DEJEUNER-DEBAT DU 6 novembre 2001


Les politiques de santé dans les pays occidentaux. La place de la France

Par Jean de Kervasdouè *

La santé est un révélateur de la politique des sociétés. La santé n'est pas la médecine et réciproquement ; en anglais : " care " et " cure " font la différence ! La médecine a pris une importance déterminante dans nos sociétés depuis l'entre deux guerres avec la découverte de thérapeutiques augmentant sensiblement l'espérance de vie et la qualité de vie (réduction de la douleur, des handicaps...).

Médecine et espérance de vie

En 1800 l'espérance de vie était, en France, de 32 ans ; en 2000, elle est de 78 ans en moyenne (74 ans pour les hommes, 82 pour les femmes).Différents écarts sont cependant à noter:

- entre les régions, par exemple, entre la Bretagne (surmortalité masculine en rapport avec l'alcool, le tabac, les accidents, le taux de suicides…) et le Sud-Ouest,
- entre les différentes classes sociales: écart de 9 ans dans l'espérance de vie entre cadres supérieurs et les travailleurs manuels,

Il faut noter que la surcharge pondérale est un facteur de gravité. Par ailleurs, l'intégration sociale, la présence d'un conjoint, d'enfants, de petits enfants sont des facteurs favorables. En outre, à niveau de vie et d'éducation égal, les femmes qui travaillent vivent plus longtemps.

Evolution selon les pays

Dans les pays développés l'espérance de vie continue de s'accroître. Ce n'est pas le cas de certains pays, par exemple ceux de l'ancien bloc communiste, où elle a baissé d'environ 5%. Enfin, dans les pays sous-développés , la mort est "silencieuse". Un milliard huit cent mille personnes sont confrontées aux conflits, famines, épidémies...

La France est au 2ème rang mondial pour l'espérance de vie des femmes et au 13ème pour celle des hommes. Le Japon est au premier rang alors que ses dépenses de santé ne représentent que 7% du PIB contre 14% aux USA qui n'occupent que le 17ème rang pour l'espérance de vie. Le montant des dépenses n'est donc pas un indicateur de bonne santé.

La médecine dans différents pays

En France, un accord intervient en 1920 entre les médecins et l'Etat pour au moins trois raisons :

- l'Alsace Lorraine possédait un système de Sécurité Sociale établi en Allemagne, en 1881,
- la prise en charge nécessaire de trois millions de blessés de guerre, de veuves, d'orphelins...
- la menace de communisme.

Une loi crée un système d'Assurance Universelle départementalisé avec le principe du tarif opposable. Mais pour les grands patrons parisiens, le paiement à l'acte devait être sauvegardé et surtout laissé libre. En 1927, un syndicat médical, la C.S.M.F, s'organise pour la défense du "libéralisme", et en 1930 apparaît le tarif à la prestation. Par la suite est instauré un secteur 2 avec une certaine liberté d'honoraires.

En Allemagne, c'est en 1881 que Bismarck crée un système de Sécurité Sociale qui devient, en 1903, une co-gestion entre les caisses et le corps médical., Ce système est toujours en vigueur.

En Angleterre, Lord Beveridge établit un financement de la Sécurité Sociale par l'impôt, et toute personne résidante a droit aux soins. Les médecins rationnent ceux-ci sans que l'Etat n'ait un droit de regard.

Aux USA, les médecins extrêmement favorisés jusqu'en 1990, voient leur liberté de prescription et d'honoraires remise en cause.

Histoire de la Sécurité Sociale en France

En 1945 Pierre Laroque lance un système de Sécurité Sociale universelle, mais rapidement s'organisent des systèmes particuliers (professions libérales, agriculteurs, armée...).Tout récemment la C.M.U. qui donne les mêmes droits à tous, devrait entraîner la suppression de nombreuses formalités (actuellement 180 000 personnes y travaillent). Le coût de la gestion du risque est égal à 14% aux USA à 5,6% (soit 56 milliards de francs) en France. Elle est voisine de 0% en Angleterre !

Problème de l'accès aux soins

Avec la rapidité de l'évolution de la médecine (on compte 25 000 articles sérieux par mois dans le monde) et la multiplication des médicaments, le médecin de famille trouve difficilement sa place. Selon le conférencier, le libre accès aux médecins, spécialistes ou non, sera à remis en cause.

Il existe un grand désarroi chez les professionnels de santé. Avec les échéances démographiques, la charge sera-t-elle supportable ? La population n'est pas informée, les élus non plus et aucune décision ne semble prise en connaissance de cause. Jusqu'où peut-on aller en matière de soins ? Le Président de la République a en permanence deux médecins à son chevet : faut-il que tout le monde ait le même traitement ?

Notes de Maurice Samsoen


* Jean de Kervasdoué est professeur au CNAM Ingénieur en chef du corps du Génie rural des eaux et forêts.
Consultant de la Compagnie française de gestion de services de santé SANESCO
Professeur titulaire de la chaire d'Economie et gestion des services de Santé au Conservatoire national des arts et métiers

.... et pour en savoir plus, sur le Net :
http://www.cnis.fr/cnis/organigramme/DE_KERVASDOUE_JEAN.HTM pour voir sa biographie et ses principales publications