Conférence du 20 mars 2002

 

ISRAEL PALESTINE, UNE NOUVELLE GUERRE DE CENT ANS ?
par Frédéric Encel et Franck Debie, docteurs en géopolitiquegéographes

La confrontation entre Israël et un proto-Etat palestinien marque une certaine impossibilité structurelle de règlement du conflit. En effet Israël est un acteur politique reconnu internationalement, tandis que de son côté la Palestine n'existe, comme état, ni juridiquement ni territorialement, puisque jamais défini et toujours largement occupé.

D'un point de vue géographique le conflit se présente sous trois formes différentes :

Deux cartes scénario correspondent aux propositions de deux gouvernements successifs

Dans les deux cas, il reste une forte intrication des territoires et une impossibilité d'établir des frontières étanches. Pour la troisième fois, comme en 48 et en 67, les Palestiniens subissent la " punition " de se voir privés de territoire propre.

La notion de territoire

Or de part et d'autre, dans cette région, la notion de " territoire " est très forte : enjeux de survie ( les sources d'eau), enjeux stratégiques (les collines), sans parler des territoires sacrés du cœur de la vieille ville de Jérusalem (Mur des lamentations pour les juifs, mosquée El Aksa pour les musulmans, Saint Sépulcre pour les chrétiens)

Entre ces différents systèmes d'intérêt, impossible de faire passer un fil de fer barbelé ! Le comble de l'ironie est l'hypothèse de frontières délimitant en strates les territoires musulmans et juifs de l'Esplanade des mosquées et de la place permettant l'accès au Mur des lamentations, la première surplombant la seconde ; cette hypothèse rend visible l'enchevétrement des populations et le sentiment d'une permanente menace réciproque, les uns jetant des pierres sur les autres, ces derniers creusant des galeries sous leurs bases.

Il faut surtout compter avec l'idée sous jacente d'une souveraineté divine qui arbitrerait pour les uns ou les autres : dans l'esprit des musulmans, l'unicité d'Allah ne peut pas admettre que les juifs persistent comme peuple et comme nation. Du coté israélien, les juifs seuls ont légitimité à occuper la " Terre promise " par Dieu. Pour les Israéliens, les Palestiniens sont simplement des arabes d'origine jordanienne . Ils pourraient en outre aller vivre dans d'autres pays arabes qui ne manquent pas dans la région. Mais précisément, la révolte contre le pouvoir jordanien (qui fut sévèrement réprimée lors du Septembre noir) et la première intifada furent l'amorce de la construction d'un peuple palestinien.

De part et d'autre les morts interpellent les consciences qui ne peuvent rester silencieuses en constatant l'inobservance de la loi de Moïse ( or c'est son observance, selon la Bible, qui a légitimé l'accès à la Terre promise).

....et les terres occupées

A ce propos, il y a plusieurs types de terres occupées :

Concernant les terres dont les populations ont été chassées, aucun acte de vente n'ayant été établi, le " droit au retour " existe pour ces propriétaires. Certains peuvent même demander à être dédommagés. Le respect de ce principe est d'ailleurs à l'origine de la création d'Israël par l'ONU.

Les colonies juives regroupent 200 000 personnes dans la banlieue est de Jérusalem et 70 000 sur le reste du territoire. De leur côté, les arabes israéliens représentent 15 % de la population qui vote.

Quels accords pourraient donc rétablir la paix ? Rien n'a bougé depuis quinze ans malgré Oslo, Camp David, et Taba . Au moment où ces lignes sont écrites, on ne peut même plus dire que chacun campe sur ses positions car après les très nombreux et tragiques attentats terroristes perpétrés dans les grandes villes, les chars israéliens ont progressivement réoccupé tous les territoires palestiniens tandis que l'autorité d'Arafat est devenu dérisoire... C'est à nouveau la guerre.

Notes de Monique Guyard