CLUB AMINTER du 14 mars 2002

Une approche pour la coopération Nord-Sud

par Jean-Marie COUR *

Comment redonner du sens à l'Aide Publique au Développement ? En lui fixant un objectif simple : mieux gérer le peuplement de la planète

Résumé :

L'Aide Publique au Développement (APD)est en pleine déconfiture. Les initiatives récentes sont peu susceptibles de déboucher sur un véritable renouveau de l'approche de l'aide et sur une augmentation substantielle des moyens qui lui sont consacrés.

Le désintérêt croissant pour l'APD s'explique par la fin de la guerre froide, la multiplicité des objectifs annoncés et le décalage entre les discours et les problèmes concrets auxquels sont confrontés les pays en voie de peuplement qui sont censés bénéficier de cette aide.

C'est en effet de notre temps que l'essentiel du peuplement de la planète se met en place, à un rythme sans équivalent dans l'histoire. Gérer ce processus de peuplement mieux qu'on ne l'a fait dans le passé est une condition sine qua non du développement durable. C'est parce que les règles du jeu de l'économie monde ont été conçues par des pays où les problèmes posés par le peuplement ne se posent plus qu'elles ne sont pas adaptées à la situation de la plupart des pays en développement.

La nécessité d'une nouvelle grille de lecture

C'est parce que les règles du jeu de l'économie du monde ont été conçues par des pays où les problèmes posés par le peuplement ne se posent plus qu'elles ne sont pas adaptées à la situation de la plupart des pays en développement.

Si la gestion du peuplement de la planète est bien le plus grand défi auquel notre génération est confrontée, il faut se donner les moyens d'y faire face, et la première condition est de changer de paradigme. La grille de lecture des problèmes et des perspectives des pays en voie de peuplement doit redonner au facteur peuplement le rôle central. Cette grille de lecture, illustrée par le cas de l'Afrique de l'ouest, intègre, dans le temps long, les quatre dimensions que sont la dynamique démographique, l'occupation de l'espace, la transformation économique (et l'ouverture au monde) et la dynamique politique et sociale.

et de nouveaux objectifs pour les transferts de richesses

Les transferts de toute nature entre les pays riches et les pays en voie de développement devraient avoir pour principale vocation de contribuer à la mise en place de leur peuplement en tenant compte de leur environnement régional qui n'est pas du tout appréhendé dans cette perspective.

Il s'en suit diverses propositions de réforme des politiques nationales d'aide au développement et des instruments de la coopération internationale. Il est notamment proposé d'instaurer, en complément de l'APD traditionnelle, un système de transferts automatiques et pérennes pour le financement des investissements structurants nécessités par le peuplement.

en direction d'un développement local " urbano centré " ?

Quant aux implications que cette approche pourrait avoir pour la coopération française, l'accent est à mettre sur l'aménagement et l'équipement des territoires et le développement local " urbano-centré ". Comme son nom l'indique, le ministère de l'équipement devrait jouer un rôle beaucoup plus actif en matière de formulation des politiques de recherche et formation et d'animation des divers opérateurs concernés, y compris ceux de la coopération décentralisée.

En complément de son intervention dont l'intégralité sera publiée dans " les cahiers d'ARRI " Jean Marie Cour répond aux participants en ajoutant les points de vue suivants :

- sur la base des études prospectives des démographes qui sont à peu près les seuls à ne pas se tromper on peut s'attendre à ce qu'en Afrique la fécondité baisse rapidement dans les prochaines décennies, car c'est une conséquence de l'urbanisation ; notre " sud à nous " ne devrait pas dépasser un milliard d'Africains.

- la mobilisation des moyens locaux n'est pas fondamentalement un problème institutionnel. Or il s'agit de trouver des ressorts qui permettent d'inciter des populations locales à se mettre au travail. D'où la nécessité de concevoir " le " système pour les payer. Il cite l'exemple de la ville de Butembo créée de toutes pièces au Zaïre.

 


Jean-Marie Cour est ingénieur général des Ponts et Chaussées. Après un premier poste en Algérie, il rejoint la groupe Caisse des Dépôts et Consignations, où il est chargé de l'exportation du savoir faire du groupe en matière d'équipement du territoire et de développement régional. Après avoir dirigé des sociétés immobilières et d'équipement en Afrique, il contribue à la création d'une DATAR auprès du gouvernement iranien et dirige des études prospectives dans plusieurs pays d'Amérique latine, du Moyen Orient et d'Afrique. Détaché au siège de la Banque Mondiale de 1985 à 1994, il s'efforce d'y acclimater le concept d'aménagement du territoire . De 1994 à fin 1999, il est mis à la disposition du Club du Sahel pour y promouvoir la prospective et mettre en place divers programmes dont le programme de relance des économies locales en Afrique de l'Ouest. Il est actuellement consultant auprès de différentes institutions internationales.