Pologne - 23 juin au 1er juillet 2001

 

Préparation du voyage

Programme du voyage

Samedi 23 juin
Arrivée à Cracovie et visite de la vieille ville

Dimanche 24
Musée de la Citadelle, film sur la destruction de la vieille ville pendant la seconde guerre mondiale, monument juif

Lundi 25
Rendez-vous chez l'Ambassadeur de France Mr d'Aboville et d'autres personnalités

Mardi 26
Rencontres de personnalités. L'aprés-midi train pour Rzeszow puis car pour Sanok.

Mercredi 27
Visite des églises en bois dans la région des Beskides. Retour à Cracovie.

Jeudi 28
Rencontres et visites à Cracovie : Chateau Wawel, université Jagellon.

Vendredi 29
Visite des mines de sel de Wielezka et rencontre avec le consul général Blatman

Samedi 30
Visites aux campsd'Auschwitz et de Birkenau

Dimanche 1° juillet
Retour à Paris depuis Cracovie

Compte-rendu du voyage

Ce compte-rendu ne vise pas à présenter un tableau exhaustif de la Pologne au regard de son projet d’entrée dans L’Union Européenne. Si nous rappelons une donnée chiffrée au détour d’une phrase c’est pour donner du sens à une impression, quelquefois à une anecdote, qui nous a semblé caractériser la situation du pays. Nous voudrions faire partager au lecteur notre souci d’avoir "une meilleure intelligence" de ce pays comme nous avons tenté de le faire pour les Pays-Baltes : en visitant les villes sans négliger les campagnes ; en rencontrant les responsables de la vie politique, économique et culturelle sans oublier leurs opposants.

Monument de l'insurrectionNous voudrions convaincre tous ceux qui pensent et agissent dans la perspective de l’Europe de demain, que les réalités des pays de l’Est et singulièrement celles de la Pologne, appellent une attention soutenue, tant est grande la vitesse de leur évolution.

Dès notre arrivée le samedi 23 juin, nous avons pris un bain de foule dans Varsovie en fête. La bonne idée qu’a eue Jacques Lang de célébrer la musique au début de chaque été a été reprise par nos voisins et amis et donc, bien sûr, par les Polonais. Tout de suite, la différence avec la France saute aux yeux : ici tout, ou presque tout, est bonenfant, avec une place de choix au folklore traditionnel et à la chanson de rue ; elle est plus discrète pour ce qui rappellerait le "rap" ou la "techno"... qui ne semblent pas encore avoir acquis leurs titres de noblesse.
Par contre, nous voyons déboucher un défilé de jeunes majorettes au coin du Palais de Justice qu’habille un bardage couleur bronze, de style romain : il y a quelque chose de surréaliste à Varsovie... si le temps qui passe fait oublier que tout y est le fruit d’une reconstruction patiente, peut-être même fidèle, il manque le parfum d’une ville qui a disparu.... Les robes d’été sont courtes, les casquettes des jeunes ont la visière américaine, tout le monde est polonais... sauf nous... La gaieté est partout et la misère semble oubliée. Elle touche cependant des milliers de personnes, notamment les chômeurs (17% de la population active), parmi lesquels beaucoup de jeunes, et les retraités dont les revenus ne "suivent" pas.

Le passage à l'économie de marché aura constitué, pour une majorité d'entre eux, un bouleversement à effets négatifs. Nous aurons du mal à le percevoir pendant notre séjour. La bourse de VarsovieNotre premier guide, une Française employée au bureau d’Electricité de France de Varsovie, donne le ton : "la France est devenue, grâce à EDF mais surtout à France Télécom, le premier des pays investisseurs en Pologne". Il y aurait par ailleurs 800 entreprises françaises installées en Pologne, dont plus de 300 PME. Nos interlocuteurs successifs allaient s’en féliciter à quelques nuances près qu’il est peut-être utile de relever. Ainsi les grands distributeurs français sont omniprésents en Pologne mais à Cracovie le maire refuse depuis deux ans l’implantation d’un nouveau centre Leclerc : les commerces traditionnels pourraient disparaître, les fournisseurs locaux se trouver étranglés et les salariés du centre commercial ne pas y trouver leur compte, avons-nous entendu.

Dans un autre domaine, nous avons été surpris de la place donnée par la presse aux dépêches relatives à la prise de contrôle par Electricité de France de la société Montedison en Italie. La présence grandissante de l’entreprise publique française dans le système électrique polonais ne ferait-elle pas craindre, pour demain, une atteinte à la souveraineté du pays ? Quant aux Chemins de Fer, quelque soit leur état, ou à cause de leur état, il est jugé préférable d’attendre pour les privatiser.

