DEJEUNER-DEBAT DU 5 avril 2001


LA SITUATION AU PROCHE-ORIENT

Par Alain Pierret, Ambassadeur de France

L'orateur, ancien ambassadeur en Israël de 1981 à 1986, nous a parlé des relations difficiles de la France avec ce pays qu'il aimé.

Les relations de la France avec le proche-Orient

La création d'Israël en 1947 fut un choc pour les Arabes, qui n'étaient pour rien dans la Shoah .
En voulant immédiatement détruire le nouvel Etat, ils ont commis une double erreur : ses frontières de 1947 n'étaient pas praticables, ils se sont retrouvés deux ans plus tard dans une situation beaucoup moins favorable.
La France a attendu un an pour reconnaître Israël : ses responsabilités historiques à l'égard des minorités chrétiennes et l'anglophilie de Georges Bidault en sont la cause. Mais pendant les dix huit ans qui ont suivi, l'appui de la France n'a jamais manqué au jeune Etat.
C'est la décision d'embargo sur les armes dans toute la région, prise en 1967 par le général de Gaulle, qui provoque le retournement des relations entre la France et l'Israël.

L'embellie provoquée par l'arrivée de François Mitterrand sera de courte durée. Le maintien du soutien de la France à la doctrine de l'Onu de 1947 concernant Jérusalem et les ambiguïtés entretenues par le Consulat général de France dans cette ville déçoivent les Israéliens.
Certes, les principaux dirigeants d'Israël, tels Shimon Peres, Ehud Barak, et même Ariel Sharon, connaissent bien notre pays mais aujourd'hui, sauf exceptions, la population israélienne dans son ensemble n'aime pas la France...
Il est un fait que depuis François 1er notre pays pratique une politique d'ouverture en direction des pays arabes en Méditerranée. Aujourd'hui ses relations avec l'Egypte demeurent bonnes et le président Moubarak a un grand poids dans la région. S'agissant du Liban et de la Syrie, le gouvernement français doit réaliser une sorte de " grand-écart ". Beyrouth doit accueillir en octobre 2001 le prochain sommet de la francophonie, auquel Israël, dont le quart de la population parle notre langue, n'est pas encore parti prenante.

Les négociations de paix

Les Accords d'Oslo-Washington en 1993 avaient établi un calendrier, mais non un cadre précis. Ils ont connu diverses vicissitudes : l'assassinat de Rabin, la politique de glaciation de Netanyahu. Ehud Barak avait fait lever de grands espérances. S'il a évacué le Liban-sud, il a échoué vis-à-vis de la Syrie.

Face aux Palestiniens, Barak a accepté des avancées très importantes, depuis les négociations de Camp David, l'été dernier, jusqu'aux dernières rencontres de Taba, à la veille de sa défaite électorale : ainsi, à propos de Jérusalem, qualifiée encore en 1999 de " capitale réunifiée et éternelle "... Il est vrai que le problème " de l'Esplanade " est difficile. Mais Yasser Arafat a finalement fait échouer la négociation en posant la question du droit des réfugiés au retour, ce qui ne pouvait que provoquer l'effroi de tous les Israéliens.
Ariel Sharon, vainqueur de Barak traîne avec lui le souvenir des massacres de Sabra et Chatila. Il a formé un gouvernement d'union nationale qui préserve cependant quelques chances à la recherche de la paix : Shimon Peres, aux affaires étrangères, rassure ; Sharon lui-même dispose d'une grande expérience politique. Mais pour l'instant il pose, à la reprise des négociations, des conditions difficiles à admettre pour les Palestiniens comme l'idée du retour des réfugiés en Jordanie, qui serait "l'Etat palestinien " !


Les frontières forment à coup sûr le problème majeur : pour les frontières extérieures, Barak avait admis que 95% des territoires et 100% de Gaza lui reviendraient ; pour les frontières intérieures : les "colonies " israéliennes dont l'extension peut-être attribuée à tous les gouvernements, forment des " taches " semblables à celles des Bantoustans " jadis en Afrique du Sud ; aujourd'hui, Israël se trouve en position de force et donc peut accepter des concessions importantes, au nom même de la recherche de la sécurité. En effet, la défense des implantations par Tsahal et les incidents qui en résultent provoquent un retournement de la situation : ce sont les colonies qui forment une menace pour la sécurité d'Israël. D'autre part, l'Intifada actuelle n'est la répétition de celle de 1987-88, car les Palestiniens disposent d'armes automatiques, de mortiers, et mènent des actions qui nous rappellent l'Algérie. Enfin, les fameux Scud de la guerre du Golfe ont appris à Israël que sa sécurité n'est seulement celle de ses frontières ; le pays dispose de l'arme nucléaire, mais l'Irak et l'Iran tendent à en disposer aussi...
La France devrait avoir une place dans les événements, grâce à des prises de position acceptables par les deux parties. En plusieurs occasions, elle a soutenu la cause palestinienne de façon excessive, par exemple lorsque Roland Dumas a rencontré Yasser Arafat peu après la guerre du Golfe. Elle s'est éloignée ainsi d'Israël, sans bénéfices particuliers auprès des pays arabes, ceux du Golfe notamment.


Aujourd'hui, les Palestiniens présentent des demandes aux Américains, non à la France, ni aux Européens, qui sont divisés.

Notes de Jean Chaudouet