ETHIQUE ET ENTREPRISES
Conférence du 29 octobre 2002

 

LE DEVELOPPEMENT DURABLE : 21 PATRONS S'ENGAGENT

Ethique et entreprises - Lancement du cycle sur le développement durable, animé par Pierre Delaporte, au siège de la Société Bouygues

Cet ouvrage, co-signé par vingt et un grands chefs d'entreprise, a été réalisé par Teddy Follenfant, conseiller en environnement, et Pierre Delaporte, président d'Espaces pour demain, dans la perspective du sommet de Johannesburg. Pourquoi 21 ? C’est le 21 e siècle, c’est l'Agenda 21 élaboré à Rio pour préparer Johannesburg …

Nombreux étaient les chefs d'entreprise présents en Afrique du Sud pour la présentation de cette publication, présentation qui eut lieu en présence de Jacques Chirac et de Kofi Annan. L'ouvrage se vend très bien (merci à Claire Chazal qui en fait la publicité, à la Fnac et au Furet du Nord) le nombre des tirés à part atteint un niveau extravagant … Total en aurait commandé 92.000. Parmi les 21 auteurs certains ont pris la parole, notamment Gérard Mestrallet, Daniel Lebègue, Jean-Paul Bailly.

Johannesburg : un tournant

Trente ans après Rome, dix ans après Rio, nous passons manifestement de la période du rêve à celle du concret. Contrairement à ce qui a été suggéré dans une certaine presse («Johannesburg, un sommet pour rien»), cette rencontre marque un tournant important dans l'histoire du développement durable : la main passe des gouvernements impécunieux et des ONG, souvent utopiques (et quelquefois perverses), aux collectivités locales, plus concrètes, et aux entreprises, beaucoup plus réalistes.

C'est donc à Johannesburg que l'on aura vraiment lancé un slogan en préparation depuis quelques temps déjà : “ un milliard de terriens n'ont pas l'accès à l'eau (accès à l’eau potable et traitement des eaux usées). Dans quinze ans ce nombre doit être divisé par deux ”, c'est à Johannesburg qu'a été posée la question des villes du 21ème siècle : 85% de l’accroissement démographique de ce siècle se fera dans les villes.

Les entreprises ont désormais devant elles un triple objectif : le souci de l’environnement, le souci des relations sociales et celui de gagner de l'argent. Johannesburg fut beaucoup plus réaliste que Kyoto ou que Rio.

Quel avenir maintenant ?

Pierre Delaporte fait part de propositions :

- lancer des Cahiers du développement durable ;

- organiser tous les deux ans, à Paris, un forum à mi-chemin entre Davos et Porto Allègre ;

- élargir le slogan de Johannesburg : donner non seulement l’eau, à un milliard de terriens qui ne l’ont pas mais aussi l’énergie, l'éducation et la santé ;

- mobiliser les collectivités locales dans les Pays en voie de développement.

Le débat reprend certaines de ces propositions

Que faire dans les programmes des écoles d’ingénieurs ? Ne pas créer un cours de développement durable mais en revanche, mettre du développement durable dans chaque cours. Insister par exemple, sur la question des forêts : mauvais état de celles du Sud et développement de celles du Nord ; en France leur superficie a pratiquement doublé … les forestiers devraient communiquer davantage. Collectivités locales des pays en développement : il faut trouver des relais pour les mobiliser et leur fournir des exemples (Turquie, Maroc.).

On rappelle l'ouvrage de Michel Albert, Jean Boissonnat et Michel Camdessus «Notre foi dans ce siècle» qui proposait déjà trois utopies : l'accès à l'eau pour tous, la relance du nucléaire, la transparence des ONG. Ces auteurs ont raison de demander la transparence des ONG, car certaines sont opaques, d’autres sont de véritables sectes (certaines ont reçu des financements du KGB et de la CIA). A propos de la relance du nucléaire : Kyoto est insuffisant pour régler la question du climat… on reviendra forcément au nucléaire. Certains pays, comme la Suède et l'Allemagne, font semblant de pouvoir s'en passer et l'Italie s'en passe vraiment … quel dommage.. La question des barrages relance le débat sur celui des Trois Gorges : les Chinois y tiennent et le réaliseront sans doute, mais il faut savoir que l'hydraulique est encore plus capitalistique que le nucléaire.

Les entreprises sont-elles prêtes à prendre un engagement spécifique au niveau de leurs produits sur le développement durable et la protection de l’environnement ? Quelles répercussions sur la vie quotidienne des gens hors entreprise ? Un exemple est proposé dans le cadre des réflexions de l'association Espaces pour demain : le récent Livre blanc sur la question de la gestion des carrières et des sablières en France.

Peut-on espérer une prise de conscience claire et rapide des collectivités locales françaises qui auront à jouer un rôle de plus en plus important ? On devrait pouvoir bientôt envisager un second ouvrage : 21 maires de grandes villes s'engagent. Deux municipalités sont données en exemple : Angers et Strasbourg. Et pourquoi pas dans le futur
«21 patrons européens s'engagent », «21 patrons américains » s’engagent…



Notes de Jacques Bourdillon.