Tous les hommes politiques que nous avons rencontrés sont unanimes dès ce mois de juin à considérer que les prochaines élections vont sonner le glas de l’actuelle majorité "de droite" au pouvoir. Le prochain gouvernement, probablement en place en octobre 2001, sera "de gauche" et il sera peut-être plus attentif que son prédécesseur à la sensibilité souverainiste.

Nous avons entendu d’autres doléances, moins politiques, s’agissant de la France en Pologne : le flux annuel de nos compatriotes y est à peine le dixième de celui des Allemands qui sont chaque année deux millions à visiter ce pays. La géographie ne peut expliquer à elle seule cette différence qui pourrait être le résultat du défaut d’image qu'ont chez nous la Pologne et les Polonais. Nous savons que l’idée la plus répandue en France est de ne voir en eux que pauvreté, chômage et alcoolismeUn récent sondage de l'Institut Polonais des Affaires Publiques (ISP) ne met-il pas en évidence que 63% des Français considèrent la Pologne comme un pays arriéré ! Le voisinage rend probablement les Allemands plus lucides... . Grande place de CracovieIls n’associent pas la foi religieuse des Polonais à leurs défauts supposés et savent, mieux que d’autres, le rôle politique majeur qu’à pu avoir un pape Polonais dans la transformation récente de l'Europe. A ce propos la messe dominicale à Varsovie est riche d’enseignement. L’assistance est nombreuse et reflète bien un niveau exceptionnel de pratique religieuse ; elle semble aussi être à l’image de la pyramide des âges et respecter le principe de la parité. Tous les signes d’une piété réelle sont donnés et l’homélie du prêtre officiant est sans nuance : il est vrai que l’évangile du jour qui rapporte la naissance de Jean-Baptiste commence par "Quand arriva le moment où Elisabeth devait enfanter...". L’occasion est trop belle de fustiger tous ceux qui recourraient à l’interruption de grossesse. Certes, la traduction simultanée, à voix basse, fait perdre quelques mots mais il n’y a aucune doute sur la force des propos tenus. Pour autant nous avons entendu d’autres sons de cloches : les Polonais seraient davantage pratiquants que croyants.... La religion serait de l’ordre du rituel... L’Église polonaise s’interrogerait sur la manière de découpler le spirituel du temporel… Tel interlocuteur nous a fait part de l’importance sociale de l’Église en ces temps de réformes structurelles et donc de chômage élevé. Nous avons même entendu qu’un consensus pourrait s’établir entre la classe politique et l’Église pour tenter d’éviter que le matérialisme ambiant aujourd’hui ne soit pas que l’amplification de celui d’hier. On sent quelque part une influence papale…

Cracovie : La "dame à l'hermine" de Léonard de VinciRevenons aux Polonais... et à leurs défauts. Ils en ont comme tout le monde, par exemple celui de ne pas accorder une importance suffisante à la méthode et au « management » : nous l'avons ressenti. Les exposés font souvent apparaître un esprit foisonnant mais cela traduit peut-être aussi une imagination plus créatrice qu’ailleurs. Quant au courage, les Polonais n’ont, en la matière, aucune leçon à recevoir de personne. Il suffisait pour s'en convaincre d'écouter l’énoncé impressionnant des réformes entreprises ces dernières années par les gouvernements successifs pour refonder l’Etat, regrouper les collectivités territoriales, moderniser les charbonnages, libéraliser l’économie... Le coût social de toutes ces mesures est exorbitant. Il explique sans doute l’alternance systématique qui semble attachée au résultat de toutes les consultations électorales. Pour autant, chacun s’accorde à reconnaître la part prise par tous les partis politiques dans la reconstruction du pays. La volonté partagée est bien de rompre avec un passé que l’on préfère oublier.

