Observatoire des phénoménes mondiaux

Présentation du 25 octobre 2001

AUX ETATS-UNIS


En septembre, la situation économique américaine offrait une perspective d'aggravation brusque : environ 500 000 licenciements, chute du trafic aérien, menace sur les secteurs assurance, tourisme et sur la consommation en général. L'administration Bush a alors lancé très vite une véritable politique keynésienne de soutien à l'économie. Plus de 130 milliards de dollars de fonds publics (environ 1,3 % du produit intérieur) sont ou vont être injectés de diverses façons sur le marchè .

C'est un retournement - peut-être temporaire - des principes et de la politique économique des Républicains. Un bel exemple de pragmatisme. D'autres changements apparaissent d'ailleurs à Washington dans les domaines stratégique (par exemple, le déclassement relatif du " bouclier anti-missile ") et diplomatique (moindre importance de la "menace chinoise"), ainsi qu'en politique intérieure (promotion du Pt. George W.Bush, mesures de sécurité) et sur la défense des Droits de l'homme.

L'attaque bactériologique par courrier postal est restée concentrée sur la capitale américaine. Certes, le public a parfois paniqué et des centaines de gens ont été mis sous antibiotiques par précaution. Le Service postal et d'autres administrations sont perturbés. Mais le nombre des victimes, décédées ou hospitalisées, est réduit. Celui des lettres incriminées, encore plus. Cette campagne peut avoir été le fait d'un tout petit groupe de un à trois. Elle marque une pause depuis fin octobre. L'effet psychologique, massif, est à 98 % le fait des médias. Et le ou les coupables pourraient bien être des extrémistes américains, d'origine arabe ou non.

Situation au 15 novembre 2001EN AFGHANISTAN

Les Américains ont engagé dix fois moins d'avions et de missiles de croisière en Afghanistan qu'en Serbie-Kosovo, vingt-cinq fois moins que dans la guerre du Golfe. Le système Taliban s'est effondré au bout de cinq semaines (7 octobre-15 novembre).

La grande difficulté est de le remplacer par un régime inter tribal stable et modéré. Il faut rechercher l'accord de tous les groupes ethniques (Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras et aussi Pachtounes), ainsi que des six Etats voisins, plus les Etats-Unis et la Russie. Ni l'Inde, ni l'Europe ne font partie du groupe "six plus deux" qui s'en charge, présidé par l'onusien Lakhdar Brahimi.

Le CS/ONU a décidé d'envoyer une force de maintien de la paix à Kaboul et d'organiser un régime transitoire pour deux ans. En 1962, en effet, la conférence de Genève pour stabiliser le Laos avait duré 18 mois. Et l'Afghanistan pose un problème plus difficile que le Laos.

Le risque majeur aujourd'hui est que les Talibans et Al Qaida parviennent à s'accrocher à des refuges frontaliers dans le sud, à jouer de l'hostilité pachtoune et pakistanaise à l'Alliance du nord. Mais le pire n'est jamais sûr.


Pour en savoir plus, sur le net ……..

TF1 : http://www.tf1.fr/news/monde/0,,841881,00.html
Médecins sans frontières : http://www.paris.msf.org/msf/content/News.nsf/html/52QM7F?OpenDocument
Le Monde : http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3216--245712-,00.html
Carte ethnique : http://www.ethnisme.ben-vautier.com/Analyses/cartes/carte_afghanistan.html
Le pays : http://www3.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/vitrines/vitrines_GIRH.98/Afghanistan/


UN TRAITEMENT TENACE DES CAUSES PROFONDES DU TERRORISME ?

Le président Bush s'est demandé publiquement pourquoi la haine de l'Amérique était si forte et si répandue dans une partie du monde. Comment les Etats-Unis - et l'Occident en général - pourraient-ils apaiser certains conflits et améliorer globalement leur image ? Cela paraît difficile sur certains points, si l'on réfléchit un peu aux quelques propositions suivantes. Il faudrait :


- réduire l'image des Etats-Unis superpuissance unique et gendarme du monde. L'intervention en Afghanistan, si nécessaire qu'elle soit, la renforce à nouveau. Mais Washington a intérêt à faire participer plus d'alliés - notamment musulmans - et à mieux utiliser l'ONU. Le mépris américain de la coopération internationale dans certains domaines (mines terrestres, protocole de Kyoto, TPI, etc.) s'est également payé cher en terme d'image à l'extérieur.
- Renoncer à l'acceptation et au soutien américain à une politique de force en Israel. Quelles que soient les responsabilités palestiniennes, celles de la droite israélienne semblent au moins aussi grandes. La stratégie Sharon mène à une impasse tragique. Les Etats-Unis se sont compromis dans tout le monde musulman en laissant faire.
- une consolidation/modernisation politique des Etats arabo-islamiques. Il faut aider à évoluer ceux des Etats du Proche et Moyen-Orient qui sont à la fois autoritaires et fragiles et tentés de faire des concessions à l'islamisme radical.
- un sursaut général des autorités musulmanes institutionnelles contre la mort et contre les tueries, pour l'Islam de paix et de développement, contre l'Islam guerrier
- maitriser les aspects dangereux de la mondialisation. Il ne suffit pas que celle-ci profite un peu au développement des pays pauvres (et beaucoup aux pays riches). Il faut réduire - et non pas laisser s'accroître - l'inégalité économique entre les uns et les autres
- maîtriser aussi d'autres effets pervers de la mondialisation : paradis fiscaux, financement du terrorisme, mondialisation du crime et des trafics


Le programme est vaste et il touche à beaucoup d'intérêts nationaux ou catégoriels. Il est normal que chacun défende les siens, à condition de garder aussi un sens du compromis suffisant pour que les hommes puissent vivre ensemble, sans s'entretuer, sur la même Terre.

Général Henri Eyraud faudrey@easynet.fr