Observatoire des phénoménes mondiaux

Présentation du 12 décembre 2001

UN ESPOIR DE STABILISATION EN AFGHANISTAN

Lakhdar Brahimi, représentant spécial de l'ONU, les "observateurs" de huit pays et les 28 délégués des principales factions et ethnies afghanes ont réussi à se mettre d'accord à Bonn les 4/5 décembre. Il y aura, certes, encore beaucoup de problèmes au cours de la période transitoire de deux ans qui s'ouvre. Du moins va-t-elle s'ouvrir, avec un pouvoir unifié et reconnu.
L'Autorité "intérimaire", prévue pour six mois à partir de fin décembre, est dirigée par Hamid Karzai, un Pachtoune proche du roi (et des Américains). Elle comprend 17 membres du Front Uni (ex-alliance du Nord), 9 du groupe de Rome (royalistes) et 3 divers. Sur le plan ethnique, ce gouvernement provisoire de six mois réunit 11 Pachtounes, 8 Tadjiks, 5 Hazaras, 3 Ouzbeks et 2 divers, ainsi que 2 femmes.

L'accord a prévu une force de Casques bleus (à noyau britannique), le respect des règles, droits et normes internationales, la restauration du statut des femmes, la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogues, etc. Il reste à appliquer ce texte plein de bonnes intentions. L'ex-président Burhanuddin Rabbani, le général ouzbek Rachid Dostom et le chef pachtoune wahabiste Rassoul Sayyaf expriment une certaine opposition aux arrangements de Bonn. Eux ou d'autres chefs régionaux pourraient compliquer le processus électif prévu de deux Assemblées traditionnelles successives (Loya Jirga).

La reddition de Kandahar et la fuite du Mollah Omar le 7 décembre - dues pour beaucoup aux frappes américaines - annonçaient la fin de bin Laden et du noyau d'Al Qaida implantés en Afghanistan.

Les articles parus dans

Et toujours dans la presse quotidienne :

Le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/proche-orient/
TF1 : http://www.tf1.fr/news/monde/0,,841881,00.html
Le Monde : http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3216--245712-,00.html
Carte ethnique : http://www.ethnisme.ben-vautier.com/Analyses/cartes/carte_afghanistan.html


MANIPULATION DE L'OPINION

Les deux derniers mois ont montré de beaux exemples de manipulation des opinions publiques.

1- L'administration Bush avait choisi de placer les opérations en Afghanistan sous le sceau du secret et de tenir la presse américaine à distance. On peut le comprendre, mais l'auto censure obtenue des grands médias américains au nom du patriotisme est une innovation.
2- La télévision qatarie AL JAZEIRA, relayant les Talibans, s'est trouvée pendant six semaines en position de monopole de l'information à partir de Kaboul. Elle a été relayée en Europe sans beaucoup de précautions.
3- La compétition entre reporters occidentaux n'ayant pas grand chose à dire a abouti à la diffusion en continu d'images chocs et "d'informations" invérifiables sur les opérations militaires en Afghanistan et sur la situation politique au Pakistan, donnant une idée fausse de ce qui se passait. De trop nombreux journalistes y ont d'ailleurs laissé leur vie.
4- Aux Etats-Unis, les médias ont dramatisé à l'excès l'affaire de l'anthrax, créant un moment de panique et de désorganisation, alors qu'il n'y a eu que quatre lettres à l'origine de la contamination de sacs postaux rapidement gelés et probablement un seul auteur - américain - de cette attaque

LA GUERRE CONTRE LE TERRORISME

Selon une des meilleures sources françaises, la mouvance islamique radicale engagée dans le terrorisme de masse dépasse largement le noyau d'Al Qaida. Elle comprend plusieurs milliers d'individus implantés dans quelques dizaines de pays. Les Etats-Unis et les intérêts américains dans le monde sont leur principal objectif depuis 1999. L'élimination, en cours d'achèvement, de Ben Laden et du noyau afghan lui porte un coup sérieux mais un rebond de la menace reste probable tôt ou tard.
Selon la même source, les besoins réels de financement de cette mouvance radicale sont relativement limités et peu contrôlables. Ils seraient couverts à 80 % par des trafics illégaux. Le gel des avoirs en banque de diverses organisations suspectes est utile, mais n'a paralysé qu'environ 20% des activités terroristes analysées jusque là.

