérie, qui sert d’usine biologique, et s’élimine ensuite) ;
- l’introduire enfin dans le noyau d’une seule cellule, isolée et vivante, de la plante receveuse, si possible au bon endroit, sur un chromosome où il pourra exprimer la qualité recherchée.

Depuis une cinquantaine d’années, nous savons reproduire un végétal à partir d’une seule de ses cellules végétatives; mais on ne sait pas encore le faire pour un organisme animal.

La première manipulation génétique a été réalisée en 1973 sur une bactérie et la première plante transgénique a été obtenue en 1983 avec le tabac. En 1994, une tomate transgénique a été mise sur le marché aux USA ; en 1997, un maïs transgénique a été mis sur le marché français, puis retiré. Depuis, on a transformé du soja, du coton, de l’orge, du colza, de la pomme de terre, de la vigne, du riz, des bactéries …Il y a en France une centaine de plantes transgéniques faisant l’objet d’essais « en champ ». Aux USA, les plantes transgéniques (maïs, coton, soja) sont cultivées sur 20 millions d’hectares, et ailleurs dans le monde (Brésil, Inde, Chine) elles le sont sur plus de 50 millions d’hectares.

Les techniques, même si elles sont complexes, sont maintenant bien maîtrisées et accessibles aux spécialistes après quelques années d’études.

On peut avoir recours aux OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) pour différentes finalités :

- protéger les plantes contre des attaques de virus, de bactéries, d’insectes ;
- faciliter les cultures sous des climats ou sur des sols ingrats ;
- augmenter les rendements et les quantités produites ;
- améliorer la qualité alimentaire des produits et répondre à des souhaits spécifiques du consommateur …

Les manipulations génétiques laissent aussi envisager de nombreuses applications médicales et contribuer à l’amélioration de l’état sanitaire des populations comme de la résorption des problèmes d’alimentation dans le monde. Pourtant les OGM font peur et engendrent des fantasmes, liés notamment au fait qu’ils concernent notre propre nourriture. C’est ainsi qu’en France, on exige au nom du « principe de précaution » une période d’observation de dix ans avant la mise sur le marché d’un OGM, alors qu’aux USA, cette période n’est que de deux années.

Ces peurs semblent avoir plusieurs sources :

- des protestations économiques, des craintes de positions dominantes, peut-être hostiles … face auxquelles pourtant on devrait au contraire réagir avec plus de volontarisme, pour ne pas perdre de temps face à des concurrents plus actifs ;

- d’hypothétiques inconvénients survenant au fil des utilisations. On craint la dispersion de gènes transférés, avec des effets indésirables. Mais les gènes en question ex