La France a une place à part dans le cœur des Polonais, nous ont répété plusieurs de nos interlocuteurs : "les deux pays n’ont jamais été en guerre et la France a longtemps représenté pour les Polonais le mythe d’une liberté et d’une qualité de vie dont leurs plus proches voisins se sont employés à les priver" . Mais aujourd’hui, et cela a déjà été le cas dans le passé, nous a-t-on rappelé, cette relation particulière est source d’incompréhensions voire de désillusions. C’est particulièrement vrai en matière politique : les promesses du Président Chirac lors de son voyage à Varsovie en 1996 fixant, en quelque manière, le calendrier de l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne ont été prises à la lettre ; les responsables politiques polonais ont le sentiment d’avoir été bernés. Le voyage de Lionel Jospin en 1999 a contribué à creuser le fossé des incompréhensions. Ses exhortations pour que la Pologne s’attache à satisfaire les critères édictés par la Commission de Bruxelles ont été compris comme une invitation à la patience et sûrement pas comme la preuve d’un soutien et d’un encouragement. Bibliothéque de l'Université à Cracovie

L’année 2000 est considérée comme "horribilis" dans l’histoire des relations franco-polonaises. Notre Ministre des Affaires Etrangères n’a-t-il pas refusé d’apposer sa signature à la charte démocratique inventée par les Polonais pour commémorer le cinquantième anniversaire du pacte de Varsovie ? Son élaboration n’avait pas fait l’objet d’une concertation suffisante avec les représentants de notre gouvernement et ses rédacteurs en étaient, paraît-il, restés aux principes de "la démocratie américaine" chère à Tocqueville ! Le refus français de s’associer à la démarche polonaise a été considéré, avons-nous entendu, comme un véritable camouflet. Depuis, toutes les initiatives sont bonnes pour restaurer la confiance qu’appelle l’intérêt des deux pays. C’est dans ces conditions qu’il faut apprécier la décision que vient de prendre le Quai d’Orsay de dispenser, à partir de septembre, les étudiants Polonais de l’obligation de visa pour venir poursuivre leurs études en France. Cela concerne aussi bien les jeunes gens de quinze à dix-sept ans qui intégreront les lycées français pour passer leur baccalauréat que les étudiants de toute discipline universitaire.

À entendre Czelaw Bielecki, Président de la Commission des Affaires Etrangères de la Diète, il faudra d’autres signes pour que s’établisse une relation de confiance entre les deux pays : la France reste ressentie comme frileuse à l’égard de l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne. Quant aux Polonais, ils savent bien que leur pays pèse "lourd" dans la balance de l’élargissement : sa population équilibre presque celle du groupe de tous les autres candidats à l'adhésion ; de même son agriculture, à la fois productive et attardée dans ses structures ; à la Pologne reviendra aussi le contrôle des trois quarts de la future frontière orientale de l'Union Européenne…Cracovie : Le retable de Wit Stwosz

Selon Robert Soltyk, rédacteur en chef des pages étrangères de Gazeta – l’équivalent de notre Journal le Monde mais avec un tirage de plus d’un million d’exemplaires – la Pologne n’est pas non plus simple à comprendre. Ainsi au début des années 80 elle était réapparue sur la scène internationale sous le manteau de Solidarnosc... et elle n’a jamais gagné que la liberté. C’est l’individualisme qui prime aujourd’hui sur toutes les autres valeurs. Le mot Egalité est quasiment tabou... Il n’est pas envisageable que la Pologne d’aujourd’hui se rallie à notre devise républicaine. Georges W. Bush l’a bien compris et lors de son discours à Varsovie, lors de son passage à la mi-juin, à Varsovie il n’a parlé que de liberté, selon un témoin des entretiens qu’il a eus.

A plusieurs reprises nous avons entendu que les Polonais étaient très sensibles aux preuves "d’amour" et qu’ils étaient prêts à tous les sacrifices sous l’emprise de l’émotion. Ils ont besoin de se sentir aimés. Puisque les entreprises françaises tiennent aujourd’hui en Pologne la première place il nous semble que le bon sens autant que l’intérêt appelleraient notre pays à faire les premiers pas dans le sens d’une réconciliation durable. Le problème est que ce "geste", pour valoir aux yeux des Polonais, doit avoir une incidence européenne et non simplement bilatérale, franco-polonaise !Cracovie : Beffroi de l'ancien Hotel de Ville

Il est un point particulier qui a appelé notre attention dans la mesure où il est révélateur des difficultés à surmonter. Il s’agit de la Bourse de Varsovie. Wieslaw Rozlucki, son Président a bien voulu nous recevoir avec des égards auxquels nous ne pouvions qu’être sensibles. Il nous a présenté de façon convaincante le challenge à relever : la Bourse de Varsovie est nécessaire à la démonstration du changement de la Pologne vers l’économie de marché. Mais les entreprises qui investissent dans le pays renâclent à se tourner vers elle pour rechercher les capitaux utiles à leurs différents projets. En outre, peut-on, dans la phase actuelle, laisser des capitaux étrangers prendre le contrôle des secteurs les plus essentiels de l'économie de la Pologne ? Comment tourner cette contradiction qui finalement risque d’être préjudiciable à tout le monde ?

Pour changer d’horizon, notre programme prévoyait une journée consacrée "à la découverte de la Pologne profonde". Nous avions choisi de visiter la région des Beskides, au pied des Carpartes, en bordure de l’Ukraine à l’Est et de la Slovaquie au Sud. Nous nous y sommes rendus par le train. Cela nous a permis de prendre conscience de la déficience que présentent les infrastructures de transport. Ce n'est pas le confort relatif des compartiments du train reliant Varsovie à Rzeszow que nous avons en mémoire mais plutôt la fumée accompagnant les arrêts intempestifs auxquels procédait le conducteur, très avisé, de la locomotive. Il avait besoin, avons-nous appris, de refroidir de temps à autre les dispositifs de freinage pour être sûr de leur efficacité après usage ! Nos déplacements par la route n'ont guère été plus convaincants : les routes sont étroites et tortueuses et les accidents nombreux aussi bien en ville qu'à la campagne. Est-ce le signe de carences des équipements routiers ou des véhicules ? Serait-ce dû à certain comportement des chauffeurs polonais ? A vrai dire, en tant que Français nous ne sommes pas forcément les meilleurs juges… En tout cas, en fin de voyage, c'est le moteur du car nous ramenant à Cracovie qui devait rendre l'âme. Il expira opportunément devant l'arrêt d'une ligne de tramway dont le terminus était, par bonheur, à deux pas de notre lieu de résidence.

Mais revenons aux Beskides : l'ancienne Galicie qui était autrefois terre de mission pour les Uniates [Chrétiens de l'Église orientale qui tout en conservant son rituel particulier reconnaît l'autorité du pape] . Elle est restée longtemps rebelle à toute "polonisation ". C’est là qu’on trouve ces merveilleuses églises en bois du XVIème siècle, au détour de chemins à peine carrossables, que les géomètres ont oublié de reporter sur les cartes.

Eglise en bois : Région des BeskidesEglise en bois : Région des Beskides

Nous avons pu admirer celles de Czertez, d'Humniska, de Blizne, de Hajnow (ce n'est pas un exercice de prononciation du polonais…) qui mériteraient toute la sollicitude de l'UNESCO et sans aucun doute une étoile dans les guides pour touristes avertis. En ce début d’été, le temps est celui des foins que l’on monte en meules rangées au cordeau dans les champs de luzerne tout juste fauchés. La vie rurale fait plaisir à voir : les charrettes tirées par des chevaux côtoient les tracteurs ; nous n’avons pas vu de moissonneuses mais souvent des familles battant les blés à l’unisson. Seuls, les plus anciens parmi nous, ont reconnu les gestes et les outils d’autrefois. L’atmosphère est bucolique et peut-être écologique. Les fermes et les maisons sont coquettes avec un soin particulier que mettent leurs habitants à les orner de fleurs et les border d’arbres aux essences les plus diverses. Il n’y a pas de pauvreté apparente même si nous avons le sentiment de revenir longtemps en arrière. A la vérité cette journée nous a fait rêver et nous demander s’il n’y a pas lieu de mettre à l’ordre du jour de la future politique agricole commune – la fameuse PAC - la protection de la qualité de vie dans l’ancienne Ruthénie.

Dernière étape de notre voyage : Cracovie, une merveille d’urbanisme et d’architecture Renaissance. Ses vieilles maisons avec ses fenêtres à meneaux, la place du vieux marché où trône le beffroi de l’ancien hôtel de ville, le château royal de Wawel qui abrite une collection unique au monde de tapisseries flamandes, l’église Sainte-Marie avec son fameux rétable de Wit Stwosz sans oublier, bien sûr, l’Université Jaguellonne, l’une des plus anciennes d’Europe avec son collège Magnus qui en était le siège... suffisent à justifier que Cracovie soit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Pour autant, la Dame à L’Hermine, que l’on peut admirer au musée de la famille Czartoryski ne peut cacher, dans son regard, la jalousie que lui inspire le succès de Mona Lisa : nous sommes beaucoup trop à ignorer que Cracovie conserve ce chef d’œuvre de Léonard de Vinci et que c’est l’unique ville au monde où habitent deux lauréats du prix Nobel de littérature, Czeslaw Milosz et Wislawa Szymborska.

Cracovie n’a jamais été détruite et c’est un miracle de l’histoire. Même les communistes ne sont pas venus à bout de son esprit frondeur. Ils avaient pris le parti de l’asphyxier en construisant à ses portes la plus grande aciérie du pays prenant bien soin que la ville soit sous le panache de ses fumées noires et acides. Nowa Huta, la ville nouvelle, avec ses barres de béton qui nous en rappellent d'autres, devait supplanter la nouvelle et orgueilleuse Cracovie pour accueillir les dizaines de milliers de travailleurs de l'acier, envoyés pour être les artisans du progrès et du socialisme durables… Mais rien n’y a fait : Cracovie est aujourd’hui ressuscitée ! La jeunesse est partout et les terrasses de café au pied de la tour du beffroi bruissent d’histoires et de rires estudiantins. En ces soirs d’été on se croirait quelque part en bordure de Méditerranée si ce n’est qu’ici tout est propre et les gazons bien coupés. Lorsque les chantiers récemment ouverts pour remettre en état la voirie et les réseaux de commodités seront terminés – et cela en prend bien le chemin – Cracovie aura retrouvé son lustre d’antan quand elle rivalisait avec les plus grandes capitales culturelles du monde. Il n’y a pas de doute : ici, nous sommes au cœur de l’Europe à venir.

Auschwitz Auschwitz : un baraquement

Nous ne pouvions quitter la Pologne sans aller nous recueillir à Auschwitz et Birkenau. Nous avons eu bien du mal à y contenir notre émotion. Notre guide était admirable d’intelligence, de discrétion et de pudeur. Elle savait rythmer, comme il fallait, le pas, le ton et le commentaire pour un groupe où se trouvent forcément réunies toutes les sensibilités que l’on imagine. Il n’y a pas de marchands du temple dans ces camps que la Pologne semble vouloir préserver de toutes les récupérations. Sans doute a-t-elle compris qu’il s’agissait de servir l’humanité toute entière. Cela nous a fait davantage regretter l’initiative prise ces dernières années par quelques carmélites voulant, certes, marquer leur droit à la prière mais oubliant que l’on risquait de voir dans leur démarche une volonté d’afficher un droit à leur territoire. En vérité il nous est bien apparu que ce lieu ne restera sacré, et il le faut, que s’il n’est propriété de personne. La Pologne, peut-être parce qu’elle a pris conscience de ses fautes passées, a l’attitude que nous attendions pour garder ce lieu de mémoire où l’humanité a failli se perdre.

Que faut-il aussi ajouter d’un voyage aussi rapide dans un pays aussi grand, qui a connu toutes les turpitudes que l’on sait : aujourd’hui Gdansk a gommé Dantzig et Breslau a disparu au profit de Wroclaw... mais le pays pleure Lvov (ex Lwow) abandonné à l’Ukraine par la volonté de Moscou. Décidément la Pologne est nouvelle mais elle est surtout différente, sans doute faudrait-il dire très différente du pays que les Français dans leur ensemble imaginent. Elle est peuplée de femmes et d’hommes qui veulent préserver une identité forte tout en voulant jouer demain un rôle majeur dans une Europe qu’ils craignent mais qui représente pour eux l’aboutissement d’un chemin de croix millénaire.

Jean-Michel FAUVE et Alain BRY

Quelques photos du groupe

 

PERSONNALITES RENCONTREES

..
Nous avons eu des entretiens avec des personnalités d'horizons divers qui nous ont éclairés sur l'état de l'économie. de l'opinion publique et de la situation politique en Pologne.

Benoît d'ABOVILLE
Ambassadeur de France en Pologne
Czeslaw BIELECKI
Président de la Commission des Affaires Etrangères de la Diète polonaise
Roland BLATMANN
Consul général de France à Cracovie
Jean-Louis BOURLANGES
Député Européen, membre de la Commission d'examen de la candidature de la Pologne à l'Union européenne
Jean CAILLOT
Président de la Chambre de commerce et d'Industrie française en Pologne
Rosalie GUEGUEN
Bureau EDF de Varsovie
Katarzyna MORAWSKA
Fondation Batory
Ireneusz NOWAK
Administrateur à la Diète polonaise
Patrick PENOT
Directeur de l'Institut français de Varsovie
Wieslaw ROZLUCKI
Président de la Bourse de Varsovie
Dorota RYSZKA
Chercheur au Muséum d' Auschwitz
Robert SOLTYK
Journaliste, rédacteur en chef adjoint des pages étrangères de Gazeta " premier quotidien d'Europe centrale "
Jerzy STEPIEN
Président du Conseil constitutionnel
Roza THUN
Présidente de la fondation polonaise Robert Schuman