Observatoire des phénoménes mondiaux

Présentation du 20 juin 2001

RISQUES ECONOMIQUES ET RISQUES POUR LA PAIX

L'économie américaine va-t-elle finalement virer le franche récession ? Selon les optimistes, les réductions de taux de la FED au premier semestre 2001 et les réductions d'impôts votées par le Congrès devraient limiter la chute de la croissance à 1-2 % au plus bas. L'Europe occidentale est maintenant obligée d'admettre, Allemagne en tête, la chute de croissance et le Japon est déjà revenu à la récession dont il s'était éloigné. La conjonction de ces trois crises larvées semble bien dangereuse pour la santé de l'économie mondiale.

EUROPE

Sommet de Goteborg

La réunion semestrielle des chefs d'Etat ou de gouvernement devait confirmer la volonté d'élargissement aux pays candidats, après le référendum irlandais. Malgré quelques ambiguïtés, le communiqué final de Goteborg, fixe en principe à 2002 le terme des négociations entre les Quinze et la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, l'Estonie et la Slovénie. Ces pays candidats devraient pouvoir participer à l'élection du parlement européen de 2004. Le communiqué de Goteborg engage aussi l'Union Européenne à suivre une stratégie de développement durable et à ratifier le protocole de Kyoto. Environ 20 000 manifestants, d'opinions diverses, ont défilé dans rues. Des incidents violents se sont produits entre des casseurs et une police suédoise mal préparée, qui a ouvert le feu en une occasion.

Visite du Président Bush en Europe

Du 11 au 16 juin, le président américain fait une visite officielle de cinq jours en Europe: Madrid, Bruxelles, Stockholm et Goteborg (où se tenait le sommet de l'Union européenne), Varsovie et Lubliana (rencontre Bush-Poutine en Slovénie). La question de la peine de mort est esquivée (au lendemain de l'exécution de Timothy McVeigh, le terroriste d'Oklahoma City). En revanche, George Bush confirme son refus d'accepter le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz. Il plaide avec force pour son projet de "bouclier" anti-missiles (MDS) et pour l'abandon du Traité ABM de 1972. Il appuie les perspectives d'élargissement minimum de l'OTAN et de l'Union européenne

Sommet russo-américain en Slovénie

Il a permis un début de relations personnelles : George Bush et Vladimir Poutine ont des personnalités assez voisines. Mais les deux chefs d'état se contentent d'exprimer leurs oppositions de point de vue sur l'élargissement de l'OTAN, le traité ABM et la prolifération russe en Iran.

Balkans

En Macédoine, accord de cessez-le-feu le 11 juin entre le gouvernement de Skopje et l'UCK rebelle, sous la pression l'Otan et l'UE. L'action militaire macédonienne a échoué et le conflit s'est étendu, prenant l'allure d'une guerre civile. Combat à Aracinovo (à 10km. de Skopje) et incidents anti UCK et anti-américains dans la capitale le 25 juin. Nomination de François Léotard comme représentant de l'UE.

Israel-Palestine

Une certaine réduction de la violence a été ressentie - sous la pression américaine - depuis le début de juin. Le directeur de la CIA, George Tenet, obtenait enfin - après six jours de négociations tendues - un cessez-le-feu commun le mercredi 13 juin. Depuis le début de la nouvelle Intifada (28 septembre 2000), il y a eu plus de 450 Palestiniens et 13 Arabes israéliens tués, ainsi que plus de 110 Israéliens. L'étouffement des territoires occupés, l'extension des colonies juives et le non contrôle du Hamas et du Djihad islamique par Arafat, rendent ce cessez le feu difficile à respecter durablement. Il n'y aura pas de paix, sans un compromis politique acceptable. Lors de la rencontre Bush-Sharon à Washington le 27, le président US désavoue Ariel Sharon en exigeant l'application du Rapport Mitchell et d'abord l'arrêt de l'extension des colonies. Colin Powell se rend en Israel-Palestine, où il accepte le principe d'observateurs internationaux. Deux camouflets pour le Premier Ministre israélien.

Algérie

Le soulèvement de la jeunesse kabyle se prolonge depuis la fin du mois d'avril. Les forces de l'ordre ont déjà fait beaucoup de victimes: C'est maintenant une révolte de masse contre la situation socio-économique, détériorée par des années de terrorisme, d'économie planifiée, de corruption et de déclin des services publics. Le programme d'amnistie du Président Bouteflika est un demi-échec. La richesse algérienne en gaz et pétrole (85% des ressources publiques) ne bénéficie pas à la majorité de la population. Estimé officiellement à environ 30%, le chômage serait plutôt de l'ordre de 80% chez les moins de vingt cinq ans, dont beaucoup rêvent ,d'émigrer en France, au Canada ou aux Etats-Unis. Le chef d'Etat est discrédité. Les jeunes lui reprochent d'être vieux (64 ans), trop souvent à l'étranger et surtout d'être dépendant d'un pouvoir réel qui se cache. Jusqu'à maintenant cependant, la révolte algérienne n'a ni leader, ni programme, ni capacité crédible de redresser la situation.

Général Henri Eyraud