DEJEUNER-DEBAT DU 26 mars 2001


NOUVELLES TECHNOLOGIES ET NOUVELLE ECONOMIE

Par Marcel Roulet Ancien Président de France Télécom et de Thomson S.A.


L'exposé très riche de Marcel Roulet sur l'impact des nouvelles technologies sur l'économie mondiale et sur nos civilisations peut se résumer ainsi "il faut laisser le temps au temps ". En d'autres termes, ces nouvelles technologies ne pourront devenir réellement utiles que si notre culture sait trouver le rythme de leur assimilation.

Pour apprécier l'importance du temps dans la révolution que représente la nouvelle économie et ce que devrait être son impact sur la culture et nos modes de vie, Marcel Roulet estime qu'il n'est que d'examiner la durée de l'évolution des nouvelles technologies de l'information et de la communication, qui y ont une influence essentielle. Cet examen replace en perspective l'importance des principaux paramètres qui déterminent le développement de la nouvelle économie qui en découle. Il permet d'en distinguer les moteurs et les freins. Il est alors possible d'essayer de prédire l'évolution de ce type d'économie.

L'échéancier du développement des technologies de l'information et de la communication

Ces technologies ont mis du temps pour prendre leur essor. Le début de leur incubation remonte à 1948 (Shannon et ses théories de l'information), puis il a fallu que le temps passe pour la mise en place d'un savoir faire qui a permis le développement du "hard " (le matériel) qui est allé s'accélérant de manière exponentielle. La fameuse loi de Moore, selon laquelle le nombre de transistors sur un même circuit intégré, et donc leur puissance, sinon leur vitesse, doublent tous les dix huit mois à prix constant s'est manifestée. Les logiciels (sans lequel le matériel n'est rien) ont dû suivre à grand peine le développement du matériel.

Qu'en est-il de l'aspect communication (Internet) de ces nouvelles technologies ? La gestation du réseau Internet a duré 25 ans de 1969 à 1994. Né d'un réseau Arpanet conçu et financé par le ministère de la défense américain, il est devenu en presque trente ans une technologie d'information incontournable. Permettant la quasi suppression des distances, c'est devenu un instrument puissant qui façonne sinon explique la mondialisation et la croissance de l'économie.


Cette mise à disposition de tous a contribué à donner le pouvoir au consommateur en renversant la pyramide des valeurs de l'ancienne économie au profit de la nouvelle. C'est de plus en plus la demande qui pilote l'offre.

Pourquoi ces développement fulgurants ont-ils débouché sur les problèmes actuels de la nouvelle économie ? La thèse de Marcel Roulet est qu'ils se sont faits en sous-estimant le temps nécessaire pour que les technologies puissent être assimilées par l'être humain à son propre rythme. Il n'est que d'examiner quelques-uns des échecs, comme par exemple celui de l'introduction de l'informatique dans les écoles, où ce sont les maîtres qui -non formés - étaient dans l'incapacité d'utiliser cet outil et a fortiori d'enseigner son usage.

Il en est de même pour la nouvelle économie qui s'est gonflée de manière spéculative et irresponsable, jusqu'à son effondrement actuel.

Quel avenir pour l'utilisation de ces technologies ?

Ces technologies, décriées par les traditionalistes, sont essentielles au développement de l'humanité. Leur domaine d'application est immense. Dans l'éducation par exemple : elles devraient permettre d'adapter le mode d'enseignement aux capacités d'assimilation de chacun. Et si l'on prend le domaine du livre ce passage de la " galaxie Gutenberg " à la " galaxie Marconi " élargira l'accès à la connaissance des pays en voie de développement.

Mais tout cela ne pourra se faire que si l'on respecte les capacités d'évolution culturelle et technique de l'homme. Il faudra au moins deux générations pour que ces technologies soient appréciées et utilisées dans toutes leurs potentialités. Les échecs actuels ne doivent donc pas nous décourager.

La prise de conscience du rythme nécessaire à l'assimilation des nouvelles technologies conduit à penser que les chances de l'Europe sont toujours bien présentes et qu'il n'y a aucune fatalité à son retard sur les Etats Unis. Le passé récent prouve que l'Europe peut montrer le chemin dans l'utilisation des nouvelles technologies et même être leader mondial. On peut citer l'exemple du GSM et des cartes à puce. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans d'autres domaines essentiels comme ceux de l'éducation et de la santé ?

Notes d'Yves Guittard