FIN DU FACE A FACE SHARON-ARAFAT

Les Israéliens sont traumatisés par le terrorisme aveugle des extrémistes palestiniens. Il faut compatir à leur douleur et à leurs peurs. Mais cette succession sans fin de vengeance et de représailles ne permet plus de voir qui est agresseur ou agressé.
Le gouvernement Sharon et la seconde Intifada durent depuis quinze mois. Dans cette phase, marquée par les attentats suicides du Hamas et du Jihad, le périmètre relevant de l'Autorité palestinienne a été constamment entamé et attaqué par les forces israéliennes. La politique de colonisation a entraîné ses effets pervers. Les zones autonomes créées depuis quelques années autour des villes palestiniennes ont été réoccupées ou envahies. Les incursions de Tsahal et les assassinats ciblés sont devenus monnaie courante. Les bavures sont fréquentes. La paralysie économique et la misère sociale écrasent la majorité des Palestiniens, ce qui fertilise tous les jours un peu plus le terreau du terrorisme.. Malgré cette répression, la stratégie Sharon n'a pas abouti, comme promis, à plus de sécurité pour les populations, mais au contraire à plus d'insécurité, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Yasser Arafat a certes eu de graves responsabilités dans cette situation. Mais en le dénonçant comme principal responsable d'un terrorisme qu'il était de plus en plus incapable d'empêcher, en détruisant ses PC, ses moyens de communication et de déplacement, le premier ministre israélien a renforcé en pratique le camp des extrémistes du Hamas et du Jihad islamique. Une étude récente montre d'ailleurs que le Hamas est aujourd'hui plus influent que le Fatah et Arafat dans la population de Gaza et de Cisjordanie.
Finalement écarté, le leader palestinien ne sert plus que de prétexte à une politique de force, imposée par les colons et suivie de bon ou de mauvais gré par la majorité des Israéliens. A la Knesset, la majorité qui soutient cette politique éclaterait à la moindre reprise d'un dialogue et de négociations de paix. Sharon ne peut que fuir en avant vers une occupation brutale des territoires. Les ponts sont coupés derrière lui. Quel est son but réel ? Reprend-il, au nom de la lutte contre le terrorisme international, le vieux rêve d'écraser ou de chasser tous les Arabes de ce coté-ci du Jourdain ?

La communauté internationale en état d'alerte : http://www.lemonde.fr/sequence/0,5987,3218---,00.html

LA MONDIALISATION EN MARCHE

En novembre, la préservation de l'environnement mondial a fait un pas en avant, modeste mais réel. La conférence de Marrakech sur les mesures d'application du protocole de Kyoto a réuni plus de cent pays. Moyennant divers compromis, ceux-ci se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Malgré l'absence des Etats-Unis (25% de ces émissions), ce résultat est positif.
Au même moment, la Chine et Taiwan entrent dans l'Organisation mondiale du commerce, qui a désormais 144 membres . Ce sont ainsi 22 % de l'humanité qui tournent le dos au sous-développement pour choisir de s'intégrer à la concurrence, aux négociations et aux règles internationales, au prix de réformes et de sacrifices considérables.
En même temps, l'OMC, réunie à Doha, a pu se mettre d'accord sur le principe d'un nouveau cycle de négociations multilatérales tenant compte de certaines critiques et attaques subies au cours des deux années précédentes.

Conférence de Marrakech http://www.rac-f.org/COP7/COP7.htm


Général Henri Eyraud faudrey@easynet